Discours du Congrès: le bulletin de notes d’Emmanuel Macron

0
106

Emmanuel Macron devant le Congrès à Versailles le lundi 9 juillet 2018. (ludovic MARIN / AFP)

Fini la rigolade, les vidéos de dingue et la cour de l’Elysée transformée en dancefloor ! Pour faire taire les mauvaises langues et dissiper les doutes, Emmanuel Macron a donné dans le sérieux, le scolaire voire le plombant.

Une heure trente d’un discours à tiroirs sur sa politique économique, ses réformes sociales, ses engagements pour la sécurité et son grand dessein européen. Un ou deux sénateurs ont bien dû piquer du nez…

Les députés de La République en Marche qui n’avaient pas su l’encourager l’an dernier avaient été briefés. Après dix minutes de discours, ils ont applaudi leur chef à la fin de chaque paragraphe.

Et des paragraphes, il y en avait beaucoup. Sylvain Fort, plume du président, a dû friser le burn-out pour pondre une copie roborative, le genre de devoir qui laisse les correcteurs de l’ENA perplexes. Pas de génie mais du travail.

L’objectif du président était évidemment d’ensevelir les sceptiques, les contestataires et les insoumis sous une avalanche de “promesses tenues” et de “projets” à réaliser avant 2019.

Parlementaires remerciés

Habilement, le président a débuté par un soupçon d’autocritique : “Je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout “. Mais pas question d’aller à confesse. Le cadre de la salle du Congrès et la présence de quelque 900 parlementaires interdisant toute familiarité.

“J’ai le devoir de ne pas laisser le doute détourner ma volonté et ma pensée”, a décrété Macron le très humble. “Pour la France, le président de la République à la vocation de viser haut.”  

Puis il a vivement remercié les parlementaires pour leur participation aux transformations qu’il a entreprises depuis un an : fin du tirage au sort à l’université, lutte contre le terrorisme, adoption d’un budget “sincère, efficace et ambitieux”, loi de programmation militaire, loi de libération du marché du travailsauvetage de la SNCF.

Ereintés par leur première année sur les bancs de l’Assemblée, les élus de la nation ont compris que la session 2018-2019 serait sans doute pire encore. Le président qui n’a cessé de vanter son bilan a précisé l’agenda hyper chargé des prochains mois.

Loi sur la pauvreté, sur l’hôpital et la dépendance, sur la prison, l’intéressement et la participation ou les retraites… Le généralissime de l’Elysée n’a pas fini de faire avancer l’armada des députés au pas de charge.

Rien de tel que l’action pour faire mentir l’opinion qui se prend à douter de l’efficacité de sa politique. Macron semble perdre le soutien du peuple quand il cesse de pédaler. Alors il remet une dent sur son plateau et mouline comme un routier-sprinteur belge.

Un argument pour chacun

Son discours a été conçu comme une check-list. Macron et ses conseillers se sont efforcés de cocher toutes les cases pour répondre aux objections de leurs détracteurs de tous poils. Un argument pour chacun.

A commencer par Mélenchon qui ne pourra pas snober le prochain discours du congrès : le président a demandé à sa majorité d’adopter un amendement à la réforme institutionnelle permettant au président d’assister désormais au débat parlementaire qui suit son adresse. Les Insoumis n’auront plus d’excuse !

A l’égard de son aile gauche qui réclame un “tournant social”, le président s’est montré prévenant. Il tiendra, dès le 17 juillet, à l’Elysée, une conférence sociale pour se rabibocher avec les syndicats et préparer la réforme paritaire de l’assurance-chômage et de la santé au travail.

Mais il a surtout défendu sa vision de “l’émancipation” qui doit permettre à chacun “d’échapper aux inégalités de destin”.

Nous devons construire l’Etat providence du XXIe siècle, émancipateur, universel, responsabilisateur, efficace”, a déclaré le président de la République. Pour un peu, on se serait cru à un congrès… du Parti socialiste.

Tout le monde doit être protégé mais chacun a sa part de responsabilité dans la société“, résume le président très kantien en rejetant “la stigmatisation odieuse qui voudrait voir de l’assistanat chez certains”.

Les esprits chagrins qui avait pris son “pognon de dingue” pour du mépris thatchérien seront-ils rassurés ?

A lui, les territoires !

Emmanuel Macron a aussi passé du baume technocratique sur les plaies des collectivités locales et de leurs élus furibards. Un long développement a été consacré au développement des territoires.

Le président recevra prochainement les dirigeants des 100 premières entreprises françaises pour leur extorquer des engagements d’embauches et les inciter à investir dans nos belles régions.

Il s’est aussi engagé à ce que les économies sur le budget de l’Etat bientôt annoncées par le Premier ministre n’affaiblissent pas la présence des services publics dans la France rurale.

Et ce procès qu’on lui fait d’être “le président des riches” ?

“La force de notre économie, c’est le socle même de notre projet de société. Ce n’est pas un projet pour la réussite matérielle de quelques-uns”, assure un Macron qui semble avoir compris – mais un peu tard ? – le danger.

“La République n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam”, a-t-il lancé pour répondre aux angoisses identitaires. A ses yeux la loi de 1905 demeure un compromis qui doit permettre de “reconnaître la liberté de croire et de ne pas croire”.

Le danger, c’est cette “lecture agressive et radicale de l’Islam” que le président entend combattre en donnant, “dès l’automne”, “un cadre avec les Français dont c’est la confession et avec leurs représentants”.

Sur la question migratoire, le président a aussi semblé plus soucieux de rassurer l’opinion de gauche que d’apaiser les craintes de l’opinion de droite : “Il n’y a aucune solution de cours terme facile, ni celle de l’émotion ni celle de la colère”.

Les solutions ne sauraient s’élaborer qu’à l’échelon européen et en concluant un nouveau pacte de développement avec les pays d’Afrique où se languit une “jeunesse du désespoir”.

Comme auraient pu le pronostiquer tous les bookmakers britanniques, l’envoi final fut consacré à l’Europe, horizon du macronisme. Dans cette matière ardue, le bon élève de l’Elysée se pique d’avoir enregistré des “avancées réelles que d’aucuns pensaient impossible”.

Europe de défense, régulation du travail détaché, accord franco-allemand jetant les bases d’un budget de la zone euro… “Cette Europe-là n’est pas incantatoire”, a soutenu Macron en sauveur de l’Union.

“La frontière véritable est celle qui sépare les progressistes des nationalistes. Et nous en avons pour au moins une décennie. Ce sera difficile mais le combat est clairement posé.”

Face à ces ténèbres, celui que ses contempteurs désignent comme un “roi Soleil” avait enfin retrouvé son immense ambition. “La France a les moyens de devenir de nouveau une puissance du XXIe siècle”. Qui dit mieux ?

Les notes d’Emmanuel Macron

Rhétorique : 5/10

Prononcé d’une voix claire, le discours était trop long (comme souvent !) mais entièrement compréhensible. Pas d’envolées philosophiques ou littéraires comme l’an dernier. Mais un plaidoyer pro-domo pour tenter d’enrayer la “disgrâce” que lui promettent les commentateurs et dont se réjouissent d’avance ses concurrents.

Comportement : 6/10

Devant le Congrès, Macron a tellement voulu corriger ses récentes erreurs de communication et répondre aux critiques qui pleuvent sur l’Elysée, qu’il a même remercié chaleureusement Edouard Philippe à deux reprises. On nous l’aurait changé ?

Compétences : 7/10

La politique dessinée pendant la campagne victorieuse de 2017 semble devoir suivre son cours. Point de nouvelles annonces ni de nouveau cours “social”.

“Ce que nous avons dit nous l’avons fait”, dit Macron qui reconnaît un “décalage entre l’ampleur des réformes engagées et les effets constatés. Il faut du temps.” Un argument déjà utilisé par son prédécesseur…

 

Sylvain Courage

Sylvain Courage Journaliste

AFP

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.