Des portraits de survivants de l’Holocauste

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Photo Beat Mumenthaler

Durant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de juifs ont quitté la Suisse, restée neutre pendant le conflit. Aujourd’hui, près de 400 survivants résident toujours dans le pays. En 2014, Anita Winter – fille de deux survivants allemands de l’Holocauste – fonda la fondation Gamaraal à Zurich. Cette association a pour objectif de soutenir les survivants et de les encourager à partager leurs histoires terribles avec les plus jeunes générations. Dans le cadre de son dernier projet, intitulé « Les derniers survivants suisses de l’Holocauste », la fondation a choisi d’accoler portraits de rescapés – capturés par le photographe Beat Mumenthaler – et témoignages de l’enfer vécu au début des années 1940.

Par Kamil Biedermann

Source : Vice

Alors que cette exposition fait le tour de toute la Suisse, nous avons choisi de diffuser certains de ces portraits, accompagnés des témoignages.

Eduard Kornfled

Né en 1929 dans les faubourgs de Bratislava en Slovaquie, Eduard Kornfeld a été déporté à Auschwitz et dans d’autres camps. Il a été libéré le 29 avril 1945 par des troupes américaines à Dachau, alors qu’il ne pesait plus que 27 kg. Sa mère Rosa, son père Simon et ses frères et sœurs Hilda, Josef, Alexander et Rachel ont tous été assassinés dans les camps. Kornfeld a rejoint la Suisse en 1949 pour y être hospitalisé, à cause d’une tuberculose qui l’a poursuivi pendant quatre ans. Plus tard, il s’est formé à la joaillerie. Il a deux fils, une fille et sept petits-enfants.

« Nous avons été déportés dans un wagon bétailler, et ça a duré trois jours. Lorsque le train s’est arrêté, j’ai entendu quelqu’un crier “Sortez !” en allemand. J’ai mis la tête hors du wagon et j’ai vu tout un tas d’officiers nazis en train de frapper des innocents qui se déplaçaient trop lentement à leurs yeux. Une mère ne marchait pas assez vite car elle s’occupait de son enfant. Du coup, les soldats ont pris son gosse et l’ont jeté dans un camion en compagnie de personnes âgées et de malades. Ces gens ont été gazés immédiatement. »

Nina Weil

Nina Weil est née en 1932 à Klatovy, une petite ville qui appartient aujourd’hui à la République tchèque. Alors qu’elle vivait à Prague, elle a été arrêtée et déportée dans le camp de Theresienstadt en 1942. Plus tard, elle a été envoyée à Auschwitz en compagnie de sa mère Amalie. Elle avait 12 ans lorsque cette dernière est morte d’épuisement. Après la guerre, Nina et son mari ont rejoint la Suisse, où elle a travaillé comme assistante de laboratoire à l’hôpital universitaire de Zurich.

« Lorsqu’ils m’ont tatoué ce chiffre, 71978, j’ai pleuré pendant des heures. Pas à cause de la souffrance, simplement de l’idée qu’il y avait derrière – je venais de perdre mon identité. Ma mère a tenté de me consoler en me disant qu’une fois rentrée, j’irais dans une école de danse et qu’elle m’offrirait un bracelet pour masquer ce numéro. Je n’ai jamais pris de cours de danse de ma vie, et n’ai jamais acheté ce bracelet. »

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