Déradicalisation : la méthode algérienne

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Un avis de recherche de l’armée algérienne, en mai 2007. Sous les noms et les photographies de plusieurs djihadistes, on lit qu’« une récompense pécuniaire est allouée à toute personne contribuant à la mise hors d’état de nuire d’un des criminels »." title="Poursuite. Un avis de recherche de l’armée algérienne, en mai 2007. Sous les noms et les photographies de plusieurs djihadistes, on lit qu’« une récompense pécuniaire est allouée à toute personne contribuant à la mise hors d’état de nuire d’un des criminels »."/> Poursuite. Un avis de recherche de l’armée algérienne, en mai 2007. Sous les noms et les photographies de plusieurs djihadistes, on lit qu’« une récompense pécuniaire est allouée à toute personne contribuant à la mise hors d’état de nuire d’un des criminels ». © BENITO/GAMMA/Eyedea Presse

Déradicalisation : la méthode algérienne

Traque. Voilà presque 30 ans que la lutte contre le terrorisme islamique s’organise en Algérie. « Le Point » a interrogé ses acteurs de l’ombre.

PAR ADLÈNE MEDDI*

À peine sorti de la mosquée Al-Arbaoui, à El-Harrach, à l’est d’Alger, où il a mené la prière du dohr (début de l’après-midi), l’imam Abou Hafs, 41 ans, est abattu de trois balles à bout portant. Il est 14 heures, ce 10 mars 2004. À cet instant précis, les patrons des services secrets et de l’antiterrorisme algériens savent qu’ils viennent de perdre l’arme secrète la plus efficace contre les maquis islamistes et la radicalisation des jeunes dans tout le pays.

C’est l’un des chefs opérationnels les plus mythiques des srabess – les services de renseignements –, le général-major Smaïn Lamari…(« le pèlerin »), lui-même enfant d’El-Harrach, banlieue islamiste bouillonnante, ami de l’ex-patron de la défunte DST, Yves Bonnet, qui a « offert » cette mosquée à celui que les salafistes algérois appelaient « le lion d’Algérie », Nacer Ibrahim Rahmani, alias Abou Hafs.

Condamné à mort par Nabil Sahraoui, émir du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu Aqmi après allégeance à Al-Qaeda), Abou Hafs n’avait aucune chance face au commando envoyé expressément à Alger par Sahraoui, qui l’accusait de «trahison » et de « collaboration avec les services de sécurité ».

La morajaâ

L’homme qui vidait les maquis au début des années 2000 par ses prêches, enregistrés et diffusés partout en Algérie, était un redoutable tribun du Front islamique du salut (FIS). Jeune djihadiste convaincu, il avait appelé à la guerre sainte dès 1992 et formé son propre groupe armé.

Arrêté et incarcéré dans la terrible prison algéroise de Serkadji, il faisait partie des chefs les plus importants de l’insurrection islamiste armée de l’époque : lors du détournement de l’Airbus d’Air France en décembre 1994 par le Groupe islamiste armé (GIA), les preneurs d’otages avaient exigé sa libération. Il sera finalement relâché en 1999 après avoir fait une profonde morajaâ (révision des positions idéologiques, selon les islamistes).

En prison, il avait réexaminé son engagement et passé beaucoup de temps à étudier les textes et les lois islamiques. Une fois libre, il était devenu une arme redoutable aux mains des services secrets, qui n’intervenaient jamais directement auprès de lui.

L’assassinat d’Abou Hafs marque une étape traumatisante pour les officiers du Renseignement algériens chargés de la lutte antiterroriste. « Nous n’avions même pas le droit d’assister aux funérailles, pour ne pas mettre ses proches et disciples en danger », raconte un ex-officier du Renseignement.

Mais l’« opération Abou Hafs » fut un climax dans la guerre psychologique contre les djihadistes. Une guerre longue et secrète menée depuis près de trente ans par différents corps de sécurité, appuyés par des hommes de religion et des repentis, armés d’une longue, et souvent douloureuse, expérience.

Découvrir l’ennemi si proche

Nombreux sont les analystes qui expliquent l’émergence d’un islamisme politique antisystème (qui engendrera l’islamisme insurrectionnel du FIS à l’orée des années 1990) par le fait, notamment, que les régimes de Boumediene et de Chadli (années 1970 et 1980) avaient brisé l’élan des mouvements islamistes modérés, moins politisés, comme les oulémas ou Djamîyyat al-Qiyyam (« association des valeurs »).

Des mouvements qui «pouvaient à leur manière capter une masse critique de sympathisants et de militants et siphonner les mouvements les plus radicaux», comme le souligne Fahed Bouarioua, journaliste spécialisé dans les questions islamistes.

Dès la fin des années 1980, les services commencent à comprendre que l’essence de la violence islamiste est d’abord wahhabite. Ils apprennent, petit à petit, à isoler dans leurs schémas de travail les adeptes du wahhabisme des autres segments (soufis, chiites, Frères musulmans…) alors que l’Algérie fait face au retour des « Afghans », ces Algériens engagés aux côtés des moudjahidine en Afghanistan. De même, l’activisme islamiste dans les universités, surtout dans l’est du pays, à Constantine et à Alger, met en alerte les différents appareils sécuritaires.

Le premier groupe armé islamiste à éclore s’appelle le Mouvement islamiste armé. Mené par le radical Mustapha Bouyali, il s’éteindra avec l’élimination de son chef, en 1987. Entre-temps, le « projet islamiste », partagé entre les modérés comme les Frères musulmans ou les « salafistes scientifiques », et les plus extrémistes, comme les wahhabites et les takfiristes (excommunicateurs), continue de s’implanter dans le paysage algérien, ses mosquées, ses universités, ses écoles… jusqu’à l’officialisation du FIS, en 1989.

« Devant l’éclatement des mouvements et leur activisme public, nous étions un peu désemparés, reconnaît un ancien officier du Renseignement algérien. Il fallait esquisser une cartographie de la menace, étudier les mouvances, connaître leurs références, leurs imams historiques, leurs lectures. On était réellement dépassés. Tout ce qu’on avait compris, c’est qu’il y avait une occasion à saisir : jouer les modérés contre les plus radicaux. »

Mais c’est déjà trop tard : la victoire contestée du FIS au premier tour des législatives en décembre 1991, l’annulation du processus électoral et l’insurrection armée plongent l’Algérie dans l’horreur du terrorisme islamiste.

Détruire le moral des maquis

« Je faisais toujours attention à minimiser les pertes des deux côtés. Je ne suis pas Rambo, je suis un officier qui défend son pays contre ce que j’appelle des égarés. » Difficile de donner un âge à cet ex-haut officier opérationnel des troupes de choc, qui continue à faire du sport comme un jeune athlète sur les plages désertes autour d’Alger, même en plein hiver.

« Souvent, après une opération, et pendant que les hommes des services ramassaient documentation et matériel de propagande des tangos [terroristes] trouvés dans leurs grottes ou leurs casemates, je m’isolais avec l’un des prisonniers. On s’occupait d’eux, on les soignait, on leur donnait de l’eau, et aucune brutalité n’était tolérée. Dans 95 % des cas, c’étaient de jeunes paumés. Alors je leur disais : Qu’est-ce que tu fous là, beau gosse ? Dans la plupart des cas, ils n’en savaient rien ou débitaient des âneries du genre : On croyait que…, Le paradis…, L’État m’a humilié… Peu, très peu, avaient des convictions radicales. »

Et c’est pendant que la guerre fait rage, en ce milieu des années 1990 – les maquis islamistes, dans le nord du pays, pouvaient rassembler 30 000 hommes, pour l’essentiel sous la bannière du sinistre GIA –, qu’une réflexion se met en place dans les états-majors des services de sécurité.

Après le choc des premiers mois, d’une rare violence, les attentats, le désarroi et la stupeur, les réactions à vif des forces de sécurité – et avant une organisation graduelle de la riposte, puis la reconquête de territoires abandonnés par les autorités civiles face à la déferlante des « barbus » armés –, il fallait marquer une pause et étudier l’ennemi. Un ennemi pas si étranger que ça.

Avec l’aide des services secrets, qui commencent à avoir une certaine expertise des réseaux mondiaux de propagande du djihadisme, les imams redescendus du maquis déterminent les « cibles » : « Les services contactaient l’imam ou le chef religieux – généralement installé dans les pays du Golfe – via leurs hommes sur place et lui disaient : En Algérie, des terroristes tuent et violent en ton nom, il faut que tu envoies un message. »

Une cassette était alors enregistrée, envoyée en colis diplomatique urgent à Alger, transférée aux services et quelques jours plus tard, en plein maquis, des djihadistes écoutaient sur un magnétophone le cheikh saoudien ou koweïtien les appelant à cesser leurs actions armées, leur djihad étant illicite. Parfois, un contact direct par radio était établi avec des muftis algériens que les services convoquaient à l’orée du maquis !

L’ignorance, moteur de la radicalisation

Et l’officiel du Renseignement de poursuivre : « Les factions de terroristes dans la montagne n’étaient pas toutes réceptives à ce genre d’opération. Les plus radicaux étaient même combattus par les autres groupes salafistes djihadistes. Les repentis nous expliquaient que les plus dur étaient ceux qui ne connaissaient rien à la religion, assassinaient des imams et se contentaient de fatwas approximatives d’extrémistes tels ces imams exilés en Grande-Bretagne, dont le plus connu est le criminel Abou Qatada, un Palestinien qui, dès 1995, a appelé aux massacres des impies en parlant de tous les Algériens qui n’avaient pas rejoint le GIA ! »

La cinquantaine, costume de ville impeccable et lunettes à monture métallique qui encadrent son regard perçant, Kamel Chekkat, chercheur en religion, imam et représentant de l’Algérie à la Ligue des oulémas, prêcheurs et imams du Sahel, créée en 2013, confirme : « Je vous le dis d’expérience : l’ignorance est l’un des éléments clés de la radicalisation. »

Entre les officiers du Renseignement et les islamistes armés embusqués dans plusieurs maquis dispersés dans le nord du pays, les contacts ne sont pas aisés.

« On employait souvent des intermédiaires fichés comme proches de la nébuleuse islamiste, et qui menaient une vie de notable. Par exemple, Z. S., un riche homme d’affaires vivant entre Blida, au sud d’Alger, et le Qatar, était fiché chez nous comme un ex-financier du FIS, mais il s’est calmé quand la poudre a commencé à parler. Il s’est montré très efficace en reprenant contact avec certains salafistes du maquis, à travers leurs familles », témoigne l’ex-barbouze.

L’intérêt de ces intermédiaires ? « Certains étaient vraiment convaincus de la nécessité d’arrêter l’effusion de sang, d’autres rendaient service pour gagner en influence dans leur milieu d’affaires : ils avaient notre protection », poursuit l’officier. « Des initiatives de cheikhs de la mouvance de la salafiya scientifique – antidjihadiste – ont été appuyées par les autorités militaires, comme celle d’El Aïd Cherifi, qui a carrément fait des prêches dans le maquis de Bouira, en Kabylie : 500 terros ont déposé les armes grâce à lui », rapporte Fahed Bouarioua.

Radio Coran

Une autre méthode a été employée : l’envoi de messages et de fatwas antidjihadistes via des journaux que les services passaient aux familles des hommes au maquis.

« On n’imagine pas l’attention qu’on prête aux familles, aux sœurs et aux mères. C’est un long travail d’approche, il faut construire une relation de confiance, leur expliquer que nous ne sommes pas des liquidateurs, mais des gens qui cherchent une solution pour leur fils, mari, frère, etc. », insiste l’ex-officier des services.

Un autre canal important a été mobilisé : Radio Coran, lancée en juillet 1991, « le seul média officiel écouté dans les maquis et dans les prisons », se souvient un repenti. Au début, les « émirs » ne se méfiaient pas de cette station qui ne diffusait que des sourates du Livre saint, jusqu’au moment où, à partir de 1994-1995, on y a entendu des fatwas dénonçant les crimes des terroristes ou des témoignages de repentis et, surtout, des appels à déposer les armes. De nombreux islamistes armés se cachaient pour écouter ces programmes. « Inconnu et discret, le rôle de cette station a été de premier ordre dans l’opération de sape du moral des gens de la montagne », souligne Fahed Bouarioua.

Une offensive tous azimuts

En parallèle, les autorités ont laissé les cheikhs du courant salafiste scientifique contrôler un nombre de plus en plus important de mosquées à travers le pays, tout en encourageant les pires ennemis des djihadistes : les confréries soufies traditionnelles qui, sous le règne de Bouteflika, depuis 1999 (lui et sa famille en sont de fervents adeptes), regagnent une influence grandissante, avec organisation de colloques, réhabilitation des vieilles madrasas (écoles religieuses) soufies, édition d’ouvrages et même une plus grande implication politique avec le soutien public des plus hautes autorités à cette vieille école de l’islam arabo-berbère « tranquille ».

Mausolées et imams de zawiyas (confréries) ont été la cible des groupes islamistes qui ne reconnaissaient pas cet islam ancestral maghrébin, antithèse du djihadisme militant importé du Moyen-Orient.

« Le souci avec ce courant modéré, c’est qu’il est trop élitiste pour toucher les plus dangereux des éléments extrémistes. En parallèle, donc, le pouvoir en place a continué à soutenir, en douce, les salafistes antidjihadistes », explique Fahed Bouarioua.

« À la Ligue des oulémas du Sahel figurent des adeptes de la Tariqa Tidjaniya – puissant courant soufi au Maghreb, au Sahel et en Afrique de l’Ouest –, mais nous préférons mobiliser nos collègues salafistes pour parler aux radicaux, qui “traduisent” la pensée des soufis, car le sujet ciblé, ignorant, est conditionné par des stéréotypes contre tout ce qui n’est pas proche du salafisme », explique Kamel Chekkat.

Et de lancer une boutade : « Allez expliquer aux Français qu’il faut mobiliser même les salafistes pour se battre contre les criminels ! »

Entre-temps, de 2000 à 2006, trois lois entrant dans le cadre de la réconciliation nationale permettent à des centaines de « repentis » de sortir du maquis en échange d’une amnistie à peine déguisée et dénoncée par les victimes du terrorisme.

Combien de terroristes ont déposé définitivement les armes grâce à cette approche, combinée avec les messages des « officiers religieux » et autres muftis du maquis « repentis » ? Les statistiques font défaut, mais selon l’officier de Renseignement, « c’est un taux de près de 50 % des effectifs qui se rend, dès 1995, soit grâce aux lois du pardon, soit parce que les barbus appellent à une morajaâ ».

En 2016, l’armée a annoncé avoir éliminé 100 terroristes et enregistré la reddition de 65 éléments. De 1993 à 2002, les officiels de l’armée affirment avoir « neutralisé » 15 200 islamistes armés, alors que 6 386 se sont repentis. « En somme, sur les 30 000 à 35 000 éléments armés qui ont pris le maquis dès 1992-1993, environ 15 000 se sont rendus, le reste a été soit éliminé, soit arrêté, une infime partie a fui le pays », résume le même.

La guerre silencieuse continue

« Mais vingt ans plus tard, il reste toujours beaucoup à faire pour combattre les idées wahhabites meurtrières, reconnaît Fahed Bouarioua, qui suit de près l’évolution de la propagande en ligne de l’organisation État islamique. L’État a annoncé la prochaine création d’un observatoire national de l’extrémisme religieux, on nommera aussi un mufti de la République pour unifier les références religieuses, les services de renseignement élaborent des études pointues, les mosquées sont assez bien surveillées et ne servent plus de sources de recrutement, mais il est très difficile de contrer les idées de Daech sur le Web : les dernières recrues de l’organisation en Algérie sont quand même assez jeunes. »

Notre interlocuteur dans les services l’admet : « Certains repentis nous aident encore et c’est l’une des armes les plus précieuses que nous avons pour convaincre les gars d’abandonner l’action armée, mais cela est insuffisant, bien sûr, vu la mutation des menaces. Un imam derrière un clavier est plus efficace aujourd’hui qu’un bataillon de paras… »

Car, même si Daech et Aqmi peinent à recruter et à frapper en Algérie, les experts reconnaissent que la menace reste à un niveau critique.

« Les sécuritaires nous disent : La société algérienne est immunisée, elle a trop souffert des années 1990 ! Je ne suis pas d’accord, la jeune génération n’a pas connu les années de braise, et elle est née dans la culture de la contestation et de l’émeute, il faut rester très vigilant » , souligne Kamel Chekkat.

Avec ses collègues algériens, burkinabés, maliens, mauritaniens et nigériens de la Ligue des oulémas, il parcourt les pays du Sahel et la France en qualité d’expert de la lutte contre le radicalisme. « Aujourd’hui, beaucoup de travail est fait au niveau des mosquées et des associations. On dit aux jeunes : “Si vous voulez contester, faites-le pacifiquement” », poursuit cet imam qui anime deux émissions religieuses à la télévision et à la radio officielles algériennes.

Au-delà de la difficulté à combattre la propagande diffuse et virale sur Internet, Chekkat pointe aussi « le style malléable dans le discours extrémiste, qui offre une multitude d’interprétations et permet au propagandiste d’avancer masqué ». « En Algérie, nous avons un déficit de 22 000 imams – les imams sont nommés par le ministère des Affaires religieuses –, et c’est dans cette brèche que s’infiltrent les radicaux et les wahhabites, souvent payés par des pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite », accuse Fahed Bouarioua.

Entités étatiques terroristes

Pour ne rien arranger, la nébuleuse du Web s’adapte très vite aux ripostes des antidjihadistes.

« Avec nos collègues théologiens et imams, nous concevons toute une riposte argumentée sur un forum djihadiste à un texte de propagande, un travail harassant de recherche et de pédagogie, mais, à peine vingt-quatre heures plus tard, le forum est bombardé de contre-arguments, bien évidemment faux, mais très efficaces pour laver le cerveau de jeunes qui ne connaissent pas grand-chose à la religion. On se dit alors qu’il ne s’agit pas de petits groupes de radicaux excités, mais bien de puissances, peut-être même d’États » , confie Kamel Chekkat.

Mais selon Saïd Djabelkhir, chercheur en théologie et animateur du cycle de conférences Le Cercle des lumières pour la pensée libre, cible d’attaques virulentes des salafistes algériens, on ne peut vraiment parler de lutte contre l’extrémisme qu’en engageant une véritable réforme de l’islam lui-même.

« Chez nous, les pouvoirs publics n’ont pas encore le courage d’attaquer le fond du problème, l’islamisme. Ils préfèrent protéger les équilibres traditionnels. » À ses yeux, les meilleures méthodes à appliquer pour combattre l’intégrisme islamiste existent pourtant dans le corpus des études théologiques du monde musulman, et ailleurs :

« Ces méthodes sont fournies par l’islamologie appliquée, qui consiste à relativiser les connaissances et les croyances religieuses. La matière première est abondante dans les textes religieux, elle est même très efficace dans ce domaine », explique Saïd Djabelkhir.

« Il nous faut élaborer un plan national de lutte contre le radicalisme et capitaliser l’expérience algérienne de plus de vingt ans. C’est bien de créer un observatoire de la radicalisation, mais il ne faut pas le confier à des bureaucrates ou à des pseudo-experts », prévient Fahed Bouarioua. « Et question expertise, on en a », renchérit l’ex-gradé des services de renseignement.

La cohésion sociale comme arme

« La méthode algérienne est un cas d’école, car elle s’appuie sur une saturation de l’espace public et même privé – les imams femmes, les mourchidate, font un travail de fond avec les familles – en multipliant les moyens et les niveaux d’intervention, du financement de films dénonçant l’intégrisme à l’aide aux jeunes entrepreneurs », atteste un expert américain du contre-terrorisme de passage à Alger pour ses recherches.

L’ex-barbouze algérien, qui partage sa vie de retraité baroudeur entre pêche et lecture quelque part sur la côte algéroise, résume ce qu’il appelle « l’expérience algérienne ». Il refuse toutefois de parler d’une « école algérienne », car l’expérience n’a, à son sens, pas assez été « théorisée » ni enseignée dans les structures sécuritaires. Fort de plus de deux décennies de guerre – et de centaines d’heures d’entretien avec des islamistes armés, il explique :

« Pour moi, la clé de la déradicalisation, c’est la cohésion sociale, la cohésion tout court, puisque nos imams parlent de l’extrémisme meurtrier comme d’une fitna, une discorde. Il faut donc créer de la cohésion de manière systémique, au sein même de la famille, pour adhérer à des références religieuses, culturelles et civiques. “Je vais tout faire pour te faire sentir que tu es isolé, dans ton quartier, de tes amis, de ta famille. Je trace un cercle et te laisse dehors. En même temps, je te laisse une chance – une seule – pour réintégrer le cercle, abandonner ce qui te pousse à être discordant avec ta culture, ton environnement. De fait, ce n’est pas moi ou ta famille ou ta société qui sommes en danger, c’est toi.” Voilà ce qu’il faut leur dire, à ces apprentis monstres. »

* Journaliste et écrivain algérien. Dernier ouvrage paru : « Jours tranquilles à Alger » (Riveneuve), coécrit avec Mélanie Matarese.

 

 

3 COMMENTS

  1. Vous oubliez de preciser que les services algériens sont impliqués dans la pseudo DEradicalisation en France et ainsi foutent la merde finalement en favorisant le bordel islamique en France. En gros contre l islamisme en Algérie, pour l islamisme en France son ancien colon. La perfide, le vice à l état pur.

  2. Rigolons z-un brin ! La racine du terrorisme musulman et de la violence musulmane, c’est la doctrine islamique elle-même, et ses racines doctrinales stupides mais « sacralisées », mises en place pour des raisons liées aux luttes pour le pouvoir temporel entre le 7ème et le 11ème siècle de notre ère, et pour faciliter lexpansion conquérante du monde musulman: suprémacisme, conquête mondiale, esclavagisme, pillage, discrimininations, persécutions, élimination meurtrières et génocidaires…
    Tant que la vérité musulmane ne sera exposée en grand dans les médias de la planète, durablement, rien ne changera; une guerre islamiste prendra la suite d’une autre.

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