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Altercation turco-américaine déclenchée par le conflit Kurde©

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La controverse turco-américaine sur les visas déclenchée par le conflit avec les Kurdes, la désertion d’Ankara, de l’OTAN vers le camp russo-iranien

 

A partir du lundi 9 octobre, les missions diplomatiques américaines en Turquie ont suspendu les services de fourniture de visas aux non-immigrants et fermé leurs portes au public, alors que les consulats turcs aux Etats-Unis ont suspendu « tous les services de visas » aux Américains. La monnaie turque a immédiatement effectué une chute vertigineuse sur les marchés mondiaux.

La cause ostensible de cette suspension des visas a été l’arrestation en Turquie d’un employé local du consulat américain, sur soupçon de prétendus liens avec l’organisation de Fettulah Gulen, ce dignitaire religieux turc vivant en exil en Pennsylvanie, que le Président turc Erdogan accuse d’avoir orchestré de coup d’Etat manqué contre lui, le 15 juillet 2016. Washington a déclaré que cette accusation est sans fondement et qu’elle ne fait que porter préjudice aux relations bilatérales.

Puis, lundi, un second suspect a été convoqué pour être interrogé, pour la même accusation, et sa femme et son jeune fils sont retenus en détention pour s’assurer qu’il obéira à cette convocation. Selon Debkafile, les relations entre l’Administration Trump et le Président turc se sont détériorées depuis les neuf derniers mois, depuis que le Président Donald Trump a limogé le Général Michaël Flynn du poste de Conseiller à la Sécurité Nationale.

On s’est, ensuite, aperçu que Flynn était un lobbyiste rémunéré travaillant pour le compte du gouvernement Erdogan à Washington, qui faisait la promotion du rapprochement entre les deux gouvernements, dans le cadre d’une collaboration américano-russe plus large dans la guerre contre l’Etat Islamique [qu’a longtemps cautionné le régime Erdogan contre les Kurdes, en organisant son approvisionnement et son exportation de pétrole saisi du régime syrien]

Cette stratégie globale s’est effondrée avec le limogeage de Flynn et son départ de la Maison Blanche. Le Président turc avait d’abord commencé à croire que le gouvernement américain, sous la férule d’Obama et de certains de ses services de renseignements, avaient orchestré en sous-main le coup d’état militaire déjoué, qui visait, non seulement à le chasser du pouvoir, mais tant qu’à faire, à l’assassiner. Il persiste dans ses accusations face aux démentis catégoriques de Washington.

Cette obsession s’est encore renforcée de nouvelles complications, quand l’Amérique s’est mise à soutenir la milice kurde des YPG en Syrie, comme s’avérant les forces terrestres les plus compétentes pour vaincre l’Etat Islamique.

Erdogan conçoit les YPG comme l’instrument d’une république indépendante et autonome Kurde, qui serait planifiée pour émerger du chaos, dans le nord de la Syrie tout près de la frontière turque. Pour empêcher les troupes turques et kurdes d’entrer en guerre ouverte dans cette zone sensible, les forces américaines de opérations spéciales ont été déployées là pour faire tampon entre elles.

Ces conflits fondés sur une profonde défiance ont conduit Erdogan à prendre ses distances avec Washington et à courtiser Moscou et Téhéran affin de sceller de nouvelles relations et de conforter la posture d’Ankara en Syrie et y contrer l’influence américaine, considérée comme pro-kurde, sur le plan militaire, sinon diplomatique (puisque l’Amérique ne soutient pas, par exemple, l’établissement d’un Etat Kurde indépendant en Irak).

La Turquie est le premier membre de l’OTAN à entrer en relations approfondies de collaboration avec l’armée russe et son appareil sécuritaire. Le dilemme des passeports et visas n’est pas non plus le premier indicateur public de cette hostilité croissante entre Washington et Ankara, l’essentiel de ce conflit grandissant restant à venir. Ankara a installé des bases militaires en Somalie, mais aussi au Qatar, d’où Erdogan défie les pays du Golfe en controverse idéologie avec Doha, notamment à propos des Frères Musulmans, du rôle du Hamas ou de son rapprochement avec Téhéran…

  

The Turkish-US visa spat was triggered by Kurdish dispute, Ankara’s flight from NATO to the Russian-Iranian fold

Les tensions entre Ankara et Washington perturbent les marchés turcs

 

La livre turque chute alors que la Bourse d’Istanbul a enregistré sa plus mauvaise performance depuis un an.

C’est une nouvelle épine dans les relations de plus en plus compliquées entre les Etats-Unis et la Turquie et cela a été ressenti comme tel sur les marchés. La  suspension des services de visas entre les deux pays, suite à l’arrestation d’un employé du consulat américain suspecté de lien avec le prédicateur Fethullah Gülen, a fait plonger les marchés financiers turcs lundi.

La Bourse d’Istanbul chutait ainsi de 3,14 % en fin d’après-midi, après avoir perdu jusqu’à 4,81 % en séance, dans le sillage des groupes sensibles au tourisme, comme Turkish Airlines (-9 %) et Pegasus Airlines (-6 %). L’indice BIST 30 gagne malgré tout encore 28,7 % depuis le début de l’année. La livre turque a plongé de 6,6 % dans la nuit de dimanche à lundi en Asie, jusqu’à 3,9223 livres pour un dollar. La devise a même touché un nouveau plus bas face à un panier de monnaies dont l’euro. En fin de journée, la livre perdait encore 3 % face au dollar.

Reprise économique

Ce nouvel affaiblissement de la devise turque, s’il devait perdurer, pourrait de nouveau fragiliser l’économie du pays,  en voie de redressement . Après une année 2016 difficile, la croissance redémarre, « portée par une politique budgétaire expansionniste, ainsi que par les exportations », explique Sylvain Bellefontaine chez BNP Paribas, qui table sur une croissance du PIB de plus de 4 % en moyenne cette année.

Déficits jumeaux

En effet, en raison de déficits jumeaux importants (déficit budgétaire et déficit de la balance courante), la Turquie est considérée comme l’un des pays émergents les plus sensibles et les plus fragiles à la politique de remontée des taux de la Fed.

Pour Sylvain Bellefontaine, « en raison de la dépendance du pays à l’égard des flux de capitaux étrangers et des incertitudes géopolitiques, la position extérieure de la Turquie reste très exposée à l’évolution du sentiment sur les marchés internationaux et à la normalisation des politiques monétaires dans les économies avancées ».

Les tensions entre Ankara et Washington perturbent les marchés turcs

Par ailleurs, la rechute de la livre complique la tâche de la banque centrale turque, déjà soumise à une forte pression du président Erdogan pour baisser ses taux d’intérêt« Si la chute de la livre se poursuit, la CBRT devra intervenir très vite pour calmer les marchés et relever ses taux d’intérêt pour défendre la monnaie », pronostique Timothy Ash, chez Blue Bay AM, interrogé par Reuters.

Avec un taux d’inflation supérieure à 11 %, sa marge de manœuvre était déjà réduite, malgré les dénégations de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc estimait récemment qu’une baisse des taux aiderait l’inflation à baisser, tout en mettant en garde contre des « désastres » s’ils devaient rester à leur niveau actuel. Cette nouvelle crise avec Washington risque bien de retarder un peu plus tout processus de baisse des taux en Turquie.

Pierrick Fay
@pierrickfay

Source : lesechos.fr/

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