Chelah Lekha: Quelle faute pour les explorateurs? Vidéo

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Les Sages font remarquer que sur le plan chronologique la sidra Chelah Lekha est placée entre deux épisodes qui ont eu lieu avant l’envoi des explorateurs.

En effet, l’incident de Korah a eu lieu le 22 sivan de la deuxième année après la sortie d’Egypte alors que l’envoi des explorateurs a pris place le 29 sivan, une semaine après la révolte de Korah.

Pourquoi, en ce cas, se demandent les exégètes, la sidra des explorateurs précède-t-elle celle de Korah ? La réponse est que la parasha de BeHaâlotekha à la fin de laquelle est évoquée la faute de Myriam qui a déblatéré sur son frère éminent. Ainsi cette lecture et la précédente sont-elles liées par la médisance.

Il semble, au premier abord que la faute soit différente étant donné que la médisance sur Moïse concerne un homme et celle des explorateurs est centralisée sur le pays. Néanmoins, la faute est d’importance et de même niveau.

Analyse :
Il est écrit dans les Pirké Avoth : כל מה שהקב”ה ברא בעולמו אלא לכבודו (kol ma shéHaKadosh baroukh Hou bara béôlamo ela likhvodo) c’est-à-dire : Tout ce que le Saint béni soit-IL a créé dans Son univers l’a été pour Sa gloire.

En conséquence tout ce qui a été créé sur la Terre, comme au ciel, absolument tout : les anges, les astres, la flore, la faune, le règne animal tout comme le genre humain tout, a été créé par D. et tout témoigne de la Grandeur et de la Suprématie de D.

IL a voulu créer le monde dans lequel l’humanité évolue pour que l’homme rende grâce au Créateur en tous points.

HaShem a créé l’homme et, parmi eux, Moïse a été distingué comme “Homme de D.” (Psaume 90 : תפילה למשה איש האלוקים Prière de Moïse, homme de D.). Moïse ayant été le seul homme à avoir pu parler face-à-face avec D., à être mort dans un “baiser” de HaShem, dire du mal de Moïse est en quelque sorte une atteinte au Tout Puissant.

Selon, une autre dimension : le Créateur a jeté Son dévolu sur une petite “langue de terre” qui, paraît-il, est le nombril de la terre avec pour point central Jérusalem et le sommet de ce point central étant le Mont Moria lieu d’élection s’il en est puisque c’est là qu’eut lieu la ligature d’Isaac et c’est là que Salomon érigea le Temple de Jérusalem, et ce Mont devint le Mont du Temple.

Lorsque D. désigna ce pays comme destination finale des pérégrinations du peuple sorti de l’esclavage d’Egypte, IL employa des termes promettant la prospérité à tous les niveaux, le bonheur et la tranquillité. Lorsqu’HaShem S’adressa à Moïse en lui disant : Envoie des personnes que tu choisiras par toi-même.

De manière à éviter les luttes de personnalité, de prestige et autres, Moïse pensa bien faire en envoyant un émissaire issu de chacune des douze tribus.

Il n’avait pas pris en considération le fait que chacun de ces douze envoyés sauf Caleb et Yéhoshouâ, verrait d’un mauvais œil d’être départi de ses fonctions en entrant dans ce pays et, dès lors, ils voulurent gagner du temps pour continuer à faire partie de l’élite du peuple en ce cas, quoi de mieux que de dire du mal de ce pays et de ses habitants ? Comme l’enseigne l’adage populaire : “salissez, salissez il en restera toujours quelque chose.”

La faute de dix des émissaires fut composée de plusieurs fautes en même temps :
Au lieu de se reposer sur leur émouna et sur leur expérience, ils perdirent pied totalement devant les géants qu’ils virent à Kyriat Arba et par les descriptions qu’ils firent le peuple fut saisi d’effroi.

C’est ainsi, qu’ils se plaignirent et gémirent toute la nuit du 9 av et que D. les menaça d’avoir sujet de plaintes et de pleurnichements.

Au lieu de vanter les qualités exceptionnelles de rendement agricole de cette terre et même du menu bétail qui donnait tant de lait qu’il n’était même pas utile de les traire, le lait ruisselant de lui-même, ils rendirent les preuves détestables !

Les commentateurs se penchèrent sur de simples calculs : la grappe de raisins qu’ils apportèrent et qu’ils déplacèrent à 8 pesait 960 séa soit l’équivalent de 13 tonnes ! ce qui tendrait à prouver qu’eux-mêmes n’étaient pas des “sauterelles” puisque leur capacité à porter des fardeaux était de l’ordre de plus d’une tonne et demie chacun!

La plus grande des fautes fut de mettre en doute la Toute Puissance de D en proférant que : “אפס כי-עז העם הישב בארץ…” Ce mot “efess” qui signifie zéro transmet, ici, une condition et en même temps un manquement très grave, une faute dans le caractère de la mission qui leur a été confiée !

En effet, il leur avait été demandé d’aller et d’observer et puis alors de raconter mais, ils ne devaient à aucun moment transmettre une opinion. Il était donc de leur devoir de faire un rapport en bonne et due forme sans émettre d’opinion ou de sentiment personnel.

Cette faute fut donc d’une portée tragique, car, non seulement le peuple mit en doute les promesses de D. mais encore Ses capacités à défendre Son peuple contre toutes sortes de créatures ; et, de plus, D. a donné aux explorateurs un délai de 40 jours pour qu’ils reviennent sur leurs déclarations car s’ils avaient fait teshouva, la faute aurait pu leur être pardonnée, mais, au contraire, ils persévérèrent dans leur erreur.

Le Midrash raconte, que la langue des dix explorateurs faiseurs de médisance virent soudain leur langue s’étirer jusqu’à leur nombril et leur langue s’infectait pour leur faire comprendre qu’ils avaient fait du “lashon harâ” (mauvaise langue à propos du pays) et jusqu’au nombril car Israël est considéré comme le nombril du monde !

Si D., à plusieurs reprises, a su pardonner au peuple tous les manquements dont il s’est rendu coupable, l’Éternel ne peut pardonner l’insulte faite à la terre d’Israël ils auraient dû en conséquence revenir sur leurs propos et faire acte de contrition.

En l’absence de ce regret exprimé sincèrement, la sanction fut douloureuse : chaque 9 Av pendant 39 ans, chacun creusait sa tombe et s’y couchait et le lendemain, 15,000 d’entre eux ne se relevaient point.

Lorsque Myriam a fait de la médisance (lashon harâ) sur son frère, elle a été frappée de lèpre et, dans la guemara sont évoquées les différentes sanctions encourues pour la médisance mais jamais il n’est question de mort, même si l’on considère que dire de vilaines choses contre Moïse ou contre le pays sont en elles-mêmes des atteintes à D Lui-même !

Elles sont d’autant plus importantes qu’elles mettent en relief un orgueil débordant : celui qui médit ne veut pas se mettre en défaut en proférant la vérité sur sa propre personne : je ne peux pas, je ne suis pas capable, j’ai peur …. Non, la personne orgueilleuse préfère faire endosser le manquement à un tiers Erets Israël, en l’occurrence !

Dans le Talmud sont évoqués (surtout dans les traités de Taânit et de Yoma) les différents jeûnes qui sont observés dans l’année de manière communautaire ou individuelle (privée) et, l’on retrouve un jeûne qui fait partie du jeûne des tsadikim et qui a lieu le 17 eloul et qui se fait depuis le matin jusqu’au soir : le jeûne des dix explorateurs et à ce stade on ne comprend plus car, si ces dix explorateurs qui ont mal exécuté leur mission sont morts rentrent dans la catégorie citée par Shlomo Hamelekh (XI-1) : ובאבוד רשעים רינה : lorsque les impies périssent, nous sommes transportés de joie ! En ce cas, pourquoi faire un jeûne ? Et, qu’en est-il de ce qu’écrit Shlomo, toujours (XXIV,17) בנפול איוביך אל תשמח (ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi). Il est évident que de nombreuses pages seraient nécessaires pour répondre à une telle question mais il est important de faire une différence entre un ennemi et un impie, un ennemi peut être un ennemi personnel et sa chute peut ne pas être mortelle au contraire, la “perte” de l’impie peut aller jusqu’à la mort et, celle-ci peut être une délivrance au niveau national.

A ce stade, les Sages pensent que le jeûne du 17 eloul (dix explorateurs) doit être considéré comme un avertissement au lashon harâ et surtout qu’il serve d’avertissement contre le lashon harâ pour toutes les générations et que personne ne trébuche sur cet écueil.

La faute des explorateurs d’avoir donné à mal interpréter les atouts du pays et d’en extraire du mal est un HILOUL HASHEM (une profanation du Nom divin) et s’il y a toujours une possibilité de plaider non coupable, dans le cas d’un hiloul HaShem, il n’y a aucune possibilité de plaider l’innocence, même quelqu’un qui passe sa vie à étudier, ne peut plaider l’innocence dans ce domaine et c’est ainsi que tous ceux qui ne profèrent que de belles paroles sur le pays, HaShem les ramènera sur cette terre le temps venu : הָבִיאִי בָנַי מֵרָחוֹק, וּבְנוֹתַי מִקְצֵה הָאָרֶץ כֹּל הַנִּקְרָא בִשְׁמִי, וְלִכְבוֹדִי בְּרָאתִיו: יְצַרְתִּיו, אַף-עֲשִׂיתִיו.

Ramène des pays lointains mes fils, et des confins de la terre mes filles, tous ceux qui se réclament de mon nom, tous ceux que, pour ma gloire, j’ai créés, formés, organisés ( Isaïe XLIII, 6 et b7).

Caroline Elishéva REBOUH

 

 

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