Ces surprises que le printemps arabe nous réserve encore ©

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Le prince Mohammed Ben Salman. HO/AFP

Ces surprises que le printemps arabe nous réserve encore©

 

par Maurice-Ruben HAYOUN

Les fruits des arbres, les produits de la terre, mettent du temps à apparaître. Il en est de même des événements historiques dont les conséquences mettent encore plus de temps à se produire. Mais ils constituent les causes lointaines des phénomènes d’aujourd’hui.

Lorsque le Premier Ministre Benjamin Netanyahou avait dit que ce qui se préparait avec certains états arabes allait bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer et surclassait de très loin ce qu’on avait obtenu par deux traités de paix en bonne et due forme, en Egypte et en Jordanie, on avait jugé ces paroles sibyllines.

Prononcées devant les fonctionnaires du ministère des affaires étrangères dont il détient le portefeuille, la presse locale n’a voulu y voir qu’une autocélébration, une façon de se mettre en avant pour faire diversion, à un moment où l’on parle de mettre son épouse en examen.

Poursuivi par je ne sais combien d’enquêtes judiciaires, Netanyahou serait sur le départ. Il n’en est rien.

Et bien, la presse se trompait et Netanyahou était dans le vrai.

Car voilà que la presse se met à bruire encore de rumeurs, dont une ne manque pas de nous sidérer (mais de joie et de satisfaction, cette fois) : une délégation d’Arabie saoudite, menée par le jeune prince héritier et ministre de la défense de son pays, serait venue en Israël pour faire un tour d’horizon complet de la situation dans le secteur.

Cette nouvelle ne nous étonne pas vraiment puisque l’Arabie a depuis fort longtemps conditionné une reconnaissance de l’Etat d’Israël au retour aux frontières de 1967, ce qui est inacceptable aux yeux des Israéliens, mais représente un progrès par rapport aux autres Arabes qui veulent éradiquer l’idée même d’un état juif.

On ne peut donc pas parler d’un retournement de situation mais d’une évolution prévisible et logique. Les Saoudiens ont beaucoup de défauts mais ils ont oublié d’êtres des idiots. Leurs avoirs avoisinent les 850 milliards de dollars et ils sont présents en tant qu’investisseurs dans le monde entier, notamment aux USA, en Grand Bretagne et en France, sans oublier l’Allemagne.

Le roi en place aujourd’hui a compris que le régime ne se survivrait pas à lui-même si l’on prolongeait un état de gérontes. D’où la décision de faire monter une génération de jeunes, comme le prince héritier, qui ont étudié aux USA et en Grande Bretagne et qui savent relever les défis de demain.

Or, le principal défi du monde arabo-musulman contemporain, c’est Israël, pays hyper moderne et hyper puissant, possédant la plus forte armée de la région, battant tous les records dans le domaine de l’informatique au point de révolutionner la défense du pays, avec moins d’hommes mais toujours plus de technologie, etc…

Et il y a l’évolution de la politique internationale, j’ai nommé la menace iranienne, qui est double : d’un part le régime des ayatollahs et d’autre part l’arme nucléaire que ce pays possédera tôt ou tard.

Cette évolution conduirait à la disparition programmée de l’Arabie si celle-ci ne se réformait pas. Or le vent de l’Histoire n’attend pas pour balayer les indécis, les survivances du passé, bref tout ce qui a fait son temps.

L’Arabie a compris que la cause palestinienne avait fait perdre plus d’un demi-siècle à la nation arabe qui s’y est embourbée sans avancer d’un pouce. Et face à ce blocage de plusieurs décennies, la logique du développement d’Israël est désormais irrattrapable. Telle est l’analyse des Saoudiens qui les mène là où ils se trouvent aujourd’hui.

Quand on compare l’évolution de la jeunesse iranienne à celle de la jeunesse saoudienne, les premiers dépassent de dix coudées leur frères (ennemis) sunnites.

Les filles en Iran vont à l’université, sont diplômées et pourraient occuper des postes si la police des mœurs ne les gênait pas pour des pacotilles. L’Iran dispose de bons ingénieurs qui ont rendu le boycott un peu moins insupportable pour les gens, même si l’Iran serait en faillite sans la restitution des quelques milliards bloqués depuis des années.

C’est ce retard que le jeune prince héritier, appelé à succéder à son père (sauf imprévu), veut rattraper. Et pour y arriver, il faut faire table rase des erreurs du passé.

Lorsque les Arabes raisonnent sans passion ni préjugés, ils réalisent qu’Israël est devenu la start-up nation que l’on sait, que ses composés électroniques entrent dans la composition de tous les téléphones portables, des GPS et de quantité d’autres instruments devenus indispensables aujourd’hui.

Israël dispose de méthodes agricoles, d’irrigation, d’économie et de dessalement d’eau de mer qui font pâlir d’envie les nations les plus avancées. La liste serait bien plus longue.

En bref, l’Arabie a compris qu’il ne fallait plus attendre, qu’il était faux de penser que le temps travaillait pour les Arabes avec leur démographie. En fait, le numérique, le digital, l’informatique exigent moins d’hommes mais toujours plus de qualification supérieure. Or, Israël, à lui seul, dépose plus de brevets que tous les états arabes réunis.

Ce n’est pas dit pour humilier qui que ce soit, c’est un simple fait.

Alors que peut bien être la réaction des arabes à cette éventuelle future reconnaissance d’Israël par l’Arabie Saoudite, gardienne des lieux saints de l’islam ? Elle va renforcer le camp de l’Egypte et de la Jordanie. L’Irak et la Syrie, la Libye sont à terre et mettront des décennies à se relever. L’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont éloignés et leur réaction n’est guère significative. La baisse vertigineuse du prix du baril de pétrole a fait le reste.

Parallèlement à ces années de vaches maigres, Israël engrange des milliards de sa vente future de gaz, au large de ses côtes. On parle même de créer un fonds souverain… Le chômage est à son niveau le plus bas et la monnaie nationale est presque trop forte, notamment pour ce qui est des exportations.

Reste le Liban avec le Hezbollah, et le Hamas à Gaza. C’est très peu de monde. S’ils ne changent pas, ils vont rater le coche. La phrase de Gorbatchev : ceux qui vont à l’encontre de l’Histoire sont balayés par le vent de l’histoire, est plus que jamais d’actualité.

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Franz Rosenzweig (Agora, universpoche, 2015)

A noter que le professeur Maurice-Ruben Hayoun, dont les chroniques sur JFORUM font notre plaisir, sera l’invité, les dimanches 10 et 17 septembre prochains, de l’émission « Islam », de 8h45 à 9h15.

Il y évoquera l’œuvre et les héritages respectifs du rabbin Moïse Maïmonide et du philosophe Averroès.

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