Assassinat de S. Halimi : l’attente intenable ©

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Maître Jean Alexandre Buchinger et Joël Mergui/ Crédit photo Alain Azria
Quelques jours après la mise en examen de Kobili Traoré, l’assassin de Sarah Halimi, se tenait ce 18 juillet un nouveau point presse organisé par Maître Jean Alexandre Buchinger*, l’un des avocats des enfants de la victime, et Joël Mergui, Président du Consistoire.

Cette conférence de presse est déjà la troisième donnée dans cette affaire, après celles des 22 mai et 4 juillet (lire : Assassinat antisémite de Sarah Halimi : on paie encore Copernic© et Sarah Halimi ou le déni Français©)

Rappelons que Sarah Attal Halimi a été torturée puis défenestrée par son voisin islamiste, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017.

Les avocats de la famille, du Consistoire, du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) et du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) se battent depuis maintenant plus de trois mois pour deux  choses :

  • la reconnaissance de ce crime pour ce qu’il est juridiquement et factuellement : un meurtre antisémite commis avec préméditation, précédé de tortures.  
  • et pour que la lumière soit enfin faite sur l‘inaction de la police, qui, pourtant présente sur les lieux depuis le début des actes de torture contre Sarah Halimi, n’est intervenue qu’environ 1 heure après son arrivée et bien après son décès.

Alors que la communauté juive s’est mobilisée dès l’annonce de ce drame (lire : Sarah Halimi z’l : une Marche Blanche de colère!©), il a fallu attendre plusieurs semaines pour que la presse nationale et des intellectuels, puis des politiques, relaient les informations et la nécessité que la mort de Sarah Halimi soit reconnue comme un drame français et non communautaire.

Une attente devenue intenable en raison du sentiment légitime qu’une chape de plomb pèse sur le traitement médiatique de ce drame, “omerta” liée au refus d’admettre l’évidence de l’antisémitisme musulman.

Frustration renforcée par le fait que l’assassin, interné depuis son arrestation dans un hôpital psychiatrique**, n’a pu être entendu – du moins à notre connaissance – que le 10 juillet, jour de sa mise en examen.

Les termes de cette mise en examen représentent un scandale, car, malgré les 3 mois mois et demi écoulés depuis l’assassinat de Sarah Halimi, et les témoignages produits depuis, l’inculpation a repris tout bonnement les chefs d’ouverture de l’instruction, intervenue le 22 avril.

En effet, elle a été prononcée pour deux chefs : homicide volontaire de Sarah Halimi et séquestration de la famille voisine de la victime (Kobili Traoré était passé par l’appartement de cette famille pour accéder au logement de sa victime) et fait donc fi de l’essentiel en ne retenant toujours pas la circonstance aggravante d’antisémitisme ni celle de la préméditation, encore moins de tortures.

Cette mise en examen, dont le timing est surprenant – en effet, elle a été prononcée alors que K. Taroré est toujours interné et que l’expert psychiatrique n’a pas encore rendu son rapport -, est de ce fait extrêmement décevante et incompréhensible.

Déception et incompréhension d’autant plus grandes que, quelques semaines après son ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, le Président de la République Française Emmanuel Macron a – lors de la commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv’, le 16 juillet dernier – évoqué de manière très claire ce “nouvel” antisémitisme musulman et l’assassinat de Sarah Halimi, et évoqué la nécessité que toute la lumière soit faite sur ce drame, “malgré les dénégations du meurtrier”.

Après cette mise en examen, Joël Mergui publiait du reste le communiqué suivant :

SARAH HALIMI: un simple fait divers ?

Par Joël Mergui

Sarah Halimi (zal) a été séquestrée, torturée puis défenestrée le 4 avril dernier, soit désormais depuis plus de trois mois. Trois longs mois pendant lesquels l’ensemble de la communauté juive s’est pour le moins étonnée tant du silence médiatique entourant ce dossier que de la lenteur avec laquelle l’enquête a été menée jusque-là.

Avec les institutions juives, le Consistoire a alerté, et continue à le faire, tant les autorités politiques et judiciaires que les medias sur cette situation tristement ahurissante.

Je me suis une nouvelle fois entretenu cette semaine avec le Procureur de la République, François Molins, pour lui demander de faire en sorte que l’assassin puisse enfin être interrogé et que les conclusions de l’expert psychiatre, désigné par le juge d’instruction puissent être révélées, ce à quoi il s’est engagé.

L’assassin a enfin été mis en examen hier, ce qui va permettre à la procédure de réellement commencer.

C’est une avancée qui me laisse néanmoins un profond goût d’amertume. En effet, les chefs de mise en examen portent sur l’homicide volontaire de Sarah Halimi, mais nulle part ne sont retenus les chefs d’assassinat avec la circonstance aggravante d’antisémitisme – alors que l’assassin savait parfaitement que sa victime était juive, pour avoir été son voisin durant une dizaine d’années-, de séquestration, de torture, et d’actes de barbarie. La séquestration a été retenue en tant que second chef de mise en examen … mais uniquement pour les voisins de Sarah Halimi qui n’ont aucunement été séquestrés par le criminel, qui était leur ami.

Pas d’assassinat ?

Pas de séquestration ?

Pas de torture ?

Pas d’acte de barbarie ?

Pas d’antisémitisme ?

Pas d’islamisme radical ?

On pourrait presque croire à un banal fait divers !

Moi qui ai toujours affirmé ma confiance en l’appareil judiciaire de notre pays, j’avoue être déçu et même choqué de constater de telles omissions. C’est pourquoi, lors de mon entretien ce matin avec le Premier Ministre Edouard Philippe, j’ai évoqué la nécessité pour les pouvoirs judiciaires de procéder à un réquisitoire supplétif, afin d’étendre la mise en examen aux chefs non retenus contre toute évidence.

L’émotion de la communauté juive française est forte et je la ressens lors de chacune de mes visites quotidiennes.

La famille de Sarah Halimi, et la communauté juive à ses côtés, souhaitent que toute la lumière soit faite au plus vite, que des réponses soient données sur les circonstances de l’assassinat. Mais encore faut-il que les bonnes questions soient posées par la justice, ce qui est loin d’être le cas à ce jour.

Sarah Halimi ne reviendra pas mais le minimum que nous lui devons est qu’à sa mort, ne soit pas ajouté le déni de justice.

De son côté, Me David-Olivier Kaminski, avocat de l’un des fils de la victime et du CRIF, a adressé deux courriers au procureur de la République et aux deux juges d’instruction. Des extraits sont publiés par le journal Le Parisien :

«Comment pouvez-vous sincèrement présumer que la circonstance aggravante d’antisémitisme serait à ce point inexistante du dossier, sans le moindre indice grave ou concordant pour ne pas prendre de réquisitions écrites en ce sens ?», écrit Me Kaminski au procureur de la République.

Pour l’avocat, pas de doute dans cette affaire : «Aujourd’hui, il s’agit d’un véritable déni d’action publique.» Il rappelle par ailleurs que «le ministère public traditionnellement représente les intérêts de la société, qu’il permet d’assurer l’action publique pour le compte des victimes». Il appelle ainsi le procureur de la République à «faire le nécessaire et [à] prendre toutes les réquisitions utiles en vue d’un réquisitoire supplétif incluant la circonstance aggravant d’antisémitisme».

Dans un second courrier, adressé aux juges d’instruction, David-Olivier Kaminiski s’interroge : «Pourquoi et comment, si vous avez pu interroger Kobili Traoré et le mettre en examen, celui-ci serait resté en psychiatrie et n’aurait pas fait l’objet d’une mise à l’écrou» ? Il souligne que l’expertise psychiatrique du suspect n’a pas été communiquée aux parties civiles. Le conseil s’étonne par ailleurs que les juges n’aient «pas cru pouvoir lister dans cette procédure les nombreux indices permettant de traiter judiciairement ce crime dans toutes ces dimensions et notamment dans sa dimension antisémite».

S’agissant de la responsabilité des forces de police, rappelons que si les avocats estiment de manière unanime qu’il y a eu dysfonctionnement de la part des services de police et partagent la conviction que Sarah Halimi aurait pu être sauvée si elles étaient intervenues plus tôt, ils divergent sur la manière de la rechercher : plainte pour non-assistance à personne en danger déposée par Me Goldnadel et dépôt d’actes d’instructions dans la présente procédure pour Me Buchinger (Sarah Halimi ou le déni Français© et S.Halimi : pourquoi je n’ai pas voulu poursuivre les policiers)

C’est dans ce contexte, et alors que l’expert judiciaire, le Dr Daniel Zagury, est censé remettre son rapport avant le 22 août, que s’est tenue la dernière conférence de presse, dont voici l’essentiel.

Vidéo Solange Hendi

 

“Nous, les avocats, nous avons été informés par une dépêche AFP (en date du 12 juillet) que Kobili Traoré, l’assassin de Madame Halimi, avait été mis en examen.

C’est une surprise, car depuis 3 mois et demi c’est le silence le plus complet autour de cette affaire.

La justice n’a pas pu entendre Traoré durant sa garde à vue, puisque immédiatement dans les heures qui ont suivi son interpellation, il a été considéré comme ne pouvant être entendu, et transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, puis dans un centre psychiatrique.

Le 22 avril, la juge d’instruction a désigné un expert psychiatre qui avait 4 mois pour rendre son rapport.

On aurait pu s’attendre dans une affaire aussi sensible à ce que le rapport soit rendu au bout d’un mois, de 6 semaines…

Et nous sommes toujours dans l’attente de ce rapport.

Nous sommes donc surpris qu’au bout de 3 mois, la juge d’instruction prenne la décision de se déplacer au centre psychiatrique pour mettre en examen le criminel, pour l’interroger.

On a donc pu prendre connaissance de l’ordonnance de mise en examen et du PV de l’interrogatoire de l’accusé.

Malgré l’absence de ce rapport, la juge d’instruction a tout de même interrogé et mis en examen Traoré : la logique aurait voulu l’inverse.

Il a répondu de façon très cohérente très circonstanciée : les réponses sont on ne peut plus claires, des réponses de quelqu’un qui jouit de toutes ses facultés.

Ce dont on ne pouvait douter.

Notamment, quand on sait qu’après avoir torturé Sarah Halimi, et l’avoir traînée vers le balcon, Traoré, se rendant compte qu’il y avait des personnes dans la cour, a eu la présence de simuler le suicide de Madame Halimi.

Un individu en état de totale démence n’aurait pas eu la présence d’esprit de simuler un suicide de sa victime.

Certes, du fait du silence de la justice pendant 3 mois et demi, on aurait pu penser tout et son contraire, mais lorsque je prends connaissance du PV de l’interrogatoire de Traoré je vois bien qu’il est tout à fait cohérent qu’il se rappelle de tout.

Il prétend avoir fumé plusieurs joints, mais les analyses toxicologiques démentent une présence importante de ces substances

Il se défend tout à fait intelligemment. Prétend qu’il n’est pas antisémite.

A part l’excuse du cannabis, Traoré allègue qu’il se serait senti poussé par une force démoniaque.

Il se trouve des excuses, mais la réalité c’est qu’il a ciblé sa victime, les attaques antisémites dont Sarah Halimi avaient fait l’objet les mois précédents en attestent.

Son interrogatoire me confirme qu’il n’est pas en état de démence

La mise en examen a été faite sous deux chefs d’inculpation.

Le premier, l’inculpation de séquestration, mais non celle de Sarah Halimi, mais de celle de la famille malienne, dont Traoré avait utilisé l’appartement pour accéder au logement de sa victime

Le scandale est que la séquestration de Sarah Halimi pourtant avérée et établie n’a pas été retenue, alors que la famille malienne n’a pas fait l’objet de séquestration.

Ils ont appelé la police à 4h25, celle-ci est arrivée à 4h28. Et pourtant, les forces de police ont mis 1h10 pour intervenir.” Me Jean Alexandre Buchinger

Mêmes déception et incompréhension pour Joël Mergui, qui ne comprend pas que toutes ces questions, à défaut d’être déjà tranchées, ne soient pas encore posées dans le cadre de la procédure d’instruction, 3 mois mois et demi après l’assassinat de Sarah Halimi.

“Le fait que ces questions ne soient pas posées est étonnant, décevant et inquiétant. Et nous serions encore plus inquiets si demain le rapport d’expertise déclarait que l’assassin était irresponsable, alors que tout le déroulé des faits prouve le contraire.”

Solange Hendi

 

*Me Buchinger représente les 3 enfants de Sarah Halimi, ainsi que le Consistoire et le BNVCA. L’avocat Francis Szpiner représente désormais lui aussi les enfants de Sarah Halimi aux côtés de Maître Caroline Toby, conjointement avec Me Buchinger.

A ce jour, cinq avocats représentent de ce fait la partie civile : Me Buchinger, Me Kaminsky, Me Goldnadel, Me Szpiner et Me Toby

**Kobili Traoré est toujours hospitalisé, mais au sein d’une autre structure

5 COMMENTS

  1. Monsieur MERGUI , vous permettez que je vous dise que votre réaction est plus que légitime et que vous faites tout ce qu’il faut pour sortir de cette chape de mensonges .

    Cependant cette affaire n’est pas seulement criminelle elle est de mon point de vue une affaire d’Etat .

    Je ne connais pas de policiers qui plus est d’élite comme Le Gign ou La Bac qui agirait ou n’agirait pas sans recevoir d’ordres .

    Et c’est de mon point de vue La raison inavouée jusque là de ce “blocage”

  2. C’est Quand meme incroyablement vrai que Mergui continue avec d’autres Leader communautaire de ne pas prendre à bras le corps notre relation avec La presse publique ou privée ( 13% contrôlée par le Quatar du Groupe de presse Lagardère) qui ce matin attribue les ” émeutes de Jerusalem” a l’. installation par Israël de portiques de Securite ….. mais n’explique pas À DESSEIN DE DÉSINFORMATION MANIFESTE que cette décision était elle meme motivée par l’introduction d’armes et l’assassinat de policiers israéliens sur le Mont du Temple par des terroristes filmes et identifiés par la vidéo surveillance .

    La France , on ne veut pas le comprendre est experte dans l’art de commémorer le passé et de verser des larmes de crocodile sur les deportes d’il y a 70 ans , Macron l’a semaine dernière a été super ! N’est-ce pas ? …..mais par lâcheté , jette de l’huile sur le feu , au travers de ses propres médias comme de ses institutions que ce soit l’exécutif , La politique d’ingérence étrangère anti israélienne , Le judiciaire concernant Sarah Halimi ז״ל
    Quand Nathanyaou qui n’est pas dupe a lancé dans le Forum de Budapest que l’Europe et la France en tête mène une politique hostile à Israel et La qualifie d’unique dans l’arène internationale et de “folle” , au lendemain de sa visite à Paris , qui dans la Communauté Juive a relaye je Orelier Ministre Israélien et est monté au créneau pour demander que cesse cette discrimination Franco européenne insoutenable et criminelle et que dans une prétendue démocratie comme La France l’information continue d’être mono chromatique , desinformante à outrance et ressemblant à ne pas s’y méprendre à de la propagande au service d’un régime de type république bananière .

  3. J’espère que cette ordure de criminel qui s’est dépouillé de toute image humaine sera abattu sans pitié après sa sortie de l’hôpital psychiatrique .

  4. Non seulement une personne “en état de démence” n’aurait pas simulé le “suicide” de sa victime, mais elle aurait été incapable de la torturer méthodiquement plus d’une heure durant ! Ce sont les actes d’un pervers qui savait très bien ce qu’il faisait. L’internement psychiatrique de cet assassin est un scandale, non seulement eu égard aux circonstances particulièrement atroces de ce meurtre mais également parce qu’il représente un danger pour les patients d’HP dont certains sont particulièrement fragiles … et influençables !
    Que veut-on cacher et pourquoi ? Quelle institution, organisme ou pouvoir obscur cherche à soustraire cet individu à la justice et à la responsabilité de ses actes ?

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