Après le Brexit : que doit faire Israël? ©

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Après le Référendum sur le Brexit : que devrait faire Israël? 

Il demeura peu évident de savoir, durant un certain temps, ce que vont être, exactement, les principales conséquences du Brexit pour l’Europe, la Grande-Bretagne et le Monde en général. Ces changements comprendront des questions politiques, économiques et sociales. Un exemple simple : divers partis dans un certain nombre d’Etats-membres de l’Union Européenne relancent leurs efforts afin de tenir des referenda identiques en vue de leur propre sortie de l’U.E. Le principal impact immédiat de cette incertitude se manifeste directement sur les marchés financiers. Rétablir la stabilité y prendra du temps. Un autre changement connu est qu’après la démission du Premier Ministre de Grande-Bretagne, David Cameron, il faudra bien lui trouver un successeur.

Il est improbable que ces très nombreuses évolutions liées au Brexit restent sans conséquence aucune pour Israël. De tels impacts se manifesteront probablement à moyen et long terme. C’est pourquoi on doit se demander ce qu’Israël doit faire. La première réponse est que le gouvernement israélien doit, dans un premier temps, s’abstenir de commenter trop rapidement ce qui se passe ces derniers jours. Il n’a rien à y gagner.

La situation confuse des Européens peut avoir de nombreux impacts sur Israël sur lesquels le pays ne peut pas faire grand-chose. Il y aura pourtant des développements encore imprévisibles, qui donneront à Israël des opportunités, alors que d’autres représenteront une menace. Par conséquent, le gouvernement devrait mettre sur pied, en plus de la surveillance continue déjà annoncée des évolutions financières, un comité de surveillance interdisciplinaire qui se familiarisera avec tous les aspects centraux résultant du Brexit[1].  Si ce n’est pas fait, Israël ne fera que subir les menaces sans bénéficier des opportunités.

Au cours des années passées, Israël a subi les préjudices de l’impérialisme néocolonial de l’U.E directement dirigé contre l’Etat hébreu. Cela a pris de nombreux aspects purement antisémites du fait de cette politique du deux poids-deux mesures. Il suffit, pour s’en rendre compte, de comparer la censure fréquente de la part de l’UE, de la construction dans les implantations israéliennes avec les condamnations bien moins régulières, voire inexistantes des très nombreux crimes extrémistes qui agitent le monde musulman. La même chose est vraie, en ce qui concerne le nombre de fois où les Européens détournent les yeux, face à l’énorme taux de criminalité qui transpire de la société palestinienne, où le parti le plus important reste le Hamas islamonazi, qui, d’après sa charte, a pour but le génocide des Juifs.

Les double-standards antisémites de l’U.E sont les plus visibles concernant la stigmatisation exigée des produits de la Bande Cisjordanienne de Judée-Samarie et du Golan, sans que de telles mesures ne soient appliquées contre de très nombreuses autres nations, comme la Turquie qui occupe le Nord de Chypre. Ces normes à deux vitesses sont de nature purement antisémite, d’après la définition de travail de l’Antisémitisme, récemment adoptée par l’Alliance Internationale pour la Mémoire de la Shoah (IHRA) – un organisme dont l’objectif est de promouvoir l’enseignement sur la Shoah, son Souvenir et la recherche sur le sujet[2]. Pour que cette définition soit adoptée, l’accord de ses 31 membres était requis. Vingt-quatre de ses membres sont aussi ceux de l’Union Européenne.

Le principal message politique qu’Israël doit envoyer à l’U.E peut être décrit comme suit : “Vous avez complètement échoué à maintenir l’union dans votre propre organisation. C’est le résultat d’une longue série de bévues. Cela fait maintenant de nombreuses années que vous n’êtes même plus en mesure de comprendre votre propre réalité. Il y a très longtemps que nous savons que votre ingérence dans les affaires israélo-palestiniennes ne provoque que des dégâts. Aussi, sortez-vous de votre propre désordre interne et abstenez-vous de nous harceler”. Le Bureau des affaires étrangères israélien peut formuler ce message dans des termes plus diplomatique. En prévision des nombreux affrontements à venir au sein même de l’U.E, il y aura des occasions fréquentes de faire parvenir ce message publiquement.

A l’origine, l’UE avait des buts tout-à-fait valables et elle a entrepris des mesures importantes. Ses prédécesseurs et elle ont évité des guerres européennes après que le continent en ait tant souffert durant des siècles. L’instauration d’une union douanière a rendu les pays plus compétitifs et a stimulé leur économie. Cependant, au cours des décennies récentes, les bévues se sont enchaînées en série. A quel point il était irresponsable de créer un libre passage à l’intérieur de la zone de Schengen, dans 26 pays sans protéger de façon appropriée leurs frontières? A quel point il était absurde de créer une monnaie unique, l’Euro, sans l’existence d’une politique économique et fiscale commune? Laisser la Grèce adopter l’Euro et après coup, maltraiter sa population durant des années représente un autre faux-pas de l’U.E. La politique sur les réfugiés avec très peu de sélection de qui entre dans l’U.E se solde une fois de plus par un échec magistral.

La semaine dernière, le Président israélien Reuven Rivlin a rencontreé Donald Tusk à Bruxelles, le Président du Conseil Européen. Cette institution compre principalement les chefs d’Etats de pays-membres de l’Union Européenne. Tusk a déclaré à Rivlin qu’une paix durable au Moyen-Orient est une priorité majeure pour l’Union Européenne[3]. Il est pourtant désormais évident que le seul fait de conserver l’union, après la décision de la quitter, de la part du Royaume-Uni, est la seule et unique vraie priorité pour l’UE, sur laquelle elle va devoir majoritairement focaliser ses efforts et il serait bon qu’elle s’en souvienne.

 Par Manfred Gerstenfeld

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Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

[1] www.jpost.com/Israel-News/Israel-sets-up-24-hour-situation-room-to-monitor-Brexit-effects-457782

[2] www.holocaustremembrance.com/sites/default/files/press_release_document_antisemitism.pdf

[3] www.jpost.com/Israel-News/Politics-And-Diplomacy/European-leader-to-Rivlin-Lasting-Mideast-peace-is-a-top-priority-for-EU-457363

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