Antiracisme: le piège du droit à la différence

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Des dizaines de milliers de travailleurs immigrés et leurs enfants manifestent sur la place de la Bastille le 3 décembre 1983 au terme de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, qui a démarré le 15 octobre de Marseille. (DOMINIQUE FAGET/AFP)

Par Henri Feng

Source : Causeur

« Le droit à la différence » fut le sujet de dissertation au concours du CAPES de l’année 2013 sous l’autorité de Vincent Peillon, alors fraîchement nommé à la tête du ministère de l’Education nationale ; et ce, au moment même où la loi prônant en France le mariage pour les couples homosexuels était en discussion au Parlement ainsi que de façon tumultueuse dans l’espace public.

Le locataire de la Rue de Grenelle de cette période est, à l’origine, un agrégé de philosophie, spécialiste de la pensée de Maurice Merleau-Ponty. Peillon, comme le maître qu’il s’est choisi, se perçoit comme un défenseur de « l’être-au-monde ». Seulement, un mondain n’est pas nécessairement un amoureux du « kosmos », « l’ordre » en grec ancien, censé régir l’univers sur le plan mathématique.

Exaltation de la différence

Précisément, il est question ici de parler de la sacralisation du pluriel au détriment de l’unité. Ce qui relève, au départ, du bon sens lorsque l’on veut obtenir une paix civile perpétuelle. Pourtant, le « droit à la différence » fait fi, dés sa formulation, du devoir d’identité. Il s’agit d’une formulation essentiellement idéologique puisqu’il est induit ici que, dans la sphère politique, l’individu dans sa différence, que celle-ci soit d’ordre physique, ethnique, sociale ou sexuelle, ne peut que se confronter à un ordre supposé majoritaire qui fixerait une identité nationale.

Le petit, le grand, le gros, le maigre, le rouquin, la femme, l’homosexuel, l’handicapé ou l’étranger, chacun d’eux devient, de fait, la victime d’un ou des Autre(s). Existentiellement parlant, on est toujours l’autre de quelqu’un d’autre. Dés lors, le minoritaire se sent mineur, et ainsi incapable d’affirmer son autonomie autrement que par la contestation « sociale », pour ne pas dire véritablement sociétale.

« La marche des beurs » de 1983 avait ouvert, en France,  la voie en la matière. A l’état de nature, seule la guerre des instincts prévalait.

De la guerre des egos en milieu mondialisé

Aujourd’hui, seule la guerre des egos a cours. Dans une globalisation financiarisée, et par là-même ultratechnologisée, chacun spécule sur son « Moi », tant individuel qu’ethnique. Mais, où est le « Nous » fondateur de n’importe quel Etat-nation? Nulle part.

Le « quart d’heure de célébrité  » warholien et la mode du selfie ne peuvent remplir en rien un tel vide culturel. Il faudrait un jour se demander si le droit-de-l’hommisme ne serait pas le pire des nihilismes. Être humain ne signifie pas être humaniste. L’homme ne devrait pas avoir besoin de lui-même, mais de quelque chose qui le dépasse. Sans roi, le citoyen est nu.

Nous vivons aujourd’hui dans un ordre politique qualifié de « nouveau », où la maximisation des droits se réalise dans le but d’une minimisation des devoirs. Les individus réunis en communauté, comme les atomes dans une centrale nucléaire, sont en mesure de revendiquer de nouveaux droits, c’est-à-dire de nouvelles libertés. Peu à peu, les devoirs s’effacent et les droits explosent. La multiplication des libertés au nom de l’égalité des droits ne provoquerait-elle pas, à moyen ou à long terme, l’implosion de l’Etat-nation? L’ordre libéral-libertaire institue inéluctablement un régime totalitaire. Être communautaire ou être identitaire, c’est devenu la même chose.

Dans les faits, il n’y a pas de mélanges

L’affirmation du sujet appelle la dissolution du sujet; et inversement. Le droit à la différence a engendré le Droit de la dissemblance en instituant le Devoir de ressemblance. Dés lors, tout ce qui se veut identique se dilue irrémédiablement de l’intérieur pour devenir schizophrénique. A force de vouloir être un autre par rapport à d’Autres, on croit être un individu en se mêlant à une tribu. On ne fait pas de « Nous » en additionnant des « Moi ». En matière d’immigration, on confond l’addition et la multiplication. Les « Indivisibles » de Rokhaya Diallo et les « Indigènes de la République » d’Houria Bouteldja sont les enfants de « la Marche des beurs ». Dans les faits, il n’y a pas de mélanges. Ethnologiquement, sociologiquement et géographiquement, c’est un fait incontestable, et ce quelque soient les convictions politiques des uns et des autres : les gens se séparent. Les indivisibles ont eu la peau des invisibles.

La guerre de tous contre tous » revient

L’homme de bon sens est perçu comme étant quelqu’un d’insensé. Il faut être tribal pour être perçu comme normal. Terra Nova pense être le fondateur d’un nouveau monde. Mais force est de constater que  « la guerre de tous contre tous » est de retour. La France est-elle condamnée à devenir une piste d’athlétisme où chacun serait dans l’obligation de rester dans son couloir? La nation, c’est d’abord le principe d’enracinement culturel commun parmi tous les citoyens d’une république une et indivisible. La Nation n’est pas une souche, mais un cœur. Un cœur angoissé n’est pas nécessairement un cœur sans amour. A l’instar de ce que Camus défend dans La chute, on doit affirmer que l’homme « ne peut pas aimer sans s’aimer ». Le mondialisme, en tant que nouvel internationalisme, interroge l’angoisse de chacun, tant sur le plan personnel que sur le plan culturel. Le rapport au cosmos est bouleversé, un chaos veut recommencer.

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