Un tueur en série calculateur, déterminé, « parti en guerre »

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Un tueur calculateur, déterminé, sportif qui agit avec sang-froid, connaît les armes et cible ses victimes: beaucoup d’enquêteurs jugeaient crédible la piste d’un militaire ou para-militaire xénophobe et raciste dans les affaires de Toulouse et Montauban, sans exclure le geste d’un déséquilibré dépourvu d’idéologie.Le tueur au scooter de Toulouse et Montauban apparaît comme un homme qui « s’est attribué une mission » et est « parti en guerre », avec « une montée en puissance » à chacune de ses agressions, selon des criminologues et spécialistes des « serial killers » interrogés par l’AFP.

« A ce stade, on peut formuler trois hypothèses », dit le psychiatre criminologue Roland Coutanceau. « Il peut s’agir d’un malade mental, avec une personnalité particulière de type paranoïaque, proche du tueur d’Oslo (le Norvégien Breivik qui avait tué 77 personnes en juillet 2011, ndlr). Parfois le délire ne touche qu’un aspect de la personnalité et le reste fonctionne normalement en lien avec la réalité, ce qui le rend capable d’organisation et d’intelligence stratégique ».

Idéologie inébranlable

Deuxième hypothèse, le tueur « peut-être un représentant d’un sous-groupe terroriste pas forcément très connu et qui a choisi d’agir, avec ou sans l’appui des autres ». Mais M. Coutanceau développe surtout une troisième hypothèse qu’il résume ainsi: « un terrorisme réduit à un seul homme ». « Ce serait une personne qui, au lieu d’avoir une maladie mentale, a simplement un caractère paranoïaque. Elle développe une forme de croyance idéologique absolue, inébranlable, dans le secret de son imagination. De façon mégalomane, elle s’attribue la mission de passer à l’acte et ressent une nécessité absolue d’agir : elle pourra dire il fallait que je le fasse! ».

« Du fait qu’il est dans une logique abstraite de combat, l’acte est commis de façon organisée, froide, avec une insensibilité aux êtres qu’il tue », ajoute M. Coutanceau. Pour ce psychiatre, ce tueur n’est en tout cas pas un « meurtrier de masse dans sa forme classique, comme au lycée de Columbine (Etats-Unis, en 1999), parce que « ce type de tueur reste normalement sur le terrain et cherche en quelque sorte à se faire suicider par les forces de l’ordre ».

Montée en puissance dans l’agression

L’ancien gendarme Jean-François Abgrall, « analyste criminel » devenu enquêteur dans le privé, évoque quant à lui « un personnage qui part en guerre ». M. Abgrall s’inquiète de voir qu’à chaque acte, commis tous les quatre jours, il y a « montée en puissance dans l’agression », avec « une volonté de détruire certaines catégories de personnes ».

« Sa première victime, un parachutiste en civil, tombe dans un guet-apens. Puis il répète l’acte en s’attaquant à trois autres parachutistes. Des militaires actifs qui ont le point commun de pouvoir être perçus par lui comme des étrangers alors qu’ils sont par définition français puisqu’ils combattent au sein de l’armée française. C’est peut-être justement cela qui lui est insupportable », dit M. Abgrall.

« Enfin, lundi, il va jusqu’à poursuivre ses victimes à l’intérieur d’une école juive », tuant trois enfants et un professeur. « Il y a forcément un facteur déclenchant. On ne peut dire lequel. Mais on est dans un climat de campagne politique et on parle de problèmes de société qui peuvent avoir pour lui d’autres sens que pour nous », dit simplement M. Abgrall.

Serial sniper

Stéphane Bourgoin, auteur de dizaines d’ouvrages sur les tueurs en série (dont « Serial killers », Grasset), le décrit comme un « serial sniper ». « La plupart des tueurs en série fonctionnent à partir de pulsions sexuelles mais il y en a qui affichent malgré tout des motivations idéologiques. On a eu des tueurs en série racistes aux Etats-Unis qui n’ont tué que des victimes noires », relève-t-il. « S’il n’est pas arrêté, il va récidiver, c’est indiscutable. Mais ce type de tueur est difficile à interpeller parce qu’il n’a pas de lien avec ses victimes », relève M. Bourgoin.

Caroline Albert 7/7 Article original

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