Syrie : l’ombre du massacre de février 1982 plane toujours sur Hama

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Quatrième ville de Syrie, Hama est au cœur de l’insurrection contre le régime de Bachar Al-Assad. Jeudi 2 février, la tension est montée d’un cran dans la ville, qui commémore le massacre survenu trente ans plus tôt, sous la main de fer de Hafez Al-Assad, le père de Bachar. En février 1982, les troupes de l’armée syrienne répriment dans un bain de sang une insurrection des Frères musulmans à Hama. Pendant quatre semaines, l’armée assiège et pilonne la ville. Impossible d’établir un bilan exact des morts : les estimations les plus basses parlent de 10 000 morts, les plus élevées, comme celle établie par le Conseil syrien des droits de l’homme, parlent de 40 000 morts. La ville est ravagée.

Scènes d’après-guerre dans les rues de Hama, au moment du siège de la ville par les troupes de Hafez Al-Assad, en février 1982.D. R.

Le massacre de Hama symbolise l’opposition historique et sanglante en Syrie entre les Frères musulmans et le parti Baas, dominé par le clan alaouite des Assad. A partir du milieu des années 1970, les premiers tentent de déstabiliser le régime à force d’opérations coup de poing, mais se heurtent systématiquement à des représailles massives. Ce sont les années de la “longue campagne de terreur”. Le 2 février 1982, les Frères sont affaiblis mais tentent une opération de la dernière chance à Hama, ville majoritairement sunnite et l’un de leurs bastions. Après s’être attaqué à des dizaines de dirigeants baasistes locaux (les bilans dénombrent entre 70 et 300 morts), les Frères déclarent Hama “ville libérée”.

DE LA VILLE “LIBÉRÉE” À LA VILLE ASSIÉGÉE

Mais la réponse du gouvernement ne se fait pas attendre : Hafez Al-Assad mobilise 12 000 hommes – les forces de défense dirigées par Rifaat Al-Assad, le frère du président, les unités d’élite, les agents des moukhabarat, la police secrète syrienne –, qui encerclent la ville. Pendant quatre semaines, la ville est en état de siège, pilonnée quotidiennement. Aucun habitant ne peut en sortir. Les témoins décriront des scènes de viols arbitraires, des exécutions sommaires dans des stades ; des cadavres jonchent les rues, des pelleteuses creusent des fosses communes. Les deux tiers de la ville sont détruits. Pratiquement aucune famille de Hama n’est épargnée par la tuerie.

La ville est interdite aux étrangers. Le journaliste de Libération Sorj Chalandon fait partie des rares reporters à pénétrer clandestinement dans la ville. Il témoigne fin février 1982, à visage masqué, des crimes commis à Hama :

DISPOSITIF SÉCURITAIRE ACCRU

Trente ans plus tard, les tensions ne sont pas retombées à Hama, ville-pivot de la contestation actuelle contre Bachar Al-Assad.

Sur Rue89, des habitants de Hama témoignent d’un durcissement du dispositif sécuritaire depuis quelques semaines, à l’approche de la date anniversaire du siège. Beaucoup craignent de dures représailles.

L’opposition syrienne a appelé à manifester massivement les deux prochains jours dans l’ensemble du pays pour marquer cet anniversaire. ” Nous souhaitons”>Article original souligner notre solidarité avec les victimes de cette tuerie qui a été passée sous silence durant 30 ans et pour réaffirmer notre volonté de renverser le régime actuel”, écrivent dans un communiqué plusieurs instances de l’opposition, dont le Conseil national syrien.

La répression de l’opposition menée en toute opacité par le régime de Bachar Al-Assad montre qu’en trente ans la Syrie n’a guère évolué. En revanche, contrairement à 1982, Hama n’est plus isolée dans sa résistance au régime de Damas et la contestation s’organise aussi dans de nombreuses autres villes de Syrie.

Le Monde.fr Article original

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