Shalit : un échange inégal

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source : Jacques Côte, pour Objectif-info, le 15 novembre 2009
http://www.objectif-info.com/index.php?id=100 Article original

Dans quel autre pays et à quel autre moment de l’histoire a-t-on entendu parler d’une telle disproportion dans un échange de prisonniers : d’un côté un homme seul, de l’autre mille ? Et cet homme seul n’est pas un responsable politique, dont on pourrait comprendre qu’il importe à l’avenir de l’État et représente plus que sa personne. Non, il s’agit d’un simple soldat, mais il fait partie d’un peuple pour qui le salut d’un individu n’a pas de prix et vaut tous les sacrifices. Il y a plus. Shalit n’a pas été fait prisonnier au combat, il a été kidnappé…

Le caractère asymétrique de la guerre imposée à Israël par ses adversaires n’a jamais été aussi éclatant que dans l’échange envisagé concernant le soldat Shalit. On sait que le Hamas exige pour sa libération celle de mille prisonniers palestiniens. Faisant état de progrès dans la négociation grâce à l’entremise des services secrets allemands, un article du Figaro (1) décrit le processus prévu : 450 prisonniers palestiniens seraient d’abord libérés, puis Guilad Shalit serait remis aux Égyptiens, et après une deuxième libération de 550 palestiniens, il serait remis aux Israéliens.

Israël n’a peut-être pas d’autre alternative. Mais ce que révèle cet incroyable scénario, c’est l’incommensurabilité de ce qui est consenti par l’une et l’autre parties.

Dans quel autre pays et à quel autre moment de l’histoire a-t-on entendu parler d’une telle disproportion dans un échange de prisonniers : d’un côté un homme seul, de l’autre mille ? Et cet homme seul n’est pas un responsable politique, dont on pourrait comprendre qu’il importe à l’avenir de l’État et représente plus que sa personne. Non, il s’agit d’un simple soldat, mais il fait partie d’un peuple pour qui le salut d’un individu n’a pas de prix et vaut tous les sacrifices.

Il y a plus. Shalit n’a pas été fait prisonnier au combat, il a été kidnappé. Il est un otage auquel rien n’est reproché, un otage enlevé en vue d’une rançon ou d’un échange. En face il y a des prisonniers palestiniens arrêtés lors d’affrontements avec l’armée ou après avoir commis des attentats contre des civils. Beaucoup parmi eux ont du sang sur les mains et sont responsables de la mort d’innocents. Enfin certains d’entre eux sont des cadres du Hamas.

On dira que ces prisonniers sont libérés « pour des raisons humanitaires ». Voile pudique qu’on jette quand on ne veut pas voir les choses en face. Mais peut-on imaginer qu’on libère des criminels sans pouvoir les juger et en sachant pertinemment que nombre d’entre eux reprendront les armes contre Israël, – c’est-à-dire selon toute vraisemblance, les bombes visant de façon aveugle la population civile ?

On a plusieurs fois reproché à Israël de manquer de « mesure » et de « proportion » dans ses ripostes aux roquettes qui s’abattent sur le nord ou le sud du pays. Mais où voit-on une mesure ou une proportion dans l’échange dont on parle aujourd’hui ?

En fait cette disproportion, cette démesure n’étonne plus personne. Il est admis que le petit David palestinien a tous les droits et tous les passe-droits face à l’énorme Goliath israélien. Mais quel autre État au monde doit subir de telles pressions et de telles suspicions, et supporter une telle dissymétrie dans les rapports de forces avec ses adversaires ?

Peut-être cet épisode fera-t-il comprendre à ceux qui jusqu’à présent les ont ignorés le caractère fondamentalement asymétrique de la guerre infligée à Israël et les conditions surprenantes dans lesquelles il doit se battre en demeurant coûte que coûte fidèle aux valeurs qui le fondent.

(1) Le Figaro 12 novembre 2009 : « Soldat Shalit : les progrès de la médiation allemande », par Adrien Jaulmes, correspondant à Jérusalem

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