Ruth Halimi : ‘Nous devons toujours rester vigilants…’

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Ruth Halimi, la mère d’Ilan Halimi, ce jeune homme de 23 ans kidnappé, torturé pendant trois semaines et assassiné en 2006 par les membres d’un gang de barbares dévoyés dont les préjugés antisémites tenaient lieu de pensée, sera présente dimanche à Bruxelles à l’occasion de la première table ronde presse organisée par European Jewish Press (EJP)sur le thème du rôle des médias dans la lutte contre l’antisémitisme.
Mme Halimi a répondu aux questions d’EJP :   

EJP : Comment allez-vous aujourd’hui près de six ans après l’assassinat d’Ilan ?

RH : C’est une plaie qui reste quasiment toujours présente, c’est quelque chose avec laquelle on vit en permanence et avec l’aide de D.ieu j’essaie d’arrondir les angles, mais matin et soir c’est très dur. Pendant la journée, quand je travaille et que vois du monde cela va bien.  

Je suis bien entourée par ma famille, mes amis et des collègues adorables.

EJP : Quelle est votre activité ?

RH : Je fais du secrétariat depuis plus de 35 ans et aujourd’hui j’ai une activité communautaire puisque je travaille dans le domaine des spoliations bancaires. J’indemnise les gens qui ont eu leurs biens spoliés pendant la Shoah.

EJP : Un film est en préparation sur l’assassinat d’Ilan. Une bonne idée ?  

RH : Vous savez, au départ je n’étais pas très chaude d’accepter un tel film car c’était trop tôt. Alexandre Arcady, producteur et metteur en scène,  m’avait déjà contactée il y a quatre ans c’est-à-dire un an après le départ d’Ilan et je dois dire que je n’étais pas du tout favorable…

En attendant, j’ai publié un livre sur Ilan (intitulé ‘24 jours La Vérité sur la mort d’Ilan Halimi’, écrit avec Emilie Frèche). Je n’avais donc pas envie d’un film. J’ai fait traîner cela. Entre-temps, l’excellent écrivain Morgan Sportes a également publié un livre sur l’histoire d’Ilan et va en faire un film. Il y a un an, mon éditeur, Seuil, m’a dit qu’il serait dommage que je ne prenne pas la décision de faire un film selon l’histoire vécue en tant que mère. J’ai donc donné mon accord. Ceci étant dit,  j’ai demandé via mon avocat qu’il y ait un respect total de certaines choses et je ne tiens absolument pas à ce que ce soit un show. Il faut surtout que ce film soit une leçon, un message qu’on écoute et que quelque chose passe à travers lui. Pour que l’histoire d’Ilan marque les esprits en France et ailleurs. C’est aussi la raison pour laquelle je viens témoigner en Belgique auprès de la presse mais aussi auprès de la communauté et du grand public.

JP : Il y a eu récemment en Belgique plusieurs incidents antisémites. Quel est votre sentiment à ce sujet. La situation est-elle pareille en France ?

RH : Je suis en effet au courant. C’est ce que je découvre chaque jour en ouvrant  le web. Je lisais encore il y a deux jours qu’un Monsieur de 60 ans  vivant dans un immeuble du 20ème arrondissement de Paris  s’est fait agresser, frapper sans aucune raison par un islamiste. Cela a pris de telles proportions que la victime a  décidé de partir s’installer en Israël. Je dois dire hélas qu’en période de crise économique, comme celle que nous vivons aujourd’hui, nous les Juifs sommes visés, on est en première ligne….. Et puis il y a Israël…

Je voudrais aussi dire le rôle capital que jouent les journalistes. Je l’ai redit récemment à deux journalistes qui m’ont interviewée à propos du film en préparation : la parole est une arme à double tranchant, soit elle construit soit elle détruit. Mais de toute façon si on se tait, c’est la mort. Si les journalistes ont le pouvoir de parler, ils doivent l’utiliser à bon escient, ce qui n’est pas toujours le cas. Je suis très méfiante mais lorsqu’il y a quelque chose qui met en danger la vie des juifs il faut absolument réagir. Les médias doivent en parler, surtout ne pas se taire.

EJP : On a parfois l’impression que seuls les médias communautaires rapportent des faits antisémites alors que les médias généralistes les ignorent sauf si c’est très très grave…

RH : Tout à fait… De toute façon grâce au ciel aujourd’hui avec Internet, on est mieux loti. Tout un chacun fait son média lui-même, via Twitter ou Facebook. C’est très bien car si on veut taire quelque chose, l’information sera diffusée sur internet….

EJP : Le stéréotype du « juif riche » a refait surface dans une affaire en Belgique concernant un centre contre le racisme qui dépend des autorités.

RH : Je crois que cela nous colle aux talons, c’est quelque chose que nous devons gérer, en tant que juifs nous devons réagir, combattre, ne jamais baisser les bras…

C’est une étiquette qui ne partira jamais. Je suis originaire de Casablanca au Maroc où j’ai vécu pendant 20 ans. Les jeunes musulmans qui sont nés ici en France n’ont plus le respect de rien. Ils veulent tout tout de suite, les parents ont démissionné et cela fait des ravages. D’où le rôle des pouvoirs publics aidés de tous…et puis il ne faut surtout pas se taire !

EJP- Dans l’affaire que nous avons mentionné, un haut gradé de la police a eu le courage de dénoncer des propos antisémites.

RH : Il y aura toujours des Justes, je reçois des  témoignages émanant aussi de  Musulmans, des gens de couleur.

Mon message est que tout n’est pas noir mais nous devons toujours rester vigilants…   

Yossi Lempkowicz

EJPress.org

1 COMMENT

  1. J’embrasse affectueusement cette femme et partage sa douleur, comme tout juif qui se respecte, et je dirais même comme tout homme qui a encore un sentiment humain.

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