Que va, réellement, faire l’Iran?

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A l’heure où le Commandant des Gardiens de la Révolution, Mohammad al Jaafari menace Israël de destruction, qu’en est-il réellement, des intérêts iraniens dans la guerre en Syrie?

Alors que tous les indicateurs sont passés au rouge, concernant une frappe en Syrie, le problème principal est, à présent, l’Iran. Mais, en cas d’attaque contre Assad, l’Iran risque fort de se trouver paralysé.


Mohammad al Jaafari.

Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal conservateur iranien Kayhan, menace Israël d’une pluie de  » milliers de missiles Article original« . Il semble peu probable, au-delà des postures rhétoriques, que la République Islamique réagisse directement, en bombardant Israël ou la Jordanie. Elle commencera, d’abord, par faire le maximum pour sécuriser ses intérêts en Syrie.

Par conséquent, les Etats-Unis doivent s’assurer qu’un plan est prêt pour examiner à la loupe tout risque d’accroissement de l’influence de l’Iran en Syrie, après la frappe militaire probable. Cela requiert une stratégie de long terme pour la Syrie, qui soit capable de prendre en considération la tension sunnite- chi’ite à l’état incandescent, en Syrie, comme au Liban.


Missiles iraniens trouvés aux mains du Hezbollah, 2006, armée de défense d’Israël via Wikimedia Commons License by

L’objectif de l’Iran en Syrie, au-delà des déclarations d’alliance indéfectible, n’est pas de protéger le régime Assad. L’Iran veut être sûr qu’il ne perd pas l’avantage territorial dont il dispose en Syrie, qui relie, principalement, le Liban à Damas et à la côte à travers Qusayr et Homs.

Avec ou sans Assad et son régime, il fera tout pour le maintenir, même s’il doit combattre jusqu’au dernier sunnite en Syrie et au dernier chi’ite au Liban, et c’est cela qui doit être pris en compte, durant et après une frappe militaire. La démultiplication des affrontements sunnites-chi’ites pourrait bien en être une des toutes premières conséquences.

Cependant, cela ne va pas être une tâche facile, pour l’Iran, d’y renforcer son influence. La Russie s’est, déjà, partiellement désengagée, et a évacué ses ressortissants. Bien que le Ministre russe des affaires étrangères Sergeï Lavrov ait déclaré qu’une « action militaire contre la Syrie, sans l’approbation de l’ONU serait une violation grave des lois internationales », qu’un sous-marin et un croiseur lance-missiles aient été dépêchés sur zone, il a aussi assuré que la Russie « ne prévoit pas de partir en guerre contre qui que ce soit », à cause de la Syrie.


Evacuation des ressortissants russes.

Une frappe militaire est un moyen de changer les règles du jeu, particulièrement, au détriment de la Russie. Cela risque de tuer dans l’œuf toute nouvelle initiative diplomatique (dont Genève 2), ce qui signifie que la Russie pourrait perdre un avantage sérieux en Syrie. Cela veut aussi dire que la Russie peut perdre quelques-uns de ses atouts en réserve, qui lui fourniraient le consensus dont elle a besoin, qu’il soit d’ordre politique ou/et économique. Mais cela ne veut pas dire que la Russie va se dresser militairement contre les Etats-Unis, puisque les pertes, en ce cas, seraient bien plus sévères, des deux côtés.

Comme le régime syrien, la Russie a montré qu’elle n’a jamais attaqué et qu’elle n’attaquera, jamais directement Israël. « Le droit de réplique » est tout ce qu’elle a évoqué sur ce point.

Mais, est-ce l’Iran qui le fera ? La réponse est : probablement, non. L’Iran ne s’est jamais engagé militairement contre les Etats-Unis ni ses alliés, y compris Israël. Il utilise, généralement, le Hezbollah pour ce faire, et l’économie iranienne ne peut pas se permettre, dans l’immédiat, une guerre contre la communauté internationale.

Pendant ce temps, en Syrie, c’est le Hezbollah qui mène la guerre à la place de l’Iran, mais il n’y emploie pas toutes ses forces militaires disponibles. Si le Hezbollah avait eu l’autorisation d’utiliser son armement lourd, la milice chi’ite aurait pu réaliser des victoires plus importantes sur le terrain, en Syrie. Mais il ne l’a pas fait et ne veut pas le faire : l’objectif n’est donc pas de remporter la victoire pour Assad, mais de contrôler le territoire commun, son couloir d’approvisionnement.


Mobilisation du Hezbollah, au Sud-Liban, en vue de représailles contre Israël

La raison en est simple : les armes du Hezbollah ne doivent être utilisées que dans un cas et un seul : pour protéger le programme nucléaire iranien. Si le programme nucléaire iranien est visé, automatiquement, le Hezbollah sera mobilisé pour mener une guerre contre Israël. Si c’est la Syrie qui est frappée, il reste très probable que ni le Hezbollah, ni l’Iran ne fasse réellement quoi que ce soit d’autre que symbolique.

L’Iran ne s’opposera pas vraiment, même s’il sent qu’il perd la Syrie. L’impression générale, jusqu’à présent, reste qu’une frappe militaire sera limitée, et qu’elle emploiera des missiles de longue portée pour bombarder des installations militaires d’Assad, mais pas au point de provoquer un changement de régime.


Enterrement d’Hassan Shateri, commandant-coordinateur entre le Liban et l’Iran, en février dernier.

Si c’est bien ce qui se passe en réalité, alors les intérêts de l’Iran en Syrie ne seront pas gravement en danger. Si la frappe allait plus loin que cela, l’Iran pourrait, probablement réagir, mais par une réplique limitée.

On doit comprendre que le Hezbollah a beaucoup plus de signification pour l’Iran que la Syrie, qui n’en est que la plaque tournante, la gare de triage. Aussi, l’Iran ne sacrifiera pas le Hezbollah pour la Syrie, lors d’une action militaire quelconque, pas plus qu’il ne sacrifiera l’armement lourd du Hezbollah.

Alors, que va faire l’Iran?

Il ne reste que deux options :

1) Utiliser le Hezbollah et ses clones en Irak pour déstabiliser encore un peu plus la région. Cela marchera, jusqu’à un certain point, mais ne changera pas grand-chose sur le terrain, en Syrie, si l’Occident s’engageait massivement. Au contraire, cela augmentera les tensions confessionnelles – qui ont déjà atteint un niveau dangereux – et même le Hezbollah s’inquiète de leurs répercussions.

2) Porter plus d’attention aux efforts diplomatiques de façon à gagner du temps, au mieux aboutir à un semblant d’accord concernant le programme nucléaire, quitte à le contourner ensuite. Plus l’Iran perd d’atouts dans la région, plus il sera enclin à jouer la promesse de compromis. Tout ce qui compte, pour l’Iran, après tout, c’est de préserver son programme nucléaire.

En tout cas, le Hezbollah risque de perdre sur les deux tableaux : son implication en Syrie a fait tomber le masque de la soit- disant force de « résistance », sur le plan régional et local (au Liban). La véritable crainte des chi’ites libanais est d’avoir à payer l’addition de tout ce qui précède. C’est déjà le cas, s’il s’avère exact que l’attentat du quartier de Roueiss, comme ceux de Tripoli, émanent bien des services syriens…

Hanin Ghaddar est directrice de la rédaction de NOW Lebanon. Elle est présente sur Tweeter : @haningdr Article original.

now.mmedia.me Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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