Peut-on se faire enterrer en Israël 143 ans après ?

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Un galeriste juif parisien, mort en 1870, inhumé en Israël.

La famille de Jacob Giacomo Tedesco dénonçait le fait que ses restes se retrouvent dans un ossuaire, à l’expiration de sa concession.Quelque trois cents personnes ont assisté ce dimanche au cimetière Artsoth HaHayim de Bet Shemesh, dans le centre d’Israël, à une cérémonie funéraire d’un genre parti­culier.

À la demande de sa famille, les restes du galeriste parisien Jacob ­Giacomo Tedesco, mort le 11 décembre 1870 durant le siège de la capitale, y ont été remis en terre, en présence notamment du grand rabbin de Colmar, Jacky Dreyfus.

Après sept années de bras de fer avec l’administration française, ils ont été extraits en milieu de semaine de l’ossuaire du Père-Lachaise afin d’être «rapatriés» en Israël.

Un épilogue dont certains rabbins ultraorthodoxes entendent tirer argument pour réclamer une réforme de nos règles funéraires, jugées incompatibles avec la loi juive.

Aux yeux de nombreux croyants, il est inacceptable que les restes d’un défunt soient transférés dans un ossuaire lorsque sa concession, au bout de 99 ans, arrive à expiration.

Une situation ressentie d’autant plus douloureusement que les communes ont, depuis mai 2011, la faculté d’incinérer ces ossements dès lors que la famille ne s’y est pas explicitement opposée.

«Il s’agit à nos yeux d’une atteinte gravissime portée à nos ancêtres, déplore le rabbin Henri Kahn, rédacteur en chef de la revue ultraorthodoxe Kountrass.

Comment peut-on accepter que des ­milliers de Juifs aient déjà été jetés hors de leur tombe sans la moindre précaution et qu’on envisage maintenant de les ­brûler?»

Fondateur de la première boucherie cachère de Paris

En 2006, c’est ce même souci qui a conduit l’arrière-arrière-petite-fille de Jacob Giacomo Tedesco à engager des démarches auprès de l’administration française.

«Lors d’un passage à Paris, je me suis rendue au cimetière Montpar­nasse afin de me recueillir sur sa tombe et j’ai découvert qu’elle avait tout simplement disparu, raconte Debby Lifchitz, une Juive d’origine américaine qui est installée à Jérusalem et se décrit comme «orthodoxe».

Une rapide enquête m’a appris que ces restes avaient été déplacés à l’ossuaire du Père-Lachaise. C’est alors qu’a débuté le long combat pour obtenir de la Préfecture de police l’autorisation de les faire transférer en terre d’Israël, afin de leur assurer un repos éternel.»

L’affaire est d’autant plus embléma­tique que Jacob Giacomo Tedesco fut, au milieu du XIXe siècle, une figure marquante de la communauté juive de France. Propriétaire d’une importante galerie d’art, il créa la première boucherie cachère à Paris, fonda une synagogue orthodoxe rue Cadet, dans le IXe arrondissement, et fit construire un bain rituel qui demeura en activité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

«Il s’agit pour nous d’un personnage mythique», explique Debby Lifchitz, qui dénombre pas moins de 3000 descendants de ­Jacob Giacomo Tedesco rien qu’en ­Israël.

«Certains parmi nous veulent profiter de cet événement pour faire entendre leur voix jusqu’en France, explique-t-elle, et convaincre les institutions juives de défendre plus énergiquement les intérêts de notre communauté.»

Le Figaro.fr Article original

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