Par qui remplacer Bachar el Assad ? Une question sans réponse

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Les Etats-Unis et leurs alliés européens et arabes essaient de pousser le président syrien Bachar al Assad à démissionner, mais des officiels américains reconnaissent qu’ils ne voient aucun bon candidat pour lui succéder, ni au sein du gouvernement, ni au sein de l’opposition.
Un tel vide tient beaucoup à l’énergie qu’a déployé la famille Assad depuis quatre décennies pour empêcher tout rival d’émerger, et pour réduire ainsi tout risque de coup d’Etat, soulignent les officiels et les experts de la Syrie.
Alors que l’administration Obama prédit une chute tôt ou tard du dictateur syrien, la question de sa succession se pose de manière de plus en plus urgente.

Mais il n’y a, pour faire court, aucun héritier évident et rien n’indique qu’il pourrait en émerger un à court terme.

« La clique au pouvoir est tellement inflexible et préoccupée par la défense de ses intérêts que même si, par pure hypothèse, elle décidait d’écarter Assad, il n’est pas sûr qu’on aimerait beaucoup plus son successeur », confie un officiel américain qui souhaite garder l’anonymat.

Quant à l’opposition, elle n’offre pas davantage de porte de sortie, dit-il, car « aucun responsable de l’opposition ne s’est imposé comme figure de proue de la résistance ».

La secrétaire d’Etat américaine a essayé vendredi d’attiser d’éventuelles divisions au sein de l’élite dirigeante syrienne en appelant les forces de sécurité à la désobéissance.

« Leur refus de continuer à assassiner (des civils) feraient d’eux des héros pas seulement aux yeux des Syriens mais de tous les hommes dotés de conscience dans le monde », a dit Hillary Clinton à l’issue de la conférence des « Amis de la Syrie » à Tunis.

« MODÈLE DE NÉPOTISME »

Mais en privé, les officiels américains reconnaissent qu’un tel scénario est peu prévisible et que la famille Assad et son entourage s’accrocheront au pouvoir aussi longtemps que possible.

Ils n’ont pas vraiment d’autre choix: la minorité alaouite à laquelle ils appartiennent tous représentant seulement 12% de la population syrienne, leur sort est entièrement lié à celui de Bachar al Assad.

Le fils a hérité de ce point de vue de la prudence de son père, Hafez al Assad, qui a pris le pouvoir grâce à un coup d’Etat en 1970.

« Cela fait 40 ans que les Assad se préparent à un soulèvement (de la majorité) sunnite. C’est pour cela qu’ils ont placé des membres de leur famille et de leur communauté à tous les postes-clés. Tout est question de loyauté pour préserver le régime d’un coup d’Etat », souligne Joshua Landis, professeur à l’Université d’Oklahoma et spécialiste de la Syrie.

Bachar al Assad n’a pas rompu la tradition paternelle: son frère Maher dirige la garde républicaine et son beau-frère est un des chefs des forces armées.
« La Syrie est un modèle de népotisme », constate Landis.

Conséquence, disent les experts: tous les responsables syriens impliqués dans les massacres de civils ont tout à perdre d’une chute d’une régime.
« Pratiquement tous les membres des services de sécurité ont de bonnes raisons de craindre pour leur avenir dans une Syrie débarrassée du régime actuel », résume Paul Pillar, professeur à l’Université de Georgetown et ancien analyste de la CIA.

L’appareil sécuritaire syrien est imprégné de la « culture du Moukhabarat », du nom de la redoutable police politique, et est organisé de telle manière que les attributions des uns et des autres se chevauchent, ajoute Murhaf Jouejati, professeur à l’Université de Défense nationale et membre du Conseil national syrien, principal organe de l’opposition.

ÉTAT POLICIER

« Si une unité de l’armée tente quoi que ce soit, les autres seront immédiatement au courant », souligne-t-il.

« Même eux (les responsables sécuritaires) sont surveillés par d’autres agences de renseignement. Il est donc très difficile de préparer un coup d’Etat même si personne ne peut affirmer que c’est impossible. »

« La Syrie est l’exemple même de l’Etat policier avec des moyens de renseignement sophistiqués », conclut Jouejati.

Hillary Clinton a dit jeudi qu’elle « parierait » contre le maintien de Bachar al Assad au pouvoir et prédit qu’un « point de rupture » serait bientôt atteint.
En privé, les officiels américains n’excluent de fait pas que les sanctions diplomatiques et économiques finissent par créer des fêlures au sein du clan Assad, mais ils pensent que cela va prendre du temps.

« On a vu des signes qui montrent que certains responsables du régime protègent leurs arrières en préparant l’évacuation de leurs familles et le transfert de leurs avoirs financiers, mais pour l’instant ils ne sont pas passés à l’acte », a récemment déclaré le directeur du Renseignement national américain, James Clapper.

« Assad lui-même, probablement parce qu’il éprouve un besoin psychologique d’émuler son père, ne voit pas d’autre option que celle de continuer à écraser l’opposition. S’il n’est pas renversé par un coup d’Etat, il peut s’accrocher au pouvoir et continuer à faire ce qu’il a toujours fait », a-t-il ajouté.

Cet avis semble largement partagé au sein de l’administration Obama, même si comme le relève Joshua Landis, le fait qu’Assad soit à la tête « du dernier régime minoritaire au Proche-Orient » réduit ses chances de survie en ces temps de soulèvements populaires.

Tangi Salaün pour le service français – WASHINGTON (Reuters)

1 COMMENT

  1. Jean , comme vous le dites si bien , pendant ce temps Israël aura la paix et pourra se concentrer sur le nazi persan .

    Bonne journée à vous Jean .

  2. Bonjour Maruani,

    Oui , Salafistes ou Frères sunnites libanais ou syriens et Hezbollah chiite , rentrez vous dedans

    Pendant ce temps , Israel est tranquille

  3. Le chaos en Syrie ne serait pas profitable à Israël . Il est un élément d’équilibre contre tous les intégristes , vis à vis de la Turquie qui a basculé dans le camp ennemi et même du hezbollah qui paiera trés cher sa trahison et son ingratitude envers son grand allié . Les massacres se poursuivront et Assad tiendra bon tant que son allié soviétique le soutiendra .

  4. Barack Obama, Hillary Clinton et autres jupettes,

    N’en déplaise à vos cervelles géopolitiques d’oiseau , le seul intérêt de la Syrie et de la région , c’est que Bachar el Assad reste ou soit remplacé par un autre dirigeant fort comme lui , dans la ligne de Mustapha Kémal , tout proche d’ailleurs , un autocrate , comme lui, qui soit Alaouite, Baassiste , laïque et qui veuille bouffer de l’islamisme .

    Pourquoi les Islamistes et autres Salafistes prendraient ils, ainsi , le pouvoir , sans rien mériter sinon simplement grâce à la cuvée exceptionnelle du ventre toujours plus fécond de leurs femmes engrossées à longueur de journée, histoire de passer le…. temps ?

    Ces Islamistes n’ont qu’un horizon :faire régresser le niveau déjà pas très élevé de ces pays

    Basta , ça suffit

    Républicains de tous pays , assumons l’apparent paradoxe : oui soutenons Bachar , le défenseur des minorités dans le pays des anciens Ommayades .

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