Merah : «Ce type d’action ne peut se faire sans complicités»

0
14

INTERVIEW – Spécialiste d’al-Qaida, Mathieu Guidère voit en Mohamed Merah un personnage complexe mêlant un engagement djihadiste et un mode d’action de loup solitaire.Mathieu Guidère, universitaire, est spécialiste des mouvements radicaux et d’al-Qaida. Il est notamment l’auteur des Nouveaux Terroristes et du Choc des révolutions arabes (éditions Autrement). Il donne un éclairage sur le profil de Mohamed Merah et évoque les différences entre salafistes et djihadistes et les évolutions de ces mouvements après le printemps arabe.

LE FIGARO. – Selon le ministre de l’Intérieur, Mohamed Merah s’est radicalisé dans un groupe salafiste. Pouvez-vous revenir sur les différences entre salafistes et djihadistes?

Mathieu GUIDIÈRE. – Auparavant, il y avait une mouvance importante, le Salafia Jihadia, avec les mêmes objectifs – revenir au passé – et les mêmes modes opératoires – le terrorisme, la violence. En 2011, la mort de Ben Laden et le printemps arabe, qui bouleverse la donne, renverse les régimes et conduit des islamistes au pouvoir, ont provoqué une scission entre les salafistes et les djihadistes. Les premiers ont accepté d’entrer dans le jeu démocratique, voyant qu’ils pouvaient faire de bons scores aux élections. Les djihadistes, eux, ont choisi de continuer la lutte armée et de rester dans la clandestinité. En Égypte, les salafistes ont obtenu 25% des voix. Cette «normalisation» des groupes salafistes a entraîné une «normalisation» en France aussi. Mais Mohamed Merah n’avait peut-être pas compris que les salafistes eux-mêmes étaient passés à l’action politique. Dans ce cadre-là, les individus de ce type peuvent aussi se radicaliser.

D’après les premiers éléments, quel profil dressez-vous de Mohamed Merah?

C’est un profil ambigu, complexe, car il mêle des éléments classiques et d’autres plus nouveaux. Le passage par la zone afghano-pakistanaise, la volonté de s’entraîner au djihad dans les camps d’al-Qaida: cela fait partie du profil habituel du djihadiste. Il présente également le profil des loups solitaires, des nouveaux terroristes. Ce sont des individus issus du pays auxquels ils s’attaquent et qui le connaissent parfaitement. Ils radicalisent dans leur coin, font des repérages, mènent l’action de manière solitaire et se revendiquent ensuite d’une organisation comme al-Qaida. Mohamed Merah est à la jonction de ces deux profils. Il est maintenant possible qu’al-Qaida reconnaisse l’action de Mohamed Merah car c’est devenu un label.

Le choix des armes à feu est-il inhabituel?

On est plutôt habitué à des attentats suicides à la bombe mais ils sont extrêmement difficiles à réaliser car il faut des réseaux, du temps. La préparation d’un attentat de cette envergure est plus facilement détectable. En France, le choix des armes à feu semble nouveau mais on a vu le même type d’action aux États-Unis, notamment le massacre sur la base militaire de Fort Hood en 2009. Aujourd’hui, ce mode opératoire a passé l’Atlantique. Il est promu par al-Qaida depuis un certain temps. L’organisation terroriste a même créé un magazine spécialisé, Inspire, dédié à ce nouveau type de terrorisme, qui donne des idées et des conseils aux prétendants djihadistes qui veulent rendre service à l’organisation.

Des membres de sa famille ont été arrêtés et on dit son frère proche des islamistes radicaux. Les complicités familiales sont-elles fréquentes?

Ce type d’action ne peut pas se faire sans complicités. Il faut que quelqu’un fournisse les armes, les munitions, le gîte, une couverture. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’enquête en cours mais il faut rappeler qu’elle ne préjuge en rien de l’implication de la famille. Des individus comme Mohamed Merah, avec ce degré de détermination, sont souvent en rupture de ban à la fois avec les membres de leur famille car ils considèrent que ce ne sont pas des bons musulmans et avec les islamistes car ils les jugent trop doux.

Des proches de Mohamed Merah racontent qu’il sortait en boîte de nuit. Une attitude qui semble en contradiction avec sa radicalisation religieuse. Est-ce inhabituel?

Non, pas vraiment. Ne pas se faire remarquer bêtement par une longue barbe, par un comportement atypique mais au contraire se fondre dans le paysage pour mieux servir la cause. C’est une technique de dissimulation, la Taqiyya, qui est théorisée. Il ne faut pas oublier que que les auteurs des attentats du 11 Septembre avaient une vie sociale.

Par Agnès Leclair – Le Figaro.fr Article original

Mots clés : Tuerie De Toulouse, Terrorisme, Al Qaida, Mohamed Merah

1 COMMENT

  1. S’il est avéré , comme on pourrait le supposer , que son frère était complice et qu’il a joué un rôle dans l’embrigadement de son criminel et de pourriture de frère , il devrait payer cher , très cher . On devrait voter une loi spéciale et le condamner à mort . Ces déchets humains devraient disparaître de la planète .

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here