Ma vision d’Israël a changé, le jour où j’y suis devenu ambassadeur

0
23

Manfred Gerstenfeld interviewe Bob Hiensch.“Israël est un pays d’immigrés. C’est ce qui rend la vie d’un ambassadeur très agréable à vivre. En tant qu’étranger, on peut frayer au sein de la société israélienne sans se faire remarquer. Plusieurs autres raisons ont contribué à faire d’Israël la nomination que ma femme et moi avons la plus appréciée. Parmi celles-ci, il y avait l’importance du travail diplomatique à réaliser en Israël et les amitiés nouées avec les membres de la communauté hollandaise.

“Israël m’a apporté énormément. Je ne suis pas un individu très religieux, mais le simple fait de passer quatre ans dans le pays de la Bible a grandement enrichi ma vie. C’est aussi parce qu’en Israël, on peut visiter n’importe quel endroit qui s’y trouve mentionner ».


Bob Hiensch est arrivé, en tant qu’Ambassadeur des Pays-Bas en Israël, en août 2003 et il en est reparti quatre ans plus tard. La Hollande et le Luxembourg – qui est représenté, sur le plan politique, par les Pays-Bas en Israël – ont, chacun leur tour, occupé la présidence du Conseil de l’Union Européenne durant six mois. Lui-même a présidé les réunions des ambassadeurs des pays de l’UE en Israël, durant un an. « A cette position, on est l’interface du Conseil vis-à-(vis du gouvernement israélien.

“Mon point de vue sur Israël a changé, au cours de mon mandat en tant qu’ambassadeur. Israël est perçu par l’Europe comme la puissance régionale. En vivant en Israël, on comprend qu’il s’agit d’un petit pays entouré par des centaines de millions d’Arabes, dont la plupart lui sont hostiles.

“Un autre exemple de mon changement d’optique concerne la barrière de sécurité. Nombreux sont ceux aux Pays-Bas et en Europe qui la considèrent comme scandaleuse, en particulier, lorsqu’elle traverse le territoire palestinien. Au Ministère néerlandais des Affaires étrangères, j’ai toujours insisté sur le fait que cette barrière a grandement amélioré la sécurité d’Israël. En partie grâce à elle, les attentats-suicide palestiniens ont virtuellement été stoppés. Je soulignais qu’une relance des négociations de paix ne redeviendrait possible qu’à la condition qu’Israël se sente en sécurité.

“Un rôle d’ambassadeur implique une circulation dans les deux sens. On ne peut pas se contenter d’expliquer les positions européennes et hollandaises aux autorités israéliennes. Il est tout aussi nécessaire d’expliquer au Ministère hollandais qu’il existe d’autres façons d’observer la réalité d’Israël. On peut dire, par exemple : « Regardez ce problème aussi sous cet angle-là ». J’ai toujours eu le sentiment que mon propre Ministère appréciait de telles explications. Cela ne m’a certainement pas causé préjudice, puisque ma nomination suivante, en Inde, s’est effectuée vers un rang légèrement plus élevé.

“J’ai considéré le retrait israélien de Gaza comme un évènement très impressionnant. Dans les milieux occidentaux, on en traitait souvent comme étant sans importance, en disant quelque chose du genre : « Israël se retire de territoires où il n’aurait jamais dû mettre les pieds ». J’ai écrit, non sans emphase, au Ministère, à La Haye, que pour les Juifs religieux et Sionistes, c’était, fondamentalement, sur le plan politique, une phase déterminante – un changement de paradigme.

“Comme ambassadeur, on s’aperçoit, aussi, à quel point les affaires et d’autres initiatives peuvent être importantes, pour son propre pays. Il m’a semblé que les Pays-Bas pourraient apprendre beaucoup d’Israël, concernant la science et les technologies. J’ai été impressionné, en particulier, par les investissements israéliens, en matière de capital-risque, dans le domaine des hautes technologies.

“Malheureusement, Israël m’a aussi laissé des souvenirs pénibles. Nous sommes arrivés en Israël, avant la fin de la Seconde Intifada, alors qu’il y avait encore de nombreux attentats commis par les Palestiniens. Le lendemain de mon arrivée en Israël, un bus, qui transportait des Juifs orthodoxes et parmi eux, de nombreux enfants, a explosé à Jérusalem.

“L’une de mes expériences les plus tristes remonte à un attentat-suicide dans le port d’Ashdod. Je m’y rendais en tant que représentant du Conseil de l’UE. Ce que j’y ai vu m’a laissé une impression très marquante. Le terroriste-suicide avait mis des billes d’acier dans sa veste, de manière à causer le plus de séquelles possibles. J’en ai pris un certain nombre pour les montrer aux autres ambassadeurs.

“En une autre occasion, nous avons déposé une couronne, après un attentat à Jérusalem, au cours duquel des enfants en âge d’être scolarisés ont été assassinés. Leurs camarades de classe se tenaient là avec dignité. Ils nous demandaient : “Pourquoi le monde ne fait-il rien ? ». Et on se tenait là avec les larmes aux yeux, mais sans pouvoir leur répondre quoi que ce soit. Je repense aussi à ces soldats israéliens d’origine hollandaise qui sont morts durant la guerre du Liban en 2006. J’ai eu des contacts avec leurs parents qui vivaient ces terribles pertes.

“Un aspect très agréable d’Israël réside dans sa société et ses politiques très ouvertes. On peut avoir accès aux bureaucrates au tout dernier moment et, si c’est aussi nécessaire, directement au Ministre des Affaires étrangères. On peut tout aussi facilement rencontrer des députés. En partie grâce à cela, on a le sentiment qu’en tant qu’ambassadeur en Israël, on est en mesure de faire une différence dans les relations entre nos deux pays.

“Avant mon départ d’Israël, le Premier Ministre d’alors, Ehud Olmert m’a accordé une audience privée. Je n’ai jamais entendu dire qu’il l’ait fait pour aucun atre ambassadeur. J’ai considéré cela comme une marque spéciale d’attention et j’en étais aussi plutôt fier ».

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans . Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

1 COMMENT

  1. Merci monsieur l’ambassadeur, mais voyez-vous il faudrait que tous les ambassadeurs parlent d’Israël aussi franchement que vous auprès de leur pays respectif, ainsi, tout le monde saura et personne ne fera rien.

    Ainsi va le monde et le peuple Juif a compris depuis longtemps qu’il doit compter sur lui-même et sur Dieu.

    Merci tout de même !

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here