Loi sur le génocide : quel impact sur les relations franco-turques ?

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Comme elle l’avait laissé entendre, la Turquie a immédiatement rappelé jeudi, comme en 2001, son ambassadeur en poste en France pour consultations après le vote pénalisant la négation du génocide arménien. Les rencontres économiques, politiques et militaires sont également annulées.A peine adoptée en première lecture par l’Assemblée -il lui faut désormais faire la navette avec le Sénat, ce qui pourrait prendre du temps-, la proposition de loi sur la pénalisation de la négation des génocides (un an de prison et 45.000 euros d’amende), dont celui d’Arméniens par la Turquie entre 1915 et 1917, a créé jeudi une crise diplomatique entre Paris et Ankara. Et c’est loin d’être une surprise tant la Turquie avait prévenu qu’elle considérait ce texte comme un casus-belli puisque portant, selon elle, « atteinte à sa dignité nationale ». Sur ce point, l’unanimité est de mise, aussi bien dans la classe politique, les milieux économiques et l’opinion publique.

Dès jeudi après-midi, Ankara a répliqué avec des mots très durs. Recep Erdogan, le Premier ministre turc, parle de « plaies qui seront difficiles à refermer » et d’une « politique fondée sur le racisme, la discrimination et la xénophobie ». Il a surtout déclenché les premières salves de rétorsion : tout d’abord, le rappel de son ambassadeur en poste à Paris pour « consultations ».

Cette procédure est assez classique quand les relations d’Etat à Etat, mêmes théoriquement « amis », sont tendues. Le diplomate reprend ensuite généralement son poste quelques jours plus tard, avec une feuille de route plus ou moins ferme selon la situation -fin novembre, la France a procédé de manière identique vis-à-vis de l’Iran pour protester contre le saccage de l’ambassade britannique. Recep Erdogan a aussi annulé les rencontres bilatérales économiques, politiques et militaires. L’autorisation d’atterrir ou d’accoster en Turquie pour les avions de chasse et les bâtiments de guerre de l’armée française est suspendue.

Déjà en 2001

Cette crispation franco-turque n’est d’ailleurs pas une première. En janvier 2001, après le vote de la loi française reconnaissant justement le génocide arménien, la Turquie avait déjà rappelé son ambassadeur. Dans la foulée, elle avait pris des mesures supplémentaires, comme le gel des relations bilatérales et la suspension des contrats d’armement. Des rétorsions finalement plutôt limitées et qui n’avaient duré que quelques mois. Pour l’instant, la crise de 2011 en est peu ou prou à ce stade.

En 2006, l’adoption en première lecture à l’Assemblée d’une proposition de loi socialiste similaire à celle de cette année avait aussi déclenché la colère turque, mais sans réplique précise, si ce n’est une brève suspension de la coopération militaire entre les armées des deux pays. A l’époque, le gouvernement turc avait en fait décidé d’attendre que le texte soit voté au Sénat… ce qui n’a jamais eu lieu.

Menace de boycott des produits français

Cette année, Recep Erdogan, relativement épargné par la crise, à l’influence renforcée au Moyen-Orient grâce au « printemps arabe » et craignant que la décision française ne donne des idées aux parlementaires américains, semble cependant prêt à engager un bras-de-fer beaucoup plus tendu. « L’affaire est prise très au sérieux en Turquie. Les dirigeants turcs veulent faire comprendre que la Turquie de 2011 n’est plus celle de 2006 », commente un diplomate européen parlant sous le couvert de l’anonymat. A l’opposé, Alain Juppé souhaite que « nos amis turcs ne surréagissent pas ».

Quoi qu’il en soit, que peut faire de plus Ankara après les annonces de jeudi ? Sur le plan diplomatique, le second échelon de représailles serait de convoquer l’ambassadeur français à Ankara puis de le déclarer persona non grata. Les coopérations culturelle, scientifique et technologique pourraient aussi être gelées. On voit mal en revanche la Turquie aller jusqu’à la rupture des relations diplomatiques, étape réservée aux pays quasiment en guerre.

Reste bien sûr le spectre de rétorsions économiques contre les entreprises françaises implantées en Turquie -plus de 300 selon les chiffres de la chambre de commerce franco-turque datant de 2009, sans compter celles associées à des compagnies turques. Elles pourraient notamment être écartées d’une manière ou d’une autre des marchés publics turcs. Appeler officiellement au boycott des produits français serait illégal selon les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Mais le Turc de la rue, excédé comme ses dirigeants par la proposition de loi, pourrait le faire de lui-même. Dans l’autre sens, des entreprises turques pourraient arrêter d’investir dans l’Hexagone.

La Turquie aussi pénalisée ?

A qui cette escalade profiterait-elle ? A personne probablement. La France est le 5e partenaire commercial de la Turquie (la Turquie étant le 11e partenaire de la France). Au total, les échanges entre les deux pays ont atteint 11,7 milliards d’euros l’an passé. Pénaliser des entreprises françaises, qui emploient 70.000 personnes, aurait obligatoirement des conséquences sur leurs salariés turcs. Un boycott des produits français gênerait aussi les commerçants les vendant. N’oublions pas non plus que la Turquie est l’une des destinations préférées des touristes français, surtout en cette année 2011 où la Tunisie ou l’Egypte sont plombées par leurs révolutions.

Sur le plan purement diplomatique, un raidissement serait problématique alors que la Turquie négocie son adhésion à l’Union européenne, à laquelle Nicolas Sarkozy est déjà fermement opposé. Et tomberait mal au moment même où Ankara et Paris sont en première ligne sur le dossier syrien. Bref, personne n’a intérêt à ce que la situation perdure. Reste à savoir qui lâchera du lest le premier.


Manifestation armenienne par flodjian

L’Arménie remercie la France

A l’exact opposé de la réaction turque, le gouvernement arménien a exprimé jeudi sa « gratitude ». « En adoptant cette loi, la France a prouvé de nouveau qu’il n’y avait pas de prescription pour les crimes contre l’humanité et que les nier devait être puni », souligne Edouard Nalbandian, le ministre des Affaires étrangères.

Par Fabrice Aubert TF1.fr

1 COMMENT

  1. Bon en gros, pratiquement tout le monde sauf les turcs reconnaît la réalité du génocide arménien. Et ceci depuis le début du 20eme siècle. L’événement dont on parle, sur la base des archives de beaucoup de pays (sauf celles de la turquie qui restent inaccessibles) a couté la vie à 1,5 million de d’arméniens entre 1915 et 1916.

    A lecture du texte et à l’écoute des documents sonores qui composent l’article, quelque chose devrait nous alerter concernant les turcs. La proposition de loi reconnaissant le génocide arménien suscite les réactions suivantes :

    En Turquie :
    1 – On parle d’une atteinte à la dignité nationale turque
    2 – La France mène une politique fondée sur le racisme, la discrimination et la xénophobie à l’égard des turcs.

    Chez les turcs de France :
    3 – Les arméniens sont coupables de crimes de guerre. (1er document sonore)
    4 – De toutes façons, la France a un passé colonial lourd. Alors que nous on a un passé propre. (1er document sonore)
    5 – On proteste contre la loi liberticide qui va être votée. Elle supprime le droit d’opinion des turcs. (2eme document sonore)
    6 – Nous on n’a rien dit pour l’histoire des caricatures du prophète dans charlie hebdo, on a fermé notre gueule. (1er document sonore)
    7 – Qu’est ce que je vais dire à mes gosses ? (1er document sonore)

    Prenons chaque argument dans l’ordre. Et remarquons d’abord que nulle part, on ne parle de la réalité historique ou de l’absence de réalité historique du génocide Arménien par les Turcs de 1915 à 1916. Et c’est bien ça qui m’alerte. Il n’y a pas d’histoire dans tout ça. Il y a surtout de la politique.

    1 – Donc il n’y a pas eu de génocide juif parce que ça serait une atteinte à la dignité nationale allemande.

    2 – C’est possible mais je ne vois pas en quoi reconnaître un fait historique est raciste et discriminatoire… Et surtout xénophobe, l’Arménie n’est elle pas peuplée de non français aussi ?

    3 – Donc les Juifs de Varsovie étaient coupables de crimes de guerre ?

    4 – Nous on n’a rien fait mais au cas où on aurait fait quelque chose, on n’est pas les seuls. Donc 1 partout !

    5 – C’est vrai que de condamner le négationisme, chez les musulmans c’est liberticide !

    6 – Pourtant il paraît que Charlie Hebdo a eu beaucoup d’ennuis ces jours ci ! Ca doit être les Arméniens !

    7 – Alors c’est la meilleure celle là ! Qu’est ce que je vais dire à mes gosses ! Ben pourquoi pas la vérité par exemple ? Qu’est ce qu’on a dit aux arméniens orphelins ? On ne leur a pas dit que leurs parents s’étaient tirés par la cheminée avec le père noel non !

    Je vous conseille de lire l’article de wikipedia sur le génocide arménien. Ca donne rapidement une première idée, y compris sur les dirigeants turcs.

  2. Si nous faisions un peu d’histoire, nous verrions que la présence française n’était pas si étrangère au génocide arménien !!!

    Et oui, c’était en Syrie sous autorité française que des centaines de milliers d’arméniens ont été massacrés en Syrie, sans oublier le génocide rwandais, au sein duquel les instigateurs portaient aussi l’étendard tricolor et pour le compte de SGS Thompson qui visait les mines de coltan !!

    Ensuite le rôle d’al husseini devenu plus tard chef des waffen ss musulmans et ami d’hitler puis fondateur avec son protéger arafat du fatah !!

    C’est effectivement troublant de voir la France vouloir donner des leçons aux turques dans le contexte actuel !!!

    La France ne soutient-elle pas les héritiers d’al husseini, ancien responsable du camp d’extermination de Smyrne et plus tard sous couvert de la France durant la seconde guerre mondiale en Syrie, à la tête des organisations antisémites et nazie commettant des actes terroristes dés 1940 contre des villages juifs en « Israël », il y en a des choses à dire !!!!!

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