Lettre ouverte d’un Juif de France au président de la République (et à ceux qui aspirent à le devenir)

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La fusillade de Toulouse a profondément touché la France, et sa communauté juive en particulier. Les Juifs de France ont peur du regain d’antisémitisme dans le pays et demande des gages à la classe politique.Je n’ai pas dormi cette nuit. Je n’y suis pas arrivé. La tragédie de Toulouse fait ressurgir en moi des angoisses que je pensais éteintes. Les angoisses que tous les petits Juifs ont un jour connues, quand on leur a parlé de leur histoire, et qui prennent une forme différente ce soir.

Monsieur le Président,

J’ai besoin de vous.

Pour mes enfants, ma femme, pour mes parents, pour ceux qui m’entourent comme pour moi, j’ai besoin de vous.

J’ai besoin que vous m’aidiez, non pas à comprendre la tragédie de Toulouse, mais à répondre à deux questions simples que ce drame soulève en moi et qui me torturent.

A Paris, la plupart des écoles accrochent dans leur entrée un panneau qui rappelle que près de 11 000 enfants ont été conduits dans les camps de la mort parce qu’ils étaient nés Juifs.

Peu importe leur religion, les parents qui accompagnent leurs enfants chaque jour à l’école évitent soigneusement de poser leur regard sur ce panneau noir.

Les parents d’enfants juifs, plus que les autres, savent que pour vivre heureux, il ne faut pas trop remuer un passé pas si éloigné et qui les renvoient à l’indicible.

les enfants d’ Izieu.

Un jour mon fils m’a demandé ce qu’était ce panneau, pourquoi il était triste et noir.

Je n’ai pas eu le courage de tout lui expliquer.

Je lui ai simplement dit que des gens méchants avait fait beaucoup de mal à des enfants, mais que ces gens étaient partis pour toujours.

Bien sûr, il m’a demandé pourquoi on leur avait fait du mal.

Ce sont des gens méchants.

Et les gens méchants n’ont pas besoin de bonnes raisons pour faire des méchantes choses, lui ai-je répondu.

Il m’a demandé s’il était vrai que ces petits enfants étaient Juifs.

Je n’ai pas eu le courage de mentir.

Alors, j’ai dit oui, mais je lui ai dit que ces gens-là, ces méchants n’existaient plus et qu’en France, on ne permettait plus de faire du mal aux petits enfants juifs, ni à aucun petit enfant.

Bien sûr, ce soir, je sais la différence.

J’essaye de garder ce discernement qui doit me conduire à comprendre cette évidence que Toulouse, ce n’est pas le retour de Vichy, mais les images se télescopent.

Des enfants que l’on prend d’une école pour les mettre à mort. Je vous demande de m’en excuser.

Monsieur le Président, que vais-je dire à mon fils et à ses deux petites sœurs ?

Ce soir, je me sens démuni.

Ce n’est pas mon rôle d’être démuni, ce n’est pas ce que des petits enfants attendent de leur papa.

Alors, aidez-moi à leur expliquer Toulouse.

Je suis un enfant de la République, je suis né Français, tout comme chacun de mes parents et chacun de mes grands-parents.

Je me sens très Français.

Au risque d’utiliser un mot que ma génération connait mal et que les plus jeunes encore trouvent ringard ou suspect, je me sens patriote.

J’aime la France, sa terre et sa culture.

Ses églises sont les miennes – quoi qu’en pensent certains.

Sa gastronomie m’enchante, casher ou souvent pas – heureusement. Il se trouve que je suis Juif.

Je suis Juif comme d’autres sont Bretons, Corses ou Auvergnats, Juif mais français. Français mais Juif.

Je lie mon destin à celui de mon pays.

Ce fut peut-être le fruit du hasard, mais c’est surtout mon choix, celui d’embrasser cette terre et d’y accomplir mon destin et mon devoir.

Etre Juif, je n’en tire ni orgueil ni honte.

Je ne m’en cache pas. Je n’ai pas non plus besoin de porter cette part de mon identité comme un étendard à la vue de tous.

Je sais ce que je dois à la France.

Mes grands-parents et mes parents aussi. Ils me l’ont enseigné.

A chaque génération, à force de travail, de courage et de détermination, grâce à ce pays, avec ses gens, sa république, les gens de ma famille ont gravi quelques barreaux de l’échelle sociale – mais il y a toujours eu un mais. Ma grand-mère disait ce que mon père me dit encore : « N’oublie pas d’où tu viens.

Tu es un Juif, et si un jour tu l’oublies, gare à toi, les autres te le rappelleront, et ce jour là… »

Je l’avais un peu oublié jusqu’à ce soir.

Ce soir je réalise que les enfants juifs de France vivent dans des écoles barricadées, sous surveillance vidéo, ce soir je réalise que ma femme ne veut plus que je porte l’étoile de David par crainte que l’on m’agresse.

Ce soir, je réalise que depuis longtemps, lorsque je vois un enfant juif portant la kippa, je ressens une indicible angoisse.

Ce soir, je réalise qu’en nommant l’une de mes filles d’un prénom juif, j’ai peut-être manqué de prudence.

Ne vous trompez pas sur mes intentions, je ne suis pas une victime, je ne courbe pas l’échine.

Je ne me plains pas.

Je n’attends pas que l’on me cajole.

Ce soir, je bâtis mon avenir, celui des miens, et il est entre mes mains.

Pour le bâtir sereinement, avec bonheur malgré les circonstances, je veux y voir clair.

C’est pour cela que je vous demande de l’aide.

Monsieur le Président, la France aime-t-elle ses Juifs ?

Je ne veux pas qu’elle les tolère, je ne veux pas qu’elle les accepte. Je veux qu’elle les aime.

Et vous le savez-sans doute, l’amour, ça n’existe que par les preuves que l’on produit.

Je voudrais tellement que vous, le premier des Français, puissiez m’en faire une brillante démonstration.

Pouvez-vous le faire ?

Comme les Chtis, les Corses, les Picards, les Bretons, les Auvergnats, les Vendéens, les Normands, les Antillais, les Alsaciens et tous les autres, que je respecte et que j’aime parce qu’ils font la France, son génie, son ressort créatif, son caractère et son histoire, je voudrais que la France disent à ses Juifs qu’elle les aime.

Ni plus, ni moins.

Y croyez-vous vous-mêmes ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Michaël Boumendil/ Atlantico.fr Article original

Mots-clés : Enfants d’ Izieu Occupation Antisémitisme Tuerie de Toulouse
Juifs France Régions Patrie Terre Culture

1 COMMENT

  1. A JCB, on m’a souvent reproché d’utiliser l’expression, « français de confession juive » ou « italien de confession juive »… on me fit même remarquer que les italiens juifs « n’ont jamais existé » pas et pourtant… Il est permis, il me semble, d’avoir une nationalité et une confession, je ne pense pas que l’une enlève qquechose à l’autre. Et vous soulignez des points qui aujourd’hui prennent une grande importance et qui marquent bien toutes les différences que l’on trouve entre un « français de confession juive », cet amour de la France même dans ses clochers, et ces « français(es) » qui souhaitent voir à la place des clochers… des minarets… Amitiés.

  2. {« et permettre aux juifs de France d’y voir clair sur les intentions de nos dirigeants. »}

    Mais bien sur ! Les juifs de france ont attendu la lettre ouverte de ce pleurnicheur pour y voir clair sur les intentions des candidats. Les juifs français vivent sur la planete Mars et ils ignorent tout des candidats et de la situation en france. Et comme en plus ils sont stupides, alors ils vont croire les dirigeants français qui vont promettre de les protéger, contrairement a ce qui a été jusque là.

    C’est vraiment se foutre du monde.

  3. Une lettre sincère et pleine de bonne volonté… ce qui me gène un peu c’est qu’elle reflète aussi une certaine faiblesse.Ce Monsieur est français (depuis plusieurs générartions) et il semble réduit à demander que l’on aime les juifs français.
    Il a des des droits et devrait plutôt exigeait que ses droits soient reconnus et respectés. Plutot que demander l’amour de son pays il devrait « menacer » de trainer en justice tous les représentants de l’état coupables de porter un voile face aux incivilités et aux actes antisemites que l’on voie quotidiennement et qui quelques fois se passent même devant les « représentants de l’ordre » et la loi (qu’ils n’ont pas l’air de connaître).
    En ce qui me concerne ma réaction face à ces événnements tragiques est beaucoup moins gentille…
    Mon message est plutot de prévenir les antisémites de tout poil qui n’aiment que les juifs qui se laissent menacer et tuer sans se plaindre qu’ils se trompent, cette catégorie de juifs n’existe pas !
    Et, en ce qui me concerne, c’est l’état de droit qui doit primer, mais, comme l’état d’Israël, je ne me risque pas à compter que sur l’état de droit (trop faillible) pour me défendre et défendre ma famille !

  4. Cher Monsieur Boumendil,
    Vous ne pouvez imaginer le plaisir que j’ai ressenti à la lecture de votre lettre ouverte, lettre où il n’y a pas un seul mot à retirer. Votre amour de la France, c’est le mien, votre patriotisme, c’est le mien, votre attachement aux églises, clochers qui parsèment les paysages de notre pays, c’est le mien. De même que sont aussi miens, le lien qui m’attache au « peuple » juif, la fierté que j’ai toujours eue à assumer ma Francité tout autant que ma Judéité, la vibration ressentie à l’écoute de la Marseillaise ou de la Hatikvah…
    Puis-je cosigner l’appel que vous lancez au Président avec l’espoir que la réponse sera à la mesure de l’angoisse où les » Français de confession juive  » se trouvent maintenant?

    J.C.B.

  5. Cette lettre est une démarche personnelle pour ouvrir un débat, contribuer d’une façon différente à une certaine prise de conscience et permettre aux juifs de France d’y voir clair sur les intentions de nos dirigeants. Pour ne pas se laisser intimider, pour ne pas être naïfs non plus, certains ont souhaité poursuivre le débat.
    Pour rejoindre ce débat http://www.facebook.com/#!/lettreouverte19mars

  6. Moi je trouve cette lettre pleurnicharde a souhait. Elle me rappelle l’image que les anti-juifs aiment donner du juif : faible, craintif et supliant.

    Ce ne sont pas les lamentations qu’il faut apprendre a tes enfants.

  7. Félicitations pour cet article peu commun ,plein de bon sens et d’humanisme qui honore l’auteur mais aussi le journal qui le diffuse …
    Gage de démocratie en harmonie avec la politique de l’état d’ISRAEL …
    mais texte à certains égards qui me parait inapproprié dans les amalgames et les extrapolations ..
    Comparer les juifs et les bretons …
    Je choisis les bretons car à ma connaissance le grand Rabbin n‘est pas breton …
    …pour ne donner qu’un seul exemple
    Que je sache on ne peut comparer que ce qui est comparable …
    Un enfant qui a un père breton et toute sa lignée paternelle bretonne depuis x générations
    Peut on lui dire vous n’êtes pas breton car votre mère est normande …
    Native du département voisin et distant de 10 km !!!!……

    Personne ne détient la vérité car il y a des vérités …
    Et vous êtes {{dans le vrai}} ….

    Encore merci pour votre lettre pleine d’amour du prochain
    Tu aimeras ton prochain comme toi-même
    Ce que l’on voit sur certaines synagogues ,moi à ARCACHON …
    Il faudrait rajouter ton prochain autre que juif pour être précis
    c’est-ce que vous faîtes ..

    Bien à vous
    Vous n’êtes pas seul pour défendre les valeurs démocratiques dont
    L’état d’ISRAEL en est la lumière … RAYMOND SAMMELEN

  8. J’en laisse toujours trainer une ou deux pour permettre a ceux qui n’ont rien a dire de se donner l’illusion de brillaient en les relevant. Une sorte de mitsva en quelque sorte. Chacun doit participé a hauteur de ses moyens.

    shabat shalom.

  9. C’est pour cela que vous l’avez lue, David ? Ou tout au moins répondu…. ???
    ….Et, la prochaine fois – indépendamment des lettres ouvertes – faites aussi attention aux fautes d’orthographe….

    Shabbat shalom !

  10. Je me méfie comme de la peste des ‘lettre ouverte’, qui, en général, feraient bien de rester fermer. Celle-ci ne déroge pas a la règle.

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