Lettre ouverte à Mr Joel Lion, consul d’Israël au Québec

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Nous avons appris la semaine dernière que Günther Grass, prix Nobel de littérature en 1999, vient d’être déclaré persona non grata en Israël à la suite du « poème » qu’il a écrit et dans lequel il déclare qu’Israël constitue « une menace pour la paix mondiale ».

De nombreuses personnes à travers le monde ont été choquées, et les commentaires et les articles pour condamner de tels propos ne se sont pas faits attendre.Pourtant, Monsieur Lion, si j’en juge par les leçons que vous donnez régulièrement depuis votre nomination comme Consul d’Israël au Québec, je présume que les propos tenus par M.Grass ne vous offensent nullement, et que vous ne pouvez que désapprouver ceux qui montent au créneau pour dénoncer la dernière publication du Prix Nobel.

Dès votre entrée en fonction, vous avez rencontré plusieurs médias, dont Radio-Shalom, et vous avez prononcé une conférence en octobre dernier à la congrégation Or Hahayim afin d’exposer votre position sur un certain nombre de points.

Permettez- moi de vous rappeler deux ou trois des points que vous développez souvent lors de vos apparitions publiques :

– Quelle attitude adopter face aux anti-juifs ?
– Israël, État juif ?
– Quelle conduite tenir face aux médias ?

M. Lion, je sais que les titres que vous arborez, à savoir consul d’Israël et rabbin, appellent le respect, Sans vouloir vous offenser, je m’arroge le droit de vous exprimer mon désaccord total sur les points en question.

Selon vous, il ne sert à rien de vouloir convaincre des anti-juifs convaincus de changer de camp. C’est une idée que je ne partage point, et ce d’autant plus que les preuves du contraire ne manquent pas, à commencer par le cas du fils d’un des fondateurs du Hamas, Mosab Hassan Yousef, qui a été une taupe d’Israël et qui déclarait en octobre 2010, à Francfort, lors d’un congrès : « J’aime Israël ».

Ensuite, en ce qui concerne l’appellation « État juif », vous rejetez de manière catégorique cette appellation pour lui préférer l’ « État des Juifs ».

Vous savez pourtant que seule l’appellation « État juif » convient puisque c’est précisément celle voulue par Herzl, alors que celle que vous proposez n’insiste pas sur le caractère juif de l’État.

Enfin, à propos du problème des médias et de leur parti pris affiché contre Israël, vous affirmez qu’il ne faut pas réagir aux articles anti-israéliens diffusés sur toutes les tribunes, qu’il ne faut point chercher à défendre Israël, que nous devrions nous contenter de montrer aux Non-Juifs les réalisations israéliennes.

Sur ce point, souffrez, Monsieur, que je défende un point de vue totalement contraire.

Si je peux comprendre que Radio-Canada n’apprécie guère que ses auditeurs et téléspectateurs lui adressent continuellement des plaintes sur le travail de ses journalistes, en revanche je suis incapable de comprendre comment un représentant de l’État juif peut prôner la passivité.

Comment celui qui représente son pays et qui doit en défendre les intérêts peut-il ainsi collaborer avec l’ennemi, surtout quand il est prouvé qu’il existe une corrélation entre l’image que donnent les médias d’Israël et les actes d’antisémitisme ?

En revanche, il aurait été souhaitable que vous insistiez sur la nécessité pour nous, Juifs, d’exercer notre liberté en nous engageant dans le conflit israélo-palestinien car ce conflit, quoi qu’on en dise, ne se limite pas au Moyen-Orient, et les acteurs n’en sont pas seulement les Israéliens et les Palestiniens.

C’est là ce qu’on aurait attendu d’un représentant de l’État juif.

Or, vous voulez qu’on laisse dire, écrire, et crier que le sionisme est la cause de la tragédie du peuple palestinien, qu’Israël est la cause de tous les maux de la terre,

Vous jugez souhaitable qu’on ne réagisse pas quand un animateur de TV déplore que “malheureusement, Israël ne s’est pas encore effondré” et qu’il affirme qu’Israël “ne mérite pas d’exister”.

C’est pourtant ce que s’est permis de faire le 27 décembre dernier, un animateur d’une chaîne québécoise, Stéphane Gendron.

Faut-il vous rappeler qu’il s’était même permis d’affirmer, quelque temps auparavant, que les Juifs adoptent une attitude méprisante à l’égard des Non-Juifs ?

Avec de telles déclarations, Gendron savait qu’il contribuait à attiser la haine du Juif.

Et point de doute, c’était son but.

Alors, je vous le demande, Monsieur Lion, pensez-vous vraiment qu’on doive choisir l’indifférence et laisser des gens propager la haine d’Israël ?

En tant que représentant d’Israël, il eût été souhaitable, selon moi, que vous réagissiez à de tels propos, quitte à subir par la suite les foudres des médias.

Vous voulez qu’on laisse publier dans un pays comme le Canada des articles incendiaires qui font l’amalgame sionisme = racisme, ou encore une carte où le nom Palestine remplace celui d’Israël, ce qu’a fait la firme Léger marketing?

Avez-vous été, comme beaucoup de vos coreligionnaires, incommodé par le jeu télévisé de Radio-Canada présenté en septembre 2011 et qui situe Jérusalem en Palestine?

Nenni, point du tout !

Certes, vous avez réagi à la lettre de Victor-Lévy Beaulieu « La lâcheté de Barack Obama », publiée dans le quotidien Le Devoir du 4 novembre dernier.

Mais votre réponse que je reproduis ici se limitait à quelques lignes : « Chacun a droit à ses opinions, mais il m’est difficile d’accepter le recours à des mensonges et à des demi-vérités pour attaquer le mouvement légitime d’autodétermination de la nation juive qu’est le sionisme.

La seule solution est une solution à deux États pour deux peuples.

Solution qui ne pourra aboutir qu’à travers des négociations honnêtes entre les parties ».

Ne croyez-vous qu’il aurait fallu, pour le lecteur Non-Juif, prouver que l’auteur a recours à des mensonges et à des demi-vérités, au lieu de lui servir des clichés auxquels il est accoutumé depuis des lustres ?

Ne croyez-vous pas également qu’il serait opportun de réagir aux nombreux appels en faveur de la « Palestine », appels qui sont lancés notamment pas les artistes québécois ?

D’ailleurs, comment comptez-vous réagir à l’évènement « Bienvenue en Palestine » ?

Inutile de répondre, je me doute bien de la voie que vous allez emprunter.
Dans ce contexte, je ne peux m’empêcher de vous poser la question suivante : Faudrait-il vous compter, Monsieur le Consul, parmi les Juifs qui combattent ce que d’aucuns appellent « les déviances sionistes » ?

Pour ma part, comme je ne suis pas diplomate, que je n’ai aucune raison de ménager les médias, et que j’abhorre le « politiquement correct », je me permets de dénoncer tout ceux qui portent atteinte à Israël, fussent-ils des Premiers ministres.

À mes yeux, choisir de se taire, c’est faire un choix : le choix du désengagement.

Formée à la pensée de Sartre, je ne crois pas qu’on puisse rester neutre dans une situation donnée, je crois que se taire, c’est acquiescer, c’est collaborer avec les ennemis d’Israël, c’est donner raison aux médias, donc condamner avec eux l’État d’Israël.

Monsieur le Consul, je refuse de me taire quand il s’agit d’Israël au risque d’être sur la liste noire de Radio-Canada et, partant, sur la vôtre, à supposer que je n’y sois pas déjà.

Monsieur, à travers mes chroniques j’ai dénoncé les incohérences des médias ; j’ai dénoncé avec violence le comportement de la Gauche, incluant la Gauche israélienne que je tiens responsable de l’image que les nations ont d’Israël ; j’ai dénoncé le comportement des médias qui n’ont de cesse de diaboliser Israël, et j’ai crié qu’Israël se doit de réagir.

Pas seulement l’État d’Israël, mais tous les Juifs, aussi bien les Israéliens que ceux de la diaspora. Pouvons-nous tolérer encore longtemps qu’Israël soit délégitimé, que Tsahal, dont le Code d’éthique n’a pas son pareil dans le monde, passe pour une armée de soldats sanguinaires et qu’on traite les Israéliens de voleurs, d’oppresseurs, de colons, etc. ?

Monsieur Lion, la politique « le chien aboie, la caravane passe » n’est plus de mise.

Prôner l’indifférence ou la résignation est la pire des attitudes.

On ne peut pas ignorer ce qui s’écrit et ce qui se dit à propos d’Israël. C’est parce que la classe politique a choisi l’indifférence que l’État juif est aujourd’hui diabolisé et délégitimé.

Ce choix est maintenant reconnu comme ayant été une erreur.

À cet égard, j’ai eu le plaisir d’apprendre que Barbara Kay, du National Post, s’est vivement opposée à vous sur ce sujet.

Le 16 mars dernier, devant les étudiants de l’Université Mc Gill, lors d’un débat qui vous opposait à Madame Kay, vous avez affirmé qu’il ne faut pas réagir aux propos calomniateurs des médias.

La chroniqueuse a défendu la thèse contraire, ce qui me conforte grandement dans mes prises de position vu la grande notoriété dont jouit Mme Kay.

Au final, vous n’avez pas réussi à avoir le dessus et à gagner à vos idées des étudiants à l’esprit critique aiguisé si bien que, pour clore le débat, vous avez choisi de dire que vous aviez tous deux raison, que tout dépend du contexte.

En revanche, l’idée de devoir offrir aux Non-Juifs une image valorisante d’Israël en est une que je partage avec vous et que j’ai toujours défendue. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai créé sur Face book une page que j’ai intitulée « Une autre image d’Israël ».

Toutefois, nous divergeons sur les moyens à mettre en œuvre pour y arriver. Votre approche consiste à inviter les Québécois à boire du bon vin israélien ou encore à aller participer aux danses folkloriques sur le Mont-Royal.

Trouvez-vous sincèrement qu’Israël n’a rien de mieux à offrir que ces banalités?

Valoriser l’image d’Israël et lutter contre les propos calomniateurs sans égards pour leurs auteurs sont deux opérations qui vont de pair.

Qu’importe pour les masses l’image que je donne de l’État juif si par ailleurs les médias diffusent des informations on ne peut plus négatives.

Monsieur Lion, en tant que rabbin, vous savez mieux que quiconque que « les mots ont un pouvoir de vie et de mort».

C’est avec des mots et simplement des mots, de petites lettres en apparence inoffensives, que les médias ont réussi à délégitimer Israël, vous avez pu le constater.

Alors, Monsieur, quelles que puissent être les conséquences de mes prises de position, je n’hésite pas à appeler les mots pour défendre l’État juif, pour le sauver des griffes acérées des médias, pour donner d’Israël une image à l’opposé de celle qu’en donnent tous les antisionistes qui, hélas, font de plus en plus d’adeptes.

L’État d’Israël et les convictions qui nous animent m’importent plus que tout, et me dictent un comportement aux antipodes de celui que vous préconisez.

D’ailleurs, pourquoi votre opinion concernant l’attitude à adopter face aux médias serait-elle la seule valable?

Parce que vous êtes le représentant de l’État d’Israël à Montréal ?

Navrée, Monsieur le Consul, mais nombreux sont les Juifs libres et courageux qui ont à cœur de défendre leur pays et que les titres, quels qu’ils soient, n’impressionnent guère.

Nombreux sont ceux qui refusent d’embrasser les idées que vous tentez d’inculquer – sans grand succès d’ailleurs – à tous ceux que vous rencontrez.

Vous n’avez sans doute pas oublié que, lors de la conférence que vous avez prononcée à la synagogue Or Hahayim en octobre dernier, beaucoup de ceux qui s’étaient déplacés pour vous écouter ont tenté de vous exprimer leur désaccord.

Sans doute pensent-ils comme moi que se taire, ce serait manquer de loyauté envers notre pays.

Vous prétendez être « prêt à mourir pour que chacun puisse exprimer son opinion ».

Ne croyez-vous pas, en toute honnêteté, qu’il faudrait ajouter « à condition qu’elle soit calquée sur la vôtre » ?

Et si la liberté d’expression vous tient tellement à cœur, comment expliquer que le bruit coure à l’effet que vous avez choisi de ne plus inviter aux célébrations entourant le Yom Hatzmaout certaines personnes qui osent défendre publiquement Israël et qui, par conséquent, ne partagent pas votre philosophie ?

Je préfère croire qu’il s’agit là d’une rumeur sans fondement, même si le fait d’avoir été moi-même rayée de votre liste d’invités me laisse songeuse.

Quelle que soit la « sanction » que vous réservez à vos détracteurs, sachez que, pour ma part, je ne resterai jamais indifférente face aux calomniateurs d’Israël.

Pour moi, les intérêts de mon pays passent avant tout.

Et contrairement à vous qui prônez la passivité, l’indifférence et l’inaction, j’appelle tous ceux et celles qui ont à cœur l’État d’Israël et la défense de la démocratie à réagir systématiquement à la désinformation véhiculée par les médias.

Aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne, les citoyens réagissent quand un reportage ou un article donne une image erronée de la réalité, et leurs réactions ont porté leurs fruits.

Garder le silence, pardonnez-moi de le répéter, c’est être complice.

Et si Radio-Canada est inondé de plaintes de son auditoire concernant la falsification médiatique, nul doute qu’en coulisse la société d’État réagira, et qu’avec le temps nous obtiendrons une couverture médiatique plus équitable.

Pourquoi la ménagerions-nous quand elle est payée à même nos impôts ?

Pourquoi les médias nous donnent-ils à lire les communiqués de l’AFP, l’agence de presse la plus anti-israélienne qui puisse exister au point qu’elle est surnommée l’ « Agence France-Palestine » ?

Nous voulons des informations provenant de sources fiables.

Et pourquoi lors d’un incident opposant Tsahal aux habitants de Gaza, la mise en contexte est-elle toujours insuffisante ?

Et le recours aux titres trompeurs dans les médias, pourquoi ne pas le dénoncer ?

Judaïsme et sionisme sont inextricablement liés, et quoi que nous fassions, même quand nous nous revendiquons comme Juifs athées, nous savons que notre destin est lié à Israël, et que la défense de l’État juif ne doit pas être l’apanage d’une minorité, chacun pouvant être utile à la cause israélienne.

Alors, si la devise des journalistes, inspirée de Beaumarchais, semble être
« Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose », que la nôtre soit : « Contestons, contestons, il en restera toujours quelque chose ! »

Dora Marrache

Chroniqueuse, Radio-Shalom, Montréal

Mots-clés:

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Délégitimisation d’ Israël Günther Grass

1 COMMENT

  1. Je dois dire que vous avez tout à fait raison : ces messieurs sont fort occupés par les réceptions, les dîners offerts en leur honneur…

    Il faut dire que Monsieur Lion est vu par certains médias comme un homme plein de charisme et capable de faire preuve d’ouverture d’esprit, “ce qui est rare chez un Juif”, laisse-t-on entendre de façon à peine voilée.

    Et moi qui croyais naïvement que le rôle d’un Consul est de défendre son pays et d’encourager les autres à en faire autant!

  2. Merci pour ton message et pour ton soutien! J’apprécie vraiment!

    Ce n’est pas le cas du Consul, mais j’espère qu’il changera de philosophie ou alors il serait bon qu’il cesse de vouloir gagner les jeunes à ses idées, des idées qui vont à l’encontre des intérêts d’Israël.

  3. ”’ Pour peu que sont les hommes, ils sont ce que nous sommes et un homme peut se tromper comme tous les autres hommes “”” Oui ce dicton est vrai, et en fait il ne s’adresse pas a M Le consul dans mon esprit mais plus excatement a M Avigdor Libermann qui devrait mieux choisir ses collaborateurs, (consuls et autres ambassadeurs) pour représenter le PAYS”,
    Si un Consul n’est pas capable de mettre ses culottes, ou tout simplement a quelques choses de deni a faire et même a dire contre son propre pays, alors qu’il essaye avant tout de se presenter comme ” Haver Knesseth ” et rester a Jerusalém pour laver notre linge ensemble et en Famille….
    Car je me permets de vous le dire M Lion , il est bon de rugir quelques fois, pour une bonne cause, car des hullulements on en entend que trop, de nos adversaires……..
    MERCI Dora tu es la meilleure…………..
    et surtout la plus honnête…………j’adore ta formule bien que maintes fois retenue : AFP = Agence France Palestine (comme tu as raison) répétons, répétons il en restera quelques chose…….pour preuve les entrevue de Dumont. (qui se reveille) ….sur la TV a Montréal Dumont 360…………………………………….

    À lire absolument la lettre du Dr Claude Salama a Gunter Sachs est un délice .. …………………….

    je tiens a rappeler peut-être que dans le genre ”{{ m’as tu vu}} ” le Gunter est un maitre qui se bat depuis 1966 pour garder sa 1ere place………………..rappelez-vous Madame pour gagner le coeur (d’artichaut) de Brigitte Bardot, il lui a fait pleuvoir par Hélicoptére, 2 tonnes de pétales de roses sur la Madrague et ce un 14 juillet justement ……… il a de la concurrence dans l’air …les Mbla Mbla, Djamel (chameau en Arabe)Debouze, Tariq Ramadan, et autres Yossef Quaradawoui, alors il doit la jouer serré…

  4. Mais, euh!!!! arrétez d’embetter Monsieur le Consul!!! il a beaucoup plus a faire dans ses diners mondains. Ce genre de personnes, nous en avons malheureusement beaucoup a des postes importants, que faire? à part un grand coup de balai?

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