Les internautes palestiniens sous haute surveillance

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Outils de mobilisation contre l’occupation israélienne, les réseaux sociaux servent de plus en plus aux Palestiniens pour critiquer leurs dirigeants et sont placés sous haute surveillance, dans la foulée du Printemps arabe.
«Habituellement, les gens de la région s’inspiraient de la cause palestinienne, mais en 2011 les choses ont changé et les Palestiniens s’inspirent désormais des révolutions arabes, même si l’atmosphère et l’environnement sont différents» compte tenu du contexte particulier de l’occupation, explique Sabri Saïdam, un ancien ministre palestinien de la Technologie.

«Nous avons un million d’utilisateurs de Facebook en Cisjordanie, à Gaza et Jérusalem-Est», pour une population d’environ 4,5 millions d’habitants, précise-t-il.

Début 2011, alors que les soulèvements arabes se propageaient, les cybermilitants ont utilisé Facebook ou Twitter notamment pour pousser l’Autorité palestinienne et le Hamas, qui contrôlent respectivement les zones autonomes de Cisjordanie et de la bande de Gaza, à mettre fin à la division entre Territoires palestiniens.

Cette campagne a culminé avec des manifestations massives le 15 mars. Six semaines plus tard, les deux mouvements rivaux annonçaient un accord de réconciliation, en grande partie sous la pression de l’opinion.

Depuis, ces outils technologiques ont contribué aux rassemblements commémorant en mai la «Nakba» (catastrophe, comme les Palestiniens appellent l’exode qui a accompagné la création d’Israël en 1948) et en juin l’anniversaire du début de l’occupation (1967).

Ils ont aussi popularisé les démarches pour l’adhésion à l’ONU d’un État de Palestine en septembre ou la campagne de boycottage des produits des colonies israéliennes de Cisjordanie.

Mais ces réseaux sociaux, utilisés surtout dans le passé pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme des colons et militaires israéliens, traitent désormais de questions «intérieures», sous l’oeil soupçonneux de l’Autorité et du Hamas.

«Il y a des gens qui sont arrêtés constamment et il est difficile de savoir qui est surveillé», déplore Jillian York, une responsable de l’«Electronic Frontier Foundation» (EFF), organisation américaine qui défend le droit à l’information sur l’internet.

«Il est très rare que quelqu’un soit inquiété uniquement pour quelque chose qu’il a dit sur (l’)internet. Mais en Palestine, c’est comme si cela suffisait à faire de vous un militant et ils utilisent ce que vous avez dit sur la Toile contre vous», témoigne-t-elle.

Récemment, un journaliste d’une radio locale de Bethléem (Cisjordanie), Georges Cannawati, s’est attiré des ennuis pour avoir narré, en tant que simple citoyen, ses déboires avec les services de santé locaux.

«J’ai critiqué sur Facebook la manière dont les employés m’ont traité et j’ai été choqué d’apprendre que le gouverneur de Bethléem, Abdel Fatah Hamayel, avait engagé des poursuites contre moi pour diffamation», raconte-t-il.

Son message a été repris par plusieurs sites palestiniens, ce qui a poussé le gouverneur à déposer une plainte, toutefois jugée irrecevable.

«Ils ont violé ma vie privée en lisant ce que j’ai écrit sur ma page personnelle Facebook, j’ai droit à la liberté d’expression», plaide-t-il.

En avril 2010 à Gaza, Assad al-Saftaoui, 22 ans, a été arrêté et condamné à six mois de prison avec sursis pour «diffamation» et «propagation de mensonges contre le gouvernement» après avoir émis des critiques contre les autorités du Hamas sur Facebook, reprises par le quotidien palestinien Al-Ayyam.

Un an plus tard, il a passé quatre jours en détention pour son rôle dans les manifestations du 15 mars contre la division.

«À la surveillance exercée par le Hamas s’ajoute désormais une autocensure pour ma famille qui s’inquiète pour moi», explique-t-il.

Mais M. al-Saftaoui assure désormais ne plus craindre les menaces d’arrestation: «Si nous restons silencieux face à l’injustice, qui s’exprimera»?

Shatha Yaish

AFP

Cyberpress.ca

NDLR : Le terme d' »occupation » n’est vraiment pas celui que la rédaction de JForum.fr retient habituellement pour parler du contrôle qu’Israël exerce dans certaines zones de Judée-Samarie. Mais cet article nous a semblé intéressant.

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