Les cent cons de Provence

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    Les syndicats d’enseignants ne désarment pas. Et ils appliquent à la lettre la règle selon laquelle « moins on est nombreux, plus il faut faire de bruit ».

    Ces groupuscules sont d’autant plus libres d’agir qu’ils ne s’embarrassent pas des règles démocratiques : les décisions sont prises à l’unanimité des deux pelés présents et s’il y a un tondu, il a intérêt à être d’accord ou à se taire.

    Syndicats d’enseignants (sections locales) comme associations (UJFP) sont entre les mains de quelques activistes pathologiquement haineux qui en assurent la présidence, le secrétariat et la trésorerie.

    Le monde associatif connaît cela par cœur depuis des années. Quelques-uns agissent, les autres les suivent, souvent à distance respectueuse, distance dite de « de sécurité », comme celle prônée par la sécurité routière.

    C’est un vieil adage dans le militantisme, qu’il soit politique, associatif ou syndical. « Si ceux qui me précèdent commettent un écart ou se font flasher la main dans le sac, je dois pouvoir m’arrêter avant d’être éclaboussé ».

    Cependant, cette distance n’empêche nullement de pouvoir courir à la remorque du succès quand celui-ci pointe le bout de son nez. C’est une habitude bien française depuis 1945 que d’entrer en résistance dès que le Débarquement allié a réussi.

    Dire « J’en suis » fait courir le risque d’être confronté à la réalité. Le vrai bonheur, c’est de dire « j’y étais ». Satisfaction personnelle à ne pas négliger en ces temps de morosité économique, affective et idéologique.

    Pressions pré-électorales

    Le nec plus ultra est de faire parvenir à un élu une revendication associative à quelques semaines d’élections locales.

    Les syndicats d’enseignants du secondaire sont particulièrement actifs en cette période féconde. Les lycées sont en effet de la compétence des Régions, du moins jusqu’à la prochaine réforme des collectivités territoriales.

    Fin 2009, un voyage a été organisé par le Conseil Régional de Provence Côte d’Azur (plus connu sous le nom de PACA) dans la ville de Haïfa, en Israël, ville jumelée avec Marseille.

    Durant cette visite, des accords de jumelage ont été signés entre les lycées régionaux de PACA et des établissements de Haïfa.

    Fureur de quelques syndicats d’enseignants, d’autant plus actifs qu’ils sont minoritaires, et de la fantomatique UJFP (Union Juive Française pour la Paix) qui ne ménage pas les efforts de ses quelques militants pour promouvoir la destruction de l’Etat d’Israël.

    L’interpellation de Michel Vauzelles par les comparses ne tarde pas. Les arguments fallacieux sont automatiquement dégainés : dès lors qu’il s’agit d’Israël, il faut faire figurer les termes consacrés par les manuels de propagande, nazis avant-hier, les pénistes hier, union des juifs pour lapaix (grâce à la disparition d’Israël) aujourd’hui.

    Parmi ces termes cons-sacrés, « cosmopolitisme » a perdu la cote au profit de « communautaire ». « Bolchevique » a cédé la place à l’incontournable « occupation ». « Clientélisme » résiste bien, « massacre et carnage » se maintiennent et un nouveau venu, « Rapport-Goldstone », est un outsider prometteur.

    Exemple : les antisionistes de l’UJFP s’indignent avec un professionnalisme irréprochable et reprochent au président de la Région PACA « l’utilisation d’une politique qui joue le clientélisme communautaire sioniste tout en prônant par ailleurs la laïcité et qui accepte que le CRIF l’embarque dans un voyage promotionnel d’Israël ».

    Ce n’est pas fini : les allumés du bulbe s’interrogent « sur le choix de la Région de favoriser des accords de coopération avec un pays condamné dans le rapport Goldstone pour crimes de guerre pour un carnage perpétré il y a à peine un an à Gaza ».

    Certes, le rapport Goldstone n’a pour l’instant aucune valeur puisque même l’ONU ne parvient pas à se mettre d’accord sur sa validité. Mais qu’importe le réel pourvu qu’ils aient l’ivresse !

    Même ce fumeux rapport ne fait pas totalement l’impasse sur le fait que des crimes de guerre auraient été également perpétrés par le Hamas, qui a courageusement planqué ses combattants et ses dépôts de munitions dans les écoles, les lycées, les mosquées et les hôpitaux.

    Mais l’union des juifs pour une paix nauséabonde a, une fois pour toutes, formulé la règle de son jeu : tout ce que fait Israël est criminel, tout ce que font les ennemis d’Israël (quels qu’ils soient) est excusable, voire glorieux.

    Donc, de tout cela, pas un mot.

    Dans cet esprit (si l’on ose dire !), les sinistres cyniques accusent le conseil Régional de « rester sourd à l’appel au boycott d’Israël de la part d’Israéliens et de la société civile palestinienne, notamment de Gaza, victime d’un blocus qui l’affame et qui empêche toute reconstruction ».

    Comme si une collectivité territoriale devait se plier à une initiative privée, condamnée par toutes les lois européennes !

    Comme si le blocus était uniquement du fait d’Israël.

    Que les juifs pour la paix des cendres ignorent la géographie, cela n’a rien d’étonnant : ils font feu de tout bois pour abattre leur ennemi intime. De la part de syndicats d’enseignants, cet aveuglement pose question.

    En effet, ils semblent ignorer que Gaza possède également une frontière avec l’Egypte. Et que celle-ci est sur le point d’achever les travaux de son propre mur de séparation avec Gaza.

    Quand on hait, on ne compte pas avec les faits : il n’y a pas de société civile à Gaza ? Inventons-la ! Dans les faits, ce territoire est sous le joug d’une faction islamiste pure et dure que ne renierait pas le taliban le plus borné.

    Les femmes sont battues, voilées, enfermées. Il n’y a aucune liberté de la presse. Les opposants politiques, membres du Fatah notamment, sont précipités du haut des bâtiments, leurs maisons sont détruites à l’explosif, leurs familles déchirées, leurs enfants enlevés et confiés à de « pieuses familles ».

    Les chrétiens et les laïcs sont persécutés, les bâtiments de l’ONU réquisitionnés pour la propagande.

    Les fonds internationaux et les bénéfices de la contrebande alimentent de riches familles qui bâtissent, avec ce béton qui manque si cruellement pour la reconstruction du ghetto-à-ciel-ouvert, de somptueuses villas sur les collines autour de Gaza.

    Quand les régionales approchent, tout est bon.

    Victoire provençale ?

    Syndicats enseignants et UJFP ont présenté une motion qu’ils qualifient déjà de « victoire provencale ». Ils ont choisi pour l’annoncer le site de leur vitrine légale – canal historique, le site de la CAPJPO ou encore Europalestine, un temps fréquenté par l’ineffable Dieudonné, grand ami de Le Pen et d’Ahmadinejad.

    Le résultat du militantisme effréné des anti-israéliens serait, selon eux, globalement positif. Le jumelage scolaire avec les écoles de Haïfa serait annulé.

    Haïfa est pourtant l’une des villes israéliennes qui comptent le plus d’Arabes et celle où l’entente entre toutes les communautés devrait être un exemple pour les banlieues françaises.

    Primo a demandé des explications au rectorat de la région. De plus amples renseignements seront peut-être bientôt disponibles. Mais il semblerait qu’à la manière de Tartarin, autre figure du Sud, les « cent cons » se soient vantés un peu trop vite et que la dite victoire n’existe pour l’instant que dans leurs esprits enfiévrés.

    Les premières victimes de ce boycott syndical contre Haïfa seraient les élèves israéliens, donc Juifs et Arabes, qui ne pourront profiter des apports de la laïcité à la française. L’Education Nationale montre là son souci permanent de faire rayonner les lumières…

    Ce n’est pas grave sur le plan scolaire.

    Le système israélien d’éducation ne fait aucune différence entre les deux communautés. Il se passera facilement du savoir livresque des professeurs français lobotomisés à qui le réflexe haineux fait office de réflexion.

    Le taux de réussite et d’excellence dans les écoles et universités israéliennes est infiniment supérieur à celui de la France.

    Les écoliers français, qui auraient pu apprendre ce que sont réellement les contraintes et les avantages du « vivre ensemble » dans un pays aux multiples communautés, rateront une occasion de plus de s’instruire.

    Ce qui se passera ensuite dans les banlieues de Marseille et de Gardanne profitera au Front National qui s’est trouvé là de bien piètres soutiens.

    L’exception française n’est plus ce qu’elle était : les professeurs espagnols, eux, commencent le lavage des cerveaux bien avant le lycée. Ils ont fait écrire par des enfants de 5 ans des lettres au gouvernement israélien, l’accusant de meurtre – pour de l’argent, les arguments nationaux-socialistes sont toujours en usage – et de génocide.

    Au fait, la ville de Marseille est également jumelée avec une grande ville chinoise, Shangaï.

    Aucun syndicat enseignant n’a jusqu’ici protesté contre cette initiative de rapprochement avec l’une des plus mortelles dictatures qui soient. Le fait est qu’il n’y a pas beaucoup de juifs en Chine.

    En revanche, tout est bon pour taper sur Israël et le morceau de bravoure ci-après en est une illustration savoureuse, qui devrait valoir à ses auteurs la médaille d’or de la connerie et de la mauvaise foi :

    « L’UJFP souhaite que la coopération internationale de la Région (…) soutienne la campagne internationale de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions) afin de libérer Gaza et la Cisjordanie du joug israélien et d’obliger le gouvernement israélien à suivre les résolutions internationales de l’ONU ».

    « Libérer Gaza du joug israélien » ! On se demandait à quoi s’occupaient les paroliers des discours de Staline depuis le décès du petit père des peuples, on sait maintenant où ils ont été recyclés.

    Ils doivent être trop encroûtés dans leurs habitudes pour tenir compte du fait que les Israéliens ont quitté Gaza depuis l’été 2005 : qu’est-ce que cinq ans à l’échelon de l’Humanité ?

    Quant au respect des résolutions de l’ONU par Israël, c’est une rengaine qui a cours dans les officines extrêmes, droite et gauche confondues. (Lire sur Primo-info).

    Mentez sur tout, disait l’autre, il en restera toujours quelque chose.

    Liliane Messika & Pierre Lefebvre

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