Les Loubavitchs sont-ils un exemple à suivre ?

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Pour répondre à cette question, JForum a eu un long entretien avec une des personnes clefs du mouvement dirigé par le Rav Chmouel AZIMOV, qui n’est autre que le directeur de la grande école Beith Haya Mouchka (que nous orthographions avec un « i » à cause du Youd dans le mot beith en hébreu), à savoir Monsieur André TOUBOUL.

Note : Pour la petite histoire, notre relation personnelle date de 1984, date à laquelle ont commencé les études et les travaux de Beith Haya Mouchka, puisqu’à l’époque, j’étais l’ingénieur structure du projet, et à l’origine de la conception de la grande salle des fêtes.

Il nous a paru intéressant, en cette période électorale au Consistoire de Paris, de voir ce que le mouvement Loubavitch apporte à la Communauté, et de dégager les points forts qui peuvent servir d’exemples aux autres institutions.

DEMOCRATIE

Nous entendons tous par démocratie, le recours régulier à des élections pour assurer la légitimité des dirigeants communautaires. Toutes les institutions ne sont pas logées à la même enseigne. Le Consistoire de Paris est une création napoléonienne, née sous l’Empire, puis maintenue sous toutes les républiques, et son statut d’organisation représentative l’oblige à avoir recours à des élections directes.

Qu’en est-il du mouvement Loubavitch ? Peut-on imaginer un tel processus au sein de votre institution?

Bien sûr que dans ce mouvement, où le dirigeant tient sa légitimité de la délégation qu’il a reçue du Rabbi, il serait contraire à tous les enseignements de manquer de respect au Rabbi qui est le sage par définition, en cherchant à remettre en cause la valeur de ses analyses, ses conseils, et ses enseignements.

De plus le Rabbi par définition, issu du monde de la Hassidoute, est par nature un dirigeant d’une grande humilité, dont l’attachement à D.ieu est au dessus de notre entendement.

Mais si cela est le cas du Rav Chmouel AZIMOV, qu’en est-il des délégués, que le Rav missionne dans les Communautés ?

Ces délégués, que le mouvement appelle des « chlou’him » sont de vrais missionnaires, qui acceptent de tout abandonner pour aller s’installer dans des lieux où souvent – mais pas toujours – aucune vie juive n’existe. Exemple d’une banlieue de Seine et Marne, là le chaliah part de zéro, mais avec le soutien du mouvement, s’installe dans la ville, tisse des liens avec les résidents juifs, les réunit, puis quelques temps plus tard, avec leur aide acquiert un pavillon qu’il transforme en synagogue et Beith-Hamidrash et développe une vie juive la plus complète possible.

La communauté est-elle en droit de remettre en cause sa légitimité ?

Non, si l’on considère qu’il a été l’élément fondateur de la Communauté et qu’elle lui doit tout.

Oui, si l’on considère que, sans les donateurs locaux, cette réalisation n’aurait pu voir le jour.

Une seule chose dans la réalité pourrait, – ce qui n’arrive pratiquement jamais- remettre en cause son statut, c’est la délégation que ce Chaliah a reçue de son supérieur hirarchique, , et si ce dernier jugeait que le chaliah ne se conforme plus aux lois religieuses ou éthiques qui fondent le mouvement Loubavitch, ou avoir un comportement inadéquat, pourrait alors mettre un terme à cette délégation.

Pour nous, indique Monsieur TOUBOUL avec force, le mouvement Loubavitch a deux exigences fortes :

La première est le haut niveau moral et éthique, et l’adhésion complète aux valeurs de la Torah.

La seconde tient au haut degré de bénévolat communautaire, que l’on peut surtout appeler une grande générosité d’âme (messirouth nefech), résultat de l’enseignement de la Hassidouth. Quant à la légitimité des « Chloukhim », elle passe par le travail accompli, sur le terrain.

EFFICACITE

D’où provient l’efficacité du Mouvement Loubavitch ?

Le maître-mot du mouvement c’est la décentralisation. Chaque chaliah a toute liberté d’action (sur la base des enseignements acquis), ce qui libère les initiatives et dynamise le chaliah.

Peut-on laisser le chaliah faire ce qu’il veut ?

Oui, parce qu’il a reçu pendant des années les enseignements complets de rabbanim qui lui ont transmis, outre la connaissance de la Torah, les qualités morales qui le forgent et font de lui un homme au service de ses frères. Avant de lui confier cette mission, il a été jaugé au préalable, et le Rav ne lui donne sa mission qu’à la condition qu’il réunisse toutes les qualités nécessaires à sa réussite

Le chaliah est fort de deux choses, sa formation et la confiance placée en lui, et qu’il ne doit pas décevoir. De la même manière qu’un enfant ne doit pas décevoir ses parents, -c’est là une pression morale constante-, de même le Chaliah, ne peut et ne doit décevoir la confiance placée en lui par le Rabbi, et le mouvement qu’il représente.

Il s’oblige à être disponible, non 35 heures par semaine, mais bien 24 heures sur 24, parce qu’il est le représentant du Rabbi, et d’un judaïsme exigeant.

Est-il pour autant livré à lui-même ?

Non, la liberté d’action, reste toujours contrôlée, et guidée, voire même accompagnée et soutenue, grâce à des réunions régulières.

FORMATION.

Quelle est la formation de ces « chlou’him » ?

Les chlou’him sont formés dans les yéchivot Loubavitch principalement. Cette formation s’appuie sur une connaissance solide du Talmud et de la hala’ha. S’ajoutent à cette formation des cours de Hassidouth issus de l’enseignement du Rabbi et de ses prédécesseurs à raison d’une heure le matin et une heure le soir.

Cet enseignement de la Hassidouth (Divrei Elokim Haïm), repose sur un enseignement du Rabbi avec un grand nombre d’applications concrètes pour la vie de tous les jours, qui donne des armes au chaliah pour aborder certaines situations dans le cadre de sa mission, et lui permet de les mettre en application dans le cadre de son magistère.

Mais le cursus de la dizaine d’années de yéchivah dépasse le cursus normal d’une formation de rabbin, avec le principe d’un contrôle continu, un suivi de l’évolution sur ces années, et surtout la vérification formelle des acquis de l’ensemble des textes majeurs et incontournables. Il contient surtout l’acquisition de certains fondamentaux, pour être capable d’aborder tous les textes avec une autonomie importante, et surtout d’avoir acquis les enseignements du Rabbi. Partant de là, la « smi’ha » qui en théorie fait de vous un rabbin au sens plein du terme, fait souvent de l’étudiant Loubavitch un Rav au sens plein du terme avec une capacité de décisionnaire rabbinique, comme l’entend notre tradition.

Donc, s’il peut conseiller ses frères juifs, enseigner, les textes qu’il maîtrise, il ne peut pas toujours être un décisionnaire, sauf à compléter sa formation, et la faire valider.

L’objet essentiel de cette formation, et surtout de forger sa vocation de responsable communautaire, et de faire grandir en lui cette générosité exigeante, qui va le mener non pas a attendre que ses frères viennent à lui, mais à aller au-devant d’eux là où ils se trouvent.

ETATS DES LIEUX

Combien y-a-il de chlou’him en France ?

Il y en a près de 150, dont une centaine en région Parisienne. Ils se réunissent à peu près dix fois dans l’année tous ensemble pour la coordination des actions à l’échelle régionale ou nationale. Cela demande souvent un haut degré de préparation et de technicité pour les grandes manifestations (Hanouka, Pourim, Pessah, Lag Baômer etc..). Les campagnes d’affichages, les opérations des fêtes (Chofar à Roch Hashana, Loulav à Souccoth, hametz à Pessah etc.)

Les Loubavitch regroupent autour d’eux un peu plus de 20.000 personnes qui participent, plus ou moins régulièrement, aux activités du Beith Habbad.

Pourquoi certains vous préfèrent-ils ?

Parce que nos chloukhim sont à leur disposition totale. Nous voulons et nous sommes formés pour être un service public au sens plein du terme. Quand un cours est mis en place, le chaliah ne doit pas se poser la question « dois-je me déplacer, même s’il n’y aura peut-être qu’une seule personne ? ». Tous les engagements doivent être tenus, et ne jamais décevoir qui que ce soi sur ce qu’il pourrait attendre de nous. Pour nous un engagement a un caractère sacré. La diffusion de la Torah est un devoir permanent, et il peut prendre plusieurs formes. Quant à notre disponibilité, elle est totale. Nous n’attendons pas que nos frères viennent à nous, nous allons au devant d’eux.

LES ECOLES DU BEITH HABBAD.

Quel est l’impact des écoles juives de votre réseau ?

Outre le grand complexe de Beith Haya Mouchka, de nombreuses autres écoles accueillent près de 25% des enfants juifs scolarisés dans les écoles juives. Une des raisons de ce succès c’est que le Beith Habbad a mis très tôt en place un système de ramassage scolaire par cars.

UNE UNIVERSITE JUIVE.

Peut-on envisager d’avoir une université juive, compte tenu des talents existants dans la Communauté, et pour résoudre les problèmes de chabbat et jours de fêtes ?

Dans l’absolu, oui nous dit André TOUBOUL, mais personne ne veut être le « cobaye » d’où la grande difficulté à lancer ce type de projet, qui a du mal à prendre. C’est toujours le cas, quand une école juive se lance. Les parents ont peur, par ce qu’ils ne peuvent pas avoir de retour sur quelque chose de neuf.

CACHEROUT.

Nous voyons des labels de Cacherout Loubavitch, qu’en est-il ?

Cette cacherout est un sujet de Rabbanim spécialisés auxquels Rav AZIMOV ne fait pas partie. Il n’a jamais voulu entrer dans une activité commerciale, qui peut générer des conflits, en premier lieu des conflits d’intérêts.

Nos membres trouvent dans la cacherout Glatt du Consistoire certains produits totalement adaptés à nos exigences halakhiques.

Donc sur ce point, la cacherout du Consistoire nous convient.

RELATION AVEC LES INSTITUTIONS.

Quelles relations entretenez-vous avec les autres institutions juives ?

Nous avons des relations sereines et fructueuses avec toutes les institutions. Et certains de nos membres nous y représentent depuis des années.

LES JUIFS DE France.

Quel avenir ont les juifs de France, notamment après les derniers épisodes de l’ abattage cacher appelé à tort abattage rituel et la Brith-Milah?

Le regard que la France a d’Israël a beaucoup changé, notamment avec la nouvelle gauche, et l’antisionisme qui reste le faux-nez de l’antisémitisme. Les problèmes liés à la cacherout où à la Brit-Milah sont des épouvantails que l’on utilise pour surfer sur des problèmes qui concernent plus l’islam que les juifs.

Cela passera, je l’espère, même si la remise en cause de principes fondamentaux du judaïsme est douloureuse à cause du passé auquel cela nous renvoie. Cela fait plus de deux millénaires que les juifs sont en Europe, et il nous faut davantage nous occuper de leur attachement au judaïsme que leur faire peur inutilement.

ISRAËL.

Quelle place a Israël dans la vision Loubavitch ?

Israël a une centralité incontestable, mais la Communauté juive dans le monde a encore devant elle un avenir. Israël joue un rôle majeur et de plus en plus prédominant. Néanmoins, nous avons encore beaucoup de travail à accomplir en dehors d’Israël et en Israël, pour continuer à parfaire le peuple juif. Trop de juifs en Israël et en dehors sont loin des valeurs de la Torah.

Mais le Mashiah fera son travail, de les ramener en Israël. Pour l’instant, il nous faut continuer notre mission avec chaque jour une ardeur renouvelée.

Note : je vois que nous terminons avec le Mashiah, c’est donc bien la fin et la finalité de notre entretien.

Merci Monsieur André TOUBOUL.

Moshé COHEN SABBAN – JForum.fr

1 COMMENT

  1. Les loubavitchs font un travail colossale!! et d’ailleurs c’est la force du consistoire actuel, ils travaillent avec la même méthode que les loubas, regardez au service éducatif (le Talmud Torah) et à la Hazac (mouvement de jeunesse) ou les directeurs sont des loubavitchs, le travail qui a été fait par le consistoire sous l’égide de Joel Mergui dans ces domaines ces dernières année est formidable.

    Hazac!! et continuez!!

  2. {{J’ai un très grand respect pour les Loubavitchs .}}

    {{Je n’en fait pas partie mais si j’étais des leurs j’en aurai été très fier .
    Malheureusement je suis loin d’avoir leurs connaissances et leur savoir.}}

    {{ {{Comme tous les religieux qui ont traversé la douloureuse Histoire du Peuple Juif ils représentent une lueur d’espoir , de courage et de savoir .}}

    {{Ceux qui se moquent d’eux , qu’ils réfléchissent avant}} .

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