Les Juifs et l’excès de zèle (Vidéo).

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Cela aurait dû être un jour de joie. Les Israélites avaient achevé la construction du Michkan, le sanctuaire. Depuis 7 jours, Moïse achevait les préparatifs pour sa consécration. 1″>Article original

19 Adar II, 5774. Chemini. Shabbat Para (5774)Maintenant, le huitième jour –le premier Nissan, 2″>Article original un an s’était « écoulé, depuis le jour où les Israélites ont reçu leur premier commandement, deux semaines avant l’exode – le service du sanctuaire était sur le point de commencer. Les Sages disent qu’au Ciel, c’était le jour le plus joyeux depuis la création. 3″>Article original

Mais, la tragédie a encore frappé. Les deux fils aînés d’Aaron « ont offert un feu étranger, qui n’avait pas été ordonné » (Lev. 10: 1) et le feu du Ciel qui aurait dû consumer les sacrifices, les a consumés, eux aussi. Ils en sont morts. La joie d’Aaron s’est transformée en deuil. Vayidom Aharon, “ Et Aaron était devenu mutique » (10:3). L’homme qui avait été le porte- parole de Moïse ne pouvait plus parler. Les mots se transformaient en cendres dans sa bouche.

Il y a bien d’autres choses, dans cet épisode, qui est si difficile à comprendre, et ce trop-plein de sens renvoie au concept de sainteté et aux énergies créatrices qui la libèrent, comme aujourd’hui, l’énergie nucléaire, qui peuvent être meurtrières si elles ne sont pas correctement utilisées. Mais il existe également une histoire plus humaine, qui concerne deux approches de l’art de gouverner, qui résonne encore en nous, aujourd’hui.

Tout d’abord, il y a l’histoire qui concerne Aaron. Nous avons lu de quelle façon Moïse lui a demandé d’inover dans son rôle en tant que grand prêtre. « Moïse dit (ensuite) à Aaron, « Approche de l’autel, prépare ton offrande d’expiation et brûle-la, en t’acquittant, ainsi que le peuple. Prépare ensuite, l’offrande du peuple pour qu’il puisse s’acquitter, comme Hachem l’a ordonné. (Lev. 9: 7).

Les sages ont perçu une nuance dans les mots, « Approche de l’autel », comme si Aaron se tenait debout à une certaine distance de lui, et qu’il était réticent à s’en approcher. Ils disent : « Initialement Aaron avait trop honte pour s’en approcher. Moïse lui dit, « N’aies pas honte. C’est ce pour quoi tu as été choisi”. 4″>Article original Pourquoi ou, plutôt, de quoi Aaron avait-il honte ? La tradition donne deux explications, toutes deux apportées par Nahmanide dans son commentaire de la Torah. La première, c’est qu’Aaron était, tout simplement, bouleversé par l’anxiété de devoir se trouver si proche de la présence Divine. Les rabbins l’ont comparé à la jeune mariée d’un Roi, nerveuse à l’idée d’entrer, pour la première fois, dans la chambre nuptiale.

La seconde, c’est qu’Aaron, voyant les « cornes » de l’autel, s’est rappelé du veau d’or, son grand péché. Comment pouvait-il, lui qui avait joué un rôle déterminant dans ce terrible évènement, prendre, à présent, le rôle d’acquitter le peuple pour ses péchés ? Cela exigeait certainement une innocence qu’il avait, désormais, perdue. Moïse a dû lui rappeler que c’était, justement , pour expier les péchés que l’autel avait été conçu, et que le fait même qu’il avait été choisi par Hachem pour être grand prêtre, était un signe sans équivoque signifiant qu’il avait été pardonné.

Il existe peut-être une troisième explication, bien que d’ordre moins spirituel. Jusqu’à présent, Aaron a été, à tous égards, le second de Moïse. Oui, il avait été à ses côtés, tout au long du parcours, pour l’aider à s’exprimer et à diriger. Mais il existe une énorme différence psychologique, entre être le commandant en second, et devenir un chef à part entière. Nous connaissons tous, probablement, des exemples de personnes qui sont douées de grandes qualités d’assistance, mais qui sont terrifiées par la perspective de devoir diriger par eux-mêmes.

Quelle que soit l’explication qui est la vraie – et peut-être qu’elles le sont toutes – Aaron était réticent à endosser son nouveau rôle, et Moïse a dû lui donner confiance en lui-même. « C’est pour cela que tu as été choisi ».

L’autre histoire est tragique, c’est celle des deux fils d’Aaron, Nadav et Avihou, qui « ont offert un feu étranger, qui n’avait pas été ordonné ».

Les sages ont proposé plusieurs interprétations de cet épisode, toutes fondées sur une lecture fidèle à plusieurs endroits dans la Torah où il est fait allusion à leur mort. Certains ont dit qu’ils avaient bu de l’alcool. 5″>Article original D’autres ont dit qu’ils étaient arrogants, et qu’ils se considéraient eux-mêmes comme au-dessus de la communauté. C’était la raison pour laquelle ils ne s’étaient jamais mariés. 6″>Article original. Certains ont dit qu’ils étaient coupables d’avoir donné une règle de halakha concernant l’utilisation du feu déclenché par l’homme, au lieu de demander à leur enseignant Moïse si cela était autorisé. 7″>Article original D’autres ont dit qu’ils étaient agités et impatients en présence de Moïse et de Aaron. Ils se disaient : quand est-ce que mourront ces deux hommes âgés et que ce sera à notre tour de diriger l’assemblée des fidèles ? 8″>Article original

Cependant, en lisant cet épisode, il semble clair qu’ils étaient impatients de gouverner. Emportés par leur enthousiasme de pouvoir jouer un rôle au cours de l’inauguration, ils ont fait quelque chose qui n’avait pas été ordonné par Hachem. Après tout, Moïse n’avait-il pas, lui aussi, fait quelque chose de sa propre initiative, à savoir, quand il a brisé les tables de la loi après être redescendu du Mont Sinaï et qu’il a vu le veau d’or ? S’il pouvait agir de façon aussi délibérée et spontanée, alors, pourquoi pas eux ?

Ils ont oublié la différence entre un prêtre et un prophète. Un prophète vit et agit dans le temps – à ce moment qui est très différent de tout autre. Un prêtre agit et vit dans l’éternité, en suivant un ensemble de lois qui ne change jamais. Toute chose qui concerne « la Sainteté », le royaume du prêtre, est écrite, codifiée précisément par avance. Le Sacré est le lieu où Hachem décide et non pas l’homme.

Nadav et Avihu ont totalement échoué à comprendre qu’il existe différentes sortes de façon de gouverner et qu’elles ne sont pas interchangeables. Ce qui est approprié pour l’une peut être complètement inapproprié pour l’autre. Un juge n’est pas un homme politique. Un roi n’est pas un premier ministre. Un leader religieux n’est pas une célébrité en quête de popularité. Confondez ces rôles et, non seulement, vous échouerez. Vous ferez du tort à la charge-même pour laquelle vous avez été choisi.

Le contraste réel, ici, toutefois, réside dans la différence entre Aaron et ses deux fils. Ils étaient semble-t-il, très opposés. Aaron était trop prudent et il a fallu toute la persuasion de Moïse pour le convaincre de commencer. Nadav et Avihu n’étaient pas suffisamment doués de prudence. Aussi impatients se sont-ils montrés, à mettre leur propre empreinte sur le rôle de la prêtrise, que leur impétuosité a provoqué leur chute .

Ce sont là, éternellement, les deux défis que les chefs doivent surmonter. Le premier est la réticence à guider. Pourquoi, moi ? Pourquoi devrai-je m’impliquer? Pourquoi devrai-je endosser des responsabilités et tout ce qui va avec – le stress, le dur labeur, et les critiques auxquelles les chefs doivent toujours faire face ? En plus de cela, il y a d’autres personnes plus qualifiées et qui conviennent mieux que moi. Même les plus grands ont été réticents à diriger. Moïse au buisson ardent, a trouvé mille raisons pour prouver qu’il n’était pas l’homme de la situation. Isaïe et Jérémie ne se sentaient pas du tout à la hauteur.

Appelé à diriger, Jonas s’est enfui. Le défi était réellement trop décourageant. Mais lorsque vous ressentez comme un appel à mener une mission, si vous savez que cette tache à accomplir est nécessaire et importante, alors vous ne pouvez rien faire d’autre que de dire : Hineni « Je suis là ». Selon les termes du titre d’un livre célèbre, vous devez « ressentir la peur et le faire quand même ». 9″>Article original

L’autre défi est à l’opposé. Il y a des personnes qui se perçoivent, tout naturellement, comme des chefs. Elles sont convaincues qu’elles peuvent le faire mieux que les autres. Nous nous rappelons, ici, la célèbre remarque du premier président d’Israël, Chaim Weizmann, disant qu’il était à la tête d’une nation d’un million de présidents .

Avec un certain détachement, cela semble si simple. N’est-il pas évident que le chef devrait être X, et non Y ? L’Homo Sapiens comporte tellement de conducteurs depuis les sièges arrière qui savent mieux que ceux dont les mains sont sur le volant ! Mettez-les en position de diriger et ils sont surtout capables de causer d’énormes dégâts.

Sans jamais avoir été assis à la place du conducteur, ils n’ont pas idée du nombre de considérations qui doivent être prises en compte, du nombre de voix d’opposition et d’obstacles à surmonter, combien il est difficile, en un seul et même temps, de faire face à la pression des évènements sans perdre de vue les idéaux et objectifs à long terme.

John F. Kennedy a dit que le pire choc qu’il a subi, lorsqu’il a été élu Président, s’est produit « quand nous sommes allés à la Maison Blanche, et nous avons découvert que la situation était, en réalité, aussi mauvaise que nous disions qu’elle l’était ». Rien ne vous prépare aux pressions propres au leadership, lorsque les enjeux sont très élevés.

Les chefs trop enthousiastes et trop sûrs d’eux-mêmes peuvent causer de gros dégâts. Avant de devenir des chefs, ils comprenaient les évènements à travers leur propre point de vue. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que l’art de gouverner nécessite de prendre en compte de très nombreuses perspectives, de nombreux groupes d’intérêt et tant de points de vue si différents. Cela ne signifie pas que vous cherchez à satisfaire tout le monde. Ceux qui procèdent de la sorte finissent par ne contenter personne. Mais vous devez consulter et persuader.

Parfois, vous devez honorer un prédécesseur et les traditions d’une institution particulière. Vous devez savoir très exactement quand vous agissez comme vos prédécesseurs l’ont fait et quand ce n’est pas le cas. Tout cela appelle un jugement bien pesé, et pas un enthousiasme sauvage et démesuré, sous l’impulsion du moment.

Nadav et Avihu étaient sûrement des types super. Le problème était qu’ils pensaient être des personnes importantes. Ils n’étaient pas comme leur père Aaron qu’on a dû persuader de s’approcher de l’autel, parce qu’il ne se sentait pas à la hauteur. La seule chose dont manquait Nadav et Avihu était la conscience de leur propre inaptitude. 10″>Article original

Pour faire de grandes choses, nous devons être conscients de ces deux tentations. L’une est la peur de s’approcher de la grandeur : qui suis-je donc ? L’autre est d’être déjà convaincu de votre grandeur : qui sont-ils donc ? Je peux le faire mieux qu’eux. Nous pouvons réaliser de grandes choses si :

(a) la mission compte plus que la personne

(b) nous voulons faire de notre mieux sans nous croire supérieurs aux autres,

et (c) nous sommes censés tenir compte des conseils, chose que Nadav et Avihu n’ont pas réussi à faire.

Les gens ne deviennent pas des chefs parce qu’ils sont (ou, plutôt, se croient) les plus grands. Ils deviennent importants parce qu’ils ont la volonté de servir en tant que chefs. Cela n’a pas d’importance que nous pensions ne pas être à la hauteur. Ainsi était Moïse. Ainsi était Aaron. Ce qui compte, c’est la volonté, lorsque le défi se présente à nous et nous appelle, de savoir dire : Hineni , « Je suis là ».

Grand Rabbin et Lord Jonathan Sacks

rabbisacks.org/shemini-5774 Article original

Adaptation : Florence Cherki & Marc Brzustowski.

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1″>Article original As described in Exodus 40.
Comme décrit dans l’Exode 40.

2″>Article original Voir Exode 40: 2.

3″>Article original Megilla 10b.

4″>Article original Rashi to Lev. 9: 7, quoting Sifra.

5″>Article original Vayikra Rabbah 12: 1; Ramban to Lev. 10:9

6″>Article original Vayikra Rabbah 20: 10

7″>Article original Eruvin 63a

8″>Article original Sanhedrin 52a

9″>Article original Susan Jeffers, Feel the Fear and Do it Anyway, Ballantine Books, 2006

10″>Article original Le compositeur Berlioz a dit, un jour, d’un jeune musicien : « Il sait tout. La seule chose qui lui manque, c’est l’inexpérience »

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Paracha Chemini – 8 fois 8 – par le Rav Yossef David Cohen, de Levallois.

Pninat Hahalakha

Question : D’après nos Sages, une des raisons qui a causé la mort de Nadav et Avihou, les fils de Aaron, est qu’ils ont osé enseigner la halacha en présence de leur maître Moïse. D’où vient la gravité de cette faute ?

Réponse : En effet, Rachi rapporte un enseignement du Talmud ( traité de Erouvim p63a ) au nom de Rabbi Eliezer : « c’est pour avoir enseigné la halacha en présence de leur maître Moïse que les enfants de Aaron sont morts « .

Dans son commentaire sur la Torah, l’auteur de Torah Temimah explique que Nadav et Avihou amenèrent un feu étranger pour offrir de l’encens sur l’autel d’or, alors qu’ils auraient dû prendre des braises de l’autel des holocaustes et en cela ils se trompèrent, omettant de poser la question à leur maître, Moïse (Vayikra 10,2).

Dans cette même guemara, est rapportée que Rabbi Eliezer avait un élève du nom de Yehouda ben Gouria qui lui aussi osa décider d’un cas de halacha en présence de son maître sans le consulter. Lorsque l’on apporta ce fait à Rabbi Eliezer, il réagit en disant à sa femme « cela m’étonnerait qu’il termine son année  » ce qui effectivement arriva !

La raison de la gravité de cet interdit est le respect que l’on doit porter aux Sages et aux Maitres de la Torah, de qui on tient toute notre science. Enseigner ou décider de la halacha en présence de son maître ou se comporter comme si on tenait la science de la Vérité sans avoir besoin de lui, revient à dire que son propre esprit suffit, sans la nécessité d’une Tradition, transmise de maître à élève.

Etre investi de cette autorité par ses maîtres, permet à l’élève de s’inscrire dans la lignée de ceux qui sont habilités à faire partie de cette ligne continue, qui nous conduit de notre maître Moïse, jusqu’à nos jours.
Le Choul’han Aroukch ( Yorei Dea 242 ) enseigne les détails d’application de cette loi, comme le fait que cela ne concerne pas le fait de citer ce qui est déjà inscrit dans les livres des Poskim ( ibidem 9 ).

Néanmoins le principe essentiel reste en vigueur : consulter les Sages et les Maîtres de la Torah est ce qui maintient cette Torah comme étant une Torah de vie, insufflant à ce peuple éternel une sagesse divine et pas seulement humaine. Harav Yehouda Ben Ichay

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