Le pétrole, facteur de paix en Judée-Samarie?

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Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

Le 8 octobre 2013, la banque mondiale a rendu son rapport sur l’économie palestinienne. Selon elle, le contrôle à hauteur de 60 % de la Judée-Samarie/Cisjordanie par Israël et l’impossibilité pour les palestiniens d’accéder aux terres agricoles et d’exploiter les ressources naturelles (terres agricoles, nappes phréatiques, carrières, sites archéologiques et touristiques) qui s’y trouvent, priveraient les palestiniens de 3,4 milliards de dollars par an.

La Banque Mondiale impute ainsi à Israël, les difficultés pour les palestiniens de disposer d’un état économiquement viable. Elle préconise donc une plus grande liberté de circulation des palestiniens dans la zone C, et une co-exploitation des richesses locales pour augmenter le Produit intérieur brut palestinien de 34%.

Cette analyse désigne Israël comme responsable de la paralysie économique des palestiniens et le considère comme un frein à leur développement étatique. L’analyse est en réalité partisane dans la mesure où les accords d’Oslo ont réservé à Israël le contrôle de la zone C, c’est-à-dire le droit d’y construire, d’y habiter et d’exploiter les richesses. Israël n’est donc pas responsable des choix des dirigeants palestiniens, ni de leur incapacité à privilégier l’économie, au lieu de se focaliser sur leur idéologie.

Le champ pétrolifère de Meged 5, situé en Judée-Samarie/Cisjordanie entre Rosh Yayyin et le village palestinien de Rantis à proximité de Ramallah, pourrait en réalité, apporter une solution intéressante pour le rapprochement économique des parties.


Givot-Olam Megued 5.

Outre les gisements situés au large des côtes israéliennes, le site pétrolifère de Meged 5 devrait faire d’Israël, un pays producteur et exportateur de pétrole, en 2016. La société de prospection pétrolière Givot Olam a vu la valorisation de ses titres augmenter de façon exponentielle avec ses réserves, initialement estimées à 1.5 millions de barils, récemment réévalués à 3.50 millions de barils. Or, la banque Mondiale n’intègre pas le champ pétrolifère de Meged 5 dans les ressources naturelles palestiniennes compte tenu de son emplacement dans la Zone C (sous contrôle exclusif israélien). L’exploitation du pétrole en Zone C revient donc bien à Israël, d’autant que la Cour suprême d’Israël a validé la pérennité des sociétés israéliennes en zone C. (Elle a jugé, en 2011, qu’une douzaine de sociétés israéliennes pouvaient continuer l’extraction de la pierre pour la construction dans les carrières de la zone C, puisque la présence israélienne n’est pas temporaire mais bien « prolongée »).

Depuis l’ouverture du site de Meged 5 en 2011, la société pétrolière Givet Olam a vendu ce pétrole pour près de 40 millions de dollars. Or, comme les réserves se situent à la fois sur des terres de la zone C contrôlées par Israël mais également dans les territoires sous contrôle palestinien, il conviendrait de saisir de l’occasion pour organiser un véritable partenariat économique avec les palestiniens pour l’exploitation des gisements situés en zone palestinienne.

Les palestiniens y sont pour l’heure opposés. Ils dénient à Israël le droit d’exploiter le site car si Meged 5 se trouve à quelques douzaines de mètres à l’intérieur de la ligne verte, ils considèrent que le contrôle israélien des terres de la bande C de la Judée-Samarie/Cisjordanie n’a pas lieu d’être, et que l’intégralité du territoire devrait leur revenir tout comme les richesses pétrolifères qui s’y trouvent. L’AP soutient même qu’Israël mène « une guerre économique » contre les Palestiniens. En 2012, le Ministre de l’environnement palestinien menaçait alors de poursuivre Israël devant les instances internationales en raison des actes unilatéraux de Meged 5.

Pour sa part, Sylvan Chalom, Ministre israélien de l’Energie et de l’eau admet que les réservent se situent pour partie en zone C (sous contrôle israélien), mais qu’elles s’étendent sur une surface de 125 à 250 m2 en Cisjordanie, dans les territoires sous contrôle palestinien.

Pourquoi Israéliens et Palestiniens ne profiteraient-ils pas de l’occasion pour exploiter ensemble les ressources pétrolières situées en territoires sous contrôle palestinien? Israël se chargerait alors de l’exploitation et reverserait les produits sous déduction du coût de la prestation.

C’est d’ailleurs ce que prévoient les accords d’Oslo : israéliens et palestiniens ont l’obligation de coordonner leurs opérations pour ce qu’il en est de l’exploitation des richesses naturelles situées sur les territoires sur lesquels il y a une souveraineté partagée. Si Givat Olam fore les territoires palestiniens, les parties pourraient partager les profits. Il suffirait de lancer une « joint venture » qui pourrait se nommer « le pétrole de la paix » chargée de la co-exploitation du pétrole palestinien.

Une telle « Joint venture » cadrerait également avec les propos du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour qui il est préférable de mener « une paix économique » avec les Palestiniens dans les territoires disputés, plutôt que des démarches diplomatiques.

Cette initiative ne s’opposerait pas non plus aux objectifs du Ministre du développement de l’eau de l’énergie et de la coopération, favorable au développement des implantations juives dans la Zone C, ni à ceux de Naftali Bennett, ministre du Commerce et de l’Industrie, leader du parti Foyer national juif, et partisan d’une l’annexion officielle de la Zone C par Israël.

John Kerry, secrétaire d’État des États-Unis, relance les discussions de paix entre Israël et les Palestiniens depuis quelques mois et a promis à l’AP qu’il contribuerait à élever de 4 milliards de dollars les investissements dans l’économie palestinienne. Il se fourvoie, néanmoins, lorsqu’il imagine que ces investissements doivent se faire sur des projets en zone C : les palestiniens doivent développer les terres qu’ils contrôlent (sans qu’il ne soit nécessaire de déshabiller Paul pour habiller Jacques).

Les palestiniens s’imaginent qu’Israël procèdera, en Cisjordanie, comme il l’a fait en Egypte : en 1975, Israël exploitait les champs d’Abu Rudes et les champs d’Alma dans la péninsule du Sinaï (conquise durant la guerre de 1967), qui fournissait les deux-tiers de ses besoins avant de les restituer à l’Egypte lors de la signature des accords de paix de Camp David en 1979. Dans le cadre des accords de paix avec les palestiniens, Israël ne renoncera pas à la zone C au profit des palestiniens.

Il faut donc privilégier la paix économique. Par ailleurs, si l’expérience de la co-exploitation du pétrole palestinien fonctionne, rien n’interdira d’étendre la principe à la co-exploitation des gisements de gaz naturel en Méditerranée. Avec les deux gisements de Tamar et Leviathan, Israël va exporter son gaz en 2016. Or, les Palestiniens ont également localisé leur propre champ de gaz, au large de Gaza, et Israël leur en a donné l’accord d’exploitation Article original. Reste encore à s’accorder sur les modalités d’acheminement de ces ressources naturelles, via Israël et le port d’Ashdod. Dans le cadre d’un accord de paix avec les palestiniens, rien n’empêchera un partage des moyens humains et financiers et des profits en résultant.

D’ailleurs, les Palestiniens restent dépendants d’Israël pour répondre à leurs besoins énergétiques puisque qu’Israël limite, depuis 2009, l’accès des Palestiniens aux eaux maritimes de Gaza de vingt à trois miles nautiques, mais a intégré les gisements de gaz au large de Gaza dans les installations offshore palestiniennes. Après avoir lancé le « pétrole de la paix » avec les palestiniens du Fatah, il suffira de passer « au gaz de la paix » avec les palestiniens, quand ils se seront débarrassés du Hamas.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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