Le Tammuz, fidèle gardien de la frontière Nord

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Du fait de l’usage présumé d’armes chimiques par les forces d’Assad, qui plonge le conflit syrien dans un nouveau pic d’alerte vers le pire, le missile Tammuz apporte une ligne de défense vitale pour la frontière nord.

Au cours de la Seconde guerre du Liban, qui s’est terminée il y a sept ans, ce mois-ci, une équipe de reconnaissance de Tsahal, retranchée dans le sous-sol, au-delà de Rashef, au Sud-Liban, avait pour double mission, de retransmettre les renseignements concernant ce village au commandement de la division, et, si nécessaire, de répliquer directement au feu de l’ennemi.

Après plusieurs jours de tranquillité, le commandant de l’unité a repéré les activités du Hezbollah, dont un motocycliste armé allant et venant de ce qui s’est révélé être une structure de commandement. Il a communiqué par radio avec la force aérienne, pour demander qu’une frappe soit opérée, mais on lui a répondu que les forces aériennes israéliennes était engagées ailleurs. Au lieu de quoi, l’officier des forces spéciales, qui avait travaillé de façon répétée avec l’aviation, durant ses années de services au Sud-Liban, a été re- basculé et mis en contact avec le standard d’un bataillon d’artillerie.

L’officier a fourni les coordonnées exactes de la structure. Les obus sont tombés dans un terrain vague. « Manqué ! », a-t-il rapporté.

La batterie d’artillerie a déclenché plusieurs tirs. « Vous l’avez encore manquée », leur a-t-il confirmé.

Cela s’est répété plusieurs fois jusqu’à ce que, finalement, l’officier d’artillerie dise au Commandant de la zone de combat que les obus avaient atterri à plusieurs centaines de mètres des coordonnées fournies et que, dans ces circonstances, on devait les considérer comme une frappe directe, que, par conséquent il avait rempli sa mission et qu’il faisait mouvement vers d’autres cibles.

L’officier des forces spéciales, qui savait que l’une des brigades de la division était sur le point d’investir très bientôt le village, n’a rien pu faire que de hausser amèrement les épaules et répété que la structure n’avait même pas été égratignée.

Aujourd’hui, affirment les officiers d’artillerie, ce type de scénario est, de plus en plus, improbable. Le corps d’artillerie, auparavant amoindri, a gonflé ses effectifs de 30%, au cours des 4 dernières années, et aujourd’hui, il se perçoit comme bien plus qu’un simple mécanisme de soutien pour les troupes de la ligne de front. En plus du drone Skylark portable, qui est géré par un fantassin et le réseau de radars pour cibler et tirer, il a changé d’objectif, qui ne consiste plus à pulvériser des cibles avec des obus à trajectoire courbe, mais à lancer des roquettes guidées –un changement qui a commencé au cours de la Seconde guerre du Liban et n’a fait que s’intensifier dans l’intervalle.


Un soldat s’entraînant avec un mini-drone maniable Skylark (courtoisie crédit photo : Unité du Porte-Parole de Tsahal.

“Ce corps n’est pas en train d’opérer un changement significatif – il l’a déjà réalisé”, a déclaré le Major Efi Mizrachi, le chef instructeur de l’Ecole d’artillerie de terrain, qui s’est confié au Times d’Israël au cours d’un exercice récent.

La raison fondamentale de ce changement est que l’artillerie, dont l’efficacité a atteint un pic dans l’horreur durant la guerre des tranchées de la 1ère Guerre Mondiale, est inadapté au champ de bataille moderne du Moyen-Orient, où des escouades d’hommes en armes et de lanceurs de roquettes se dissimulent parmi les civils, et où les cercles dirigeants d’organisations terroristes, comme le Hamas et le Hezbollah tirent leur influence de chaque mort civile dans la promotion de leur cause.

Le chef d’Etat-Major, le Lieutenant-Général Benny Gantz, a habilement, résumé la situation, en mars, lorsque, durant un exposé à l’Institut des Etudes pour la Sécurité Nationale à Tel Aviv, il a déclaré que, dans le passé, un commandant aurait entouré les zones de résidence des populations civiles sur la carte et se serait assuré que les opérations de combat se déroulent au-delà de ces zones. Aujourd’hui, a-t-il dit, c’est très exactement à l’intérieur de ces cercles qu’on doit lancer les opérations de combat. « Nous n’avons plus le privilège de ne pas avoir à nous débrouiller avec cela », a-t-il déclaré.

“Si je ne dispose pas d’une artillerie de précision, je ne tire pas. Peut-être l’ont-ils fait par le passé, mais il y a des civils partout. Il n’y a aucune place pour une arme « statistique ».

Depuis lors, Gantz a dévoilé un changement dramatique dans les plans de Tsahal, pour l’avenir, focalisé sur les capacités d’engins de renseignement aériens, navals et terrestres, aux côtés d’autres systèmes avancés, qui permet de préserver le personnel des troupes blindées et de l’artillerie.
Pour Israël et le corps d’artillerie de Tsahal, le problème, consistant à combattre un ennemi dissimulé au cœur d’une population civile a surgi à la surface au cours du siège de Beyrouth, en 1982, et il est devenu encore plus central et déterminant, dans tous les conflits qui ont suivi. Au Sud-Liban, en avril 1996, au cours de l’opération « Raisins de la Colère », une force sous le commandement de l’actuel Ministre de l’Economie, Naftali Bennet, a appelé une couverture de l’artillerie, lorsqu’elle se trouvait sous le feu ; quatre des obus ont atterri près d’une base de l’ONU – sa proximité servant comme un atout tactique majeur pour le Hezbollah – et l’opération s’est terminée par la mort de 102 civils et plus de 100 blessés, y compris 7 employés de l’ONU. Israël a alors brutalement stoppé l’opération toute entière.

A Gaza, et particulièrement, durant l’opération Plomb Durci, en 2008-2009, ce qu’on a prétendu être le taux élevé de morts civils, parmi lesquels se dissimulait un grand nombre de combattants (au moins les 2/3) a représenté une menace, non seulement pour l’opération en elle-même, mais pour la position internationale d’Israël en soi.

Un officier supérieur du Commandement du Sud, scrutant la densité du paysage urbain de Bet Lahiya, a confié au Times d’Israël, au cours d’une récente tournée de la frontière de Gaza que : « Si je n’ai pas d’artillerie extrêmement précise, je ne déclenche pas le tir. Peut-être l’ont-ils fait par le passé, mais il y a des civils partout. Il n’y a pas place, ici, pour un armement à résultats statistiques (aléatoires) ».

La même chose est vraie, le long de la frontière syrienne, où Israël a continué, depuis plus de deux ans, de surveiller une guerre cruelle qui n’a de cesse de s’amplifier – et qui a atteint un nouveau paroxysme, mercredi, avec l’utilisation présumée d’armes chimiques par les forces du régime, qui a fait des centaines de morts.

Israël n’a pas été parfaitement immunisé, à l’égard de ce conflit et a répliqué à plusieurs tirs transfrontaliers sur les Hauteurs du Golan, à au moins 4 occasions. Chaque fois, Tsahal a fait usage du missile Tammouz. C’est un missile équipé d’un GPS, guidant le servant de la pièce d’artillerie hors de portée optique et le Tammouz peut être monté sur un véhicule blindé transportant des soldats, voir même être transporté à pied vers le champ de bataille. Avec une portée maximale de 25 kms, c’est devenu l’arme porte-étendard du corps d’artillerie – le symbole de cette transformation, qui va d’un soutien à l’échelon des lignes arrière jusqu’à ce qu’un Commandant de l’unité, le Capitaine A., équivaut, selon ses propos lors d’un entretien téléphonique, « à la puissance de précision de l’armée de l’air mis au service des troupes au sol ».

En fait, le Général de Brigade David Suissa, l’ancien Commandant du corps d’artillerie, a déclaré à Walla news, l’an dernier, que le corps d’artillerie, qui, sur le plan numérique est encore dominé par le 155 mm vieux de 40 ans et les canons type 109M, mais il se dirige, de plus en plus, vers des systèmes de lance-roquettes MLRS guidés par GPS et des missiles Tammuz, qui ont entrepris « une révolution qui sera amené à l’avant-scène durant la prochaine guerre ». Le Tammuz a étendu ses occasions d’utilisation, lors de la Seconde Guerre du Liban, mais le cœur de la puissance de feu de Tsahal restait encore les vieux canon de 155 mm).
Le Tammuz, déclassifié en 2011, est le premier missile développé pour gagner le combat contre des divisions blindées en mouvement. Le Colonel Benny « Benga » Beit-Or, un ingénieur qui a occupé le poste de directeur de développement de l’armement des forces terrestres de Tsahal, a envisagé son concept comme un chasseur de division de tanks, équipé de missiles de longue portée, capable de suivre à la trace et de frapper une cible extrêmement mobile. L’idée neuve était de contrer la supériorité quantitative de la Syrie en blindés. Tsahal est allé chercher Beit-Or, alors en réserve pour lui demander de mettre d’urgence à jour le projet.
Beit-Or a choisi le concept gagnant des systèmes de défense avancée Rafael et, en mai 1986, a désigné une nouvelle division chargée de manier l’arme appelée « La Fronde de David » – une indication claire de la façon dont il perçoit l’arme à la fois petite et vive, et son efficacité contre une masse impressionnante de blindés adverses. L’unité conscrite, charger d’opérer autour de ces missiles, s’est d’abord, appelée « Moran », puis « Meitar ».

Durant 5 ans, ces missiles hautement classifiés, conus sous le nom de Sike, en anglais, n’ont pas été destinés à entrer directement en service. Cela a changé au printemps 1992, lorsque le Lieutenant-Général Ehud Barak, alors chef d’Etat-Major, confie à son vieux camarade et chef d’unité, le Général de Brigade Amiram Levin, la mission que les officiers des opérations spéciales appellent souvent un « projet ». Dans ce cas, il s’agissait de l’assassinat de Saddam Hussein.

Levin, qui a poursuivi sa carrière à la tête du Commandement Nord et a occupé la fonction de directeur-adjoint du Mossad, a soulevé l’idée d’utiliser le missile Tammuz pour cette élimination ciblée. Le plan, comme l’a recemment exposé une émission sur Uvda news, était, soit d’attendre, voire de provoquer, la mort de l’oncle bien-aimé de Saddam Hussein, Talfah Hirallah, alors soigné dans un hôpital de Bagdad. Dès qu’il décéderait, ou serait, en tout cas, mourant, une unité d’élite des commandos serait entrée en Irak, se serait approchée de la ville natale de la famille Hussein, à l’extérieur de Tikrit, se serait positionnée dans les environs du cimetière local et aurait tué Saddam Hussein à l’aide d’un missile guidé Tammuz, alors qu’il serait immobile au-dessus de la tombe de son oncle.

Au Quartier-Général, “ils avaient compris qu’ils disposaient d’une arme qui savait comment mener une attaque d’une façon super-précise, sans causer de dommages indésirables, particulièrement, lorsque des terroristes opèrent dans un environnement civil ».

Ce plan a eu l’effet inverse que prévu, le 5 novembre 1992, alors qu’une grande partie du Commandement central en était témoin : les soldats de l’unité d’élite Sayeret Matkal ont tiré un missile chargé, au cours d’un galop d’essai et tué 5 de leurs camarades commandos.

Après cela, le projet de ce missile a été gelé durant 12 ans. C’est seulement en 2004, alors que Gantz servait en tant que Chef du Commandement du Nord et l’actuel Ministre de la Défense, comme Chef d’Etat-Major, que le missile, mis à l’écart de tout usage en temps de guerre, a été remis en service.

En novembre 2005, en représailles d’une opération de prise d’otage déjouée, du Hezbollah dans la ville frontalière de Rajar, les soldats de l’unité « Meitar » ont tiré un Tammuz pour la première fois, en pulvérisant deux positions avancées du Hezbollah. « En ce qui nous concerne, le barrage sautait, à l’Etat-Major, ils avaient compris qu’ils disposaient d’une arme qui avait le savoir-faire suffisant pour attaquer de façon extrêmement précise, sans causer le moindre dommage collatéral, particulièrement si les terroristes opèrent à l’intérieur d’un environnement civil », a confié le Lieutenant-Colonel A., de l’unité « Meitar », à Walla news.

Au cours de la Second Guerre du Liban (2006), de l’Opération “Plomb Durci” (2008-9) et de l’opération Pillier de Défense (2012), le Tammuz a souvent été l’acteur de tirs avec des effets dévastateurs. Le caporal A, un soldat de l’Unité, ayant récemment terminé sa formation et vient d’entrer en service opérationnel, a confié, lors d’une interview téléphonique, que « de 2006 à 2009, c’est nous qui avons éliminé le plus de terroristes, parmi toutes les unités de Tsahal, proportionnellement parlant ».

Des entretiens avec ce soldat et un commandant de compagnie de cette unité mettent en lumière la grande fonctionnalité opérationnelle et lors des entraînement de cette arme, à la fois offensive et défensive, que le Commandant de l’unité a décrit à Walla comme ayant la puissance et la précision d’une attaque d’hélicoptère « à la seule différence qu’ils doivent décoller, trouver la cible et encore se maintenir en l’air, puis presser sur le bouton et que nous n’avons qu’à appuyer sur le bouton ! »

Le capitaine A, commandant de compagnie dans l’unité Meitar, qui se consacre entièrement au missile Tammuz, déclare que, lorsqu’il a été recruté, il a recherché les soldats qui ont d’excellentes connaissances technologiques, capables de bien travailler avec les autres sous la pression et capables de naviguer et de passer de longues périodes intensives sur le champ de bataille.

En fonction de leurs aptitudes, les soldats sont ensuite subdivisés en deux équipes parallèles. Le Capitaine A les appelle : « l’équipe de guetteurs » et les « missilogistes » (à suivre…).

Par Mitch Ginsburg 22 août 2013, 1:19 pm 3

timesofisrael.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski

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