Le Printemps arabe a décrédibilisé Al-Jazeera et Al-Arabiya

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Leur allégeance au Qatar et à l’Arabie Saoudite s’est révélée au grand jour

Ceux qui gardaient un semblant d’illusion au sujet des chaînes satellitaires du Golfe ont fini par se rendre à l’évidence.

Tout a commencé lors des révoltes arabes, mais tout le long du conflit syrien et actuellement en Égypte, ces chaînes d’information en continu ont révélé qu’elles ne sont, en fait, que des porte-voix des monarchies qui les financent et qu’elles remplissent une mission de propagande, voire de subversion dans certains cas, mélangeant images truquées, avec plans choisis et parti pris flagrant dans des conflits, comme la Syrie, la Libye, la Tunisie et actuellement l’Égypte. Or, lorsqu’on est nombreux à faire le même boulot pour le compte de monarchies différentes, ça fait désordre. La couverture actuelle de la crise égyptienne entre Al-Jazeera et Al-Arabiya est en train de décrédibiliser ces deux chaînes qui, chacune a choisi de défendre un camp, en fonction des positions de leurs propriétaires de monarques. Les Saoudiens, comme les Émiratis, d’ailleurs, voyaient d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, qui allaient remettre en cause l’entreprise wahhabite consistant à favoriser les mouvements salafistes dans les pays arabes. Al-Arabiya a, donc, automatiquement, choisi le camp de l’armée égyptienne. Il n’en est pas de même pour le petit émirat du Qatar qui voulait voir grand et qui croyait avoir réussi un grand coup, après la Tunisie et l’Égypte et la Libye. Même si l’émir exécutant du plan “printanier” a été débarqué, avec son cousin de Premier ministre, son fils héritier n’a pas lésiné sur les moyens pour permettre à Al-Jazeera de soutenir les Frères musulmans et leur président déchu, Mohamed Morsi.

Des analystes arabes, cités par l’AFP, décortiquent cette couverture militante des deux chaînes du Golfe. “Les deux chaînes se préoccupent davantage de véhiculer les points de vue de leurs bailleurs de fonds que d’informer d’une manière professionnelle et objective”, estime l’analyste saoudien Abdallah Shamry. Le contraste a été clair dans la couverture des manifestations ayant conduit à l’éviction par l’armée, le 3 juillet, de Mohamed Morsi.

“Al-Jazeera et Al-Arabiya ont couvert ces évènements de deux manières diamétralement opposées”, indique Mohamed El-Oifi, spécialiste des médias arabes à l’université de La Sorbonne à Paris. Alors qu’Al-Arabiya retransmettait en direct les protestations des anti-Morsi sur l’emblématique place Tahrir au Caire, Al-Jazeera partageait son écran en deux, montrant côte à côte la célèbre place du Caire et un second lieu de la capitale égyptienne où étaient rassemblés les partisans du président islamiste. L’éviction de M. Morsi est qualifiée de “coup d’État contre la légitimité” par la chaîne qatarie mais appelée “deuxième révolution” par la chaîne saoudienne.

Pour M. Oifi, la couverture d’Al-Arabiya “est le reflet fidèle” de la position de l’Arabie saoudite, dont le roi a été le premier chef d’État étranger à féliciter le président intérimaire Adly Mansour qui a remplacé M. Morsi. Mais Al-Jazeera “a adopté une position plus hostile aux évènements du 30 juin que l’État du Qatar qui semble avoir, plus ou moins, accepté la chute de Morsi”, a-t-il ajouté. Par leur couverture récente de l’Égypte, les deux chaînes sont “en train de perdre leur crédibilité” au profit de chaînes concurrentes de langue arabe, comme France24, la BBC ou SkyNews, fait valoir M. Shamry. “Les deux chaînes ont proposé une couverture complète des évènements”, tempère l’universitaire koweïtien Saâd al-Ajmi.

“La différence s’est faite dans le choix des mots qui reflète les positions politiques” de chacune, ajoute cet ancien ministre de l’Information, estimant que “l’angle de prise de vue des images reflétait clairement les tentatives de grossir le nombre de manifestants d’un côté comme de l’autre”.

Par : Azzeddine Bensouiah

liberte-algerie.com Article original

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