Le Premier ministre est un homme seul

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Le Premier ministre israélien est un homme seul. Alors même qu’il bénéficie d’une relative popularité et qu’une majorité d’Israéliens, selon les sondages, estiment qu’il est de loin le plus apte à gouverner, très loin devant les autres candidats potentiels, son isolement politique frappe les yeux. A plus ou moins long terme, c’est une situation intenable. Chacun connait la solitude, celle que chantait Barbara, celle qui “nous fait des matins blêmes et de longues nuits désolées”. Pour les hommes d’Etat elle serait une nécéssité. “Les hommes de pouvoir ne doivent se rapprocher de personne”, affirmait il y a peu Vladimir Poutine.

Mais il faut distinguer entre la solitude glorieuse du preneur de decisions cruciales, sur qui reposera l’entière responsabilité d’une fatale erreur,et l’isolement de l’homme politique, que son entourage et les dirigeants de son propre parti ne soutiennent plus que du bout des lèvres. M.Netanyahou en est là. La session parlementaire qui vient de s’achever- la première de l’actuelle legislature- a révélé au grand jour l’ampleur du problème et surtout sa dangerosité. Le premier ministre israélien a su manoeuver, mais le plus souvent en bottant en touche. Il ne pourra pas le faire indefiniment, il le sait, tout le monde le sait. Qu’on en juge.

Le service militaire obligatoire des ulta-religieux: le Premier ministre aurait préféré laisser la situation en l’état, pour ménager ses fidèles alliés provisoirement écartés du pouvoir, mais il fallait bien satisfaire M.Lapid, le leader de Yesh Atid, dont “le service pour tous” avait été le principal cheval de bataille électoral. Il est vrai que la réforme ne doit prendre effet que dans quelques années et qu’ une prochaine majorité pourra peut-être amender ou même abroger la loi. Il n’en demeure pas moins

que le Premier ministre s’est trouvé contraint de soutenir une initiative dont il se serait bien passé et qui l’a amené, à son corps défendant, à couper les ponts avec les Haredim. La loi sur la gouvernance, et plus particulièrement la disposition portant à 4% le seuil d’éligibilité pour les listes se présentant aux élections: M.Nethanyahou n’a pas caché son peu d’enthousiasme pour une telle mesure, il s’est même laisse aller à le dire publiquement. Mais il ne pouvait rien faire, puisque son allié d’Israel Beitenou, M.Lieberman, voulait cette reforme.

La loi fondamentale sur la nécessité d’un referendum en cas de cession de territoires sous souveraineté israélienne : C’est son autre allié, M.Bennett du Foyer juif,qui menaçait de ne pas voter le Budget si cette mesure n’était pas adoptée. Que faire? Laisser faire. Dans un système politique fondé sur des coalitions, comme c’est depuis toujours le cas en Israël, il est normal que le parti au pouvoir, d’où est issu le Premier ministre, fasse des concessions à ses partenaires. Mais sans donner le sentiment qu’on lui a forcé la main. M. Nethanyahou se trouve dans la situation de ne pas pouvoir faire autrement.

Sa fragilité, son isolement, sont dus surtout à ses rapports complexes avec son propre parti ,le Likoud , qu’il ne contrôle plus tout à fait et où il apparaît, comparé à certains de ses députés, comme un dangereux gauchiste, c’est un comble !Aux élections de 2009, le Likoud avait remporté 27 sièges. Parmi ses députés M.Nethanyahou pouvait compter sur des modérés,

Dan Meridor, Benny Begin, Michael Eitan, l’ancien président de la Knesset Reuven Rivlin. Seul ce dernier a été réélu, les trois premiers ayant été écartés par les membres du parti au cours de primaires mouvementées. Malgré ses efforts, le Premier ministre n’était donc pas parvenu à conserver à ses côtés, au gouvernement, ceux qu’il considérait comme des hommes de confiance. La mutation du Likoud en parti nationaliste “dur” était achevée, au grand dam de M. Nethanyahou. Aujoud’hui le Likoud ne dispose plus que de vingt députés , un cinquième des sièges a la Knesset.Le groupe parlementaire (31 deputés ) comprend les 11 sièges du parti de M. Lieberman, Israel beitenou, que M.Nethanyahou ne contrôle donc pas directement,et qui pourrait, Lieberman dixit, reprendre son indépendance en novembre prochain.

C’est une situation que l’on peut résumer en une phrase désésperante : M.Nethanyahou n’a plus à qui parler. Dans son précédent gouvernement il disposait d’ un interlocuteur privilégié : Le ministre de la Defense Ehoud Barak, issu du parti Travailliste, avec lequel il passait de longues heures en tête à tête. M.Barak a quitté la vie politique.M. Nethanyahou n’a d’atomes crochus avec aucun de ses ministres actuels : il ne prend pas M. Lapid au sérieux, il ne supporte pas M. Bennett, son ancien chef de cabinet avec lequel il s’etait brouillé, il se méfie de Mme Livni, hier encore chef de l’opposition, qui le méprisait ouvertement . Un des rares hommes de confiance talentueux de son cabinet, Ron Dermer, a été nommé ambassadeur à Washington…

M. Nethanyahou a 63 ans. Il en est a son troisième gouvernement et affime que ce ne sera pas le dernier. Il n’a peut-être pas tort,mais à quoi bon être à la tête d’un pays si l’on se laisse gouverner?

Halperin est un journaliste israélien sur la chaîne parlementaire, ancien présentateur et chef du service étranger à la télévision publique.

Emmanuel Halperin/ I 24 NEWS Article original

1 COMMENT

  1. Je suis de l’avis de Armand Maruani: le poste de Bibi est très difficile.

    Non parce qu’il n’a pas la carrure, en fait il l’a bel et bien, mais à cause du paysage électorale que les Israeliens ont créé par leur vote. Que Bibi accepte les conditions de base des différentes composantes du gouvernement, conditions d’entrée dans la coalition, quoi de plus normal, on est en démocratie.

    Que souhaite l’auteur, d’avoir un autocrate à la tete d’Israel qui ne tienne aucun compte de l’opinion ?

    Je souhaite force et courage à notre leader, un des meilleurs du monde occidental, et lui adresse toute ma sympathie. Ne faisons pas comme en Europe où l’on dézingue nos élites: nous les avons choisie, respectons les !

  2. {{ { {{ {( suite )

    Avec tout le respect que je dois à notre Cher Bibi .
    L’un des Chefs d’Etat les plus brillants d’Israël .

    Un poste trés trés difficile . Nous sommes de tout coeur avec lui .} }} } }}

  3. L’article sur l’isolement de plus en plus grand du PM dans la coalition que dans son propre parti est évident et palpable. Mais à qui la faute ? – Au PM lui-même. Car il faut aussi constater qu’il n’a pas de politique cohérente ni de vision claire sur la situation véritable d’Israël. Israël apparait comme un navire qui chavire et qui prend eau. Le PM donne l’impression de vouloir colmater les trous, mais n’a aucun plan de navigation du navire. Cela explique qu’il a une coalition hétérogène et disparate. Chacun roule pour lui-même, les Lapid, Bennet, Livni, Liberman. Heureusement qu’il a dans son gouvernement aussi Yaalon qui est son bras droit dans le Gouvernement. Naturellement que la loi sur l’enrôlement des orthodoxes à l’armée était nécessaire, ainsi qu’un référendum sur tout accord avec les terroristes “palestiniens”.

  4. { {{ { {{Chacun connait la solitude, celle que chantait Barbara, celle qui “nous fait des matins blêmes et de longues nuits désolées”.

    Non, Jef, t´es pas tout seul

    Viens, il me reste trois sous

    On va aller s’les boire

    Chez la mère Françoise

    Viens, Jef, viens

    Viens, il me reste trois sous

    Et si c´est pas assez

    Ben il m’restera l´ardoise

    Puis on ira manger

    Des moules et puis des frites

    Des frites et puis des moules

    Et du vin de Moselle

    Et si t´es encore triste

    On ira voir les filles

    Chez la madame Andrée

    Paraît qu’y en a d’nouvelles

    On r’chantera comme avant

    On s’ra bien tous les deux

    Comme quand on était jeunes

    Comme quand c´était le temps

    Que j’avais d’l’argent

    Et si t´es encore triste

    Ou rien qu’si t’en as l’air

    J’te raconterai comment

    Tu d’viendras Rockefeller

    Allez viens Jef, viens

    Ouais! Ouais, Jef, ouais, viens!}} }

    Paroles de J. Brel}} }

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