La rumeur d’Haïti – Trafic d’organes d’Israël

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    Depuis quelques semaines une rumeur une rumeur court sur le net. Plus de 160 000 occurrences la concernent sur les pages francophones. Recherchez donc sur Google: « Haïti – organes – Israël ». Cette rumeur propage l’information suivante : les secours apportés en Haïti après le tremblement de terre par l’équipe médicale israélienne avait en fait pour objectif de prélever des organes sur les corps des blessés ou des cadavres. Les israéliens se livreraient à des trafics d’organes. Cette rumeur enfle, prend de l’ampleur. Elle a cessé d’être une rumeur, elle est devenue une information et fait désormais le tour de la terre à la vitesse de l’internet. En Grande Bretagne une radicale baronne anglaise gauchiste, se fait le porte parole de ces accusations.
    En France, le site du NPA du Finistère, le parti de Mr Besancenot a publié début février article portant sur les secours en Haïti qui reprenait cette information publiée le 26 janvier sur le site américain d’extrême gauche Counterpunch. Un article signé Bouthaina Shaaban, présentée comme conseillère de la présidence syrienne y écrivait:
    « L’aide aux victimes de catastrophes naturelles est devenue l’occasion de lancer des opérations de relations publiques ou de faire avancer quelques objectifs politiques et militaires inavoués. Les gens sont toujours victimes de séismes, de catastrophes, d’occupations, d’oppressions et de terrorismes. Ils sont victimes aussi de campagnes qui profitent de ces tragédies pour atteindre d’autres objectifs qui n’ont rien à voir avec le prix, l’importance, le caractère sacré ou la dignité de la vie humaine. A la suite de l’article du journaliste suédois Donald Boström sur l’assassinant de jeunes Palestiniens par l’armée israélienne pour prélever leurs organes, il y a eu d’autres articles dans les médias sur des enlèvements d’enfants Ukrainiens par des Israéliens dans le même but. Et une fois encore, des rapports documentés en provenance d’Haïti parlent de vols d’organes par des Israéliens tandis que la justice internationale reste impassible devant de telles pratiques criminelles contre une population vulnérable ».

    A aucun moment le site internet du parti de mr Besancenot n’a pris soin de vérifier au préalable la vérité des faits ni la qualité de l’auteur de ce premier article qui avait été recopié. Depuis une semaine une nouvelle note précise: « On peut en effet se révolter devant l’indifférence des israéliens face à Gaza alors qu’ils aident Haiti, mais l’accusation annexe de vols d’organes n’a eu aucun écho. Ne voulant pas diffuser de fausses nouvelles nous supprimons l’article entier… »
    On retrouve cependant cette rumeur reprise sur d’autres sites « altermondialistes » …

    Ainsi pendant quinze jours le site d’un parti politique qui se veut de gauche, marxiste, qui prétend fonder son projet sur une analyse de la réalité du monde, a propagé une rumeur moyenâgeuse, mensongère sans qu’aucune réflexion sur son premier geste, sans qu’aucune excuse sur le relais de la calomnie, ne soit présentée.

    Bien évidemment tous les réseaux islamistes ont fait écho à cette rumeur et continuent à le faire. Depuis plusieurs mois l’annonce du vol d’organes commis par des médecins israéliens, est présentée comme une évidence factuelle, comme une information sure. En septembre 2009, le quotidien algérien, très populaire, de langue arabe Al-Khabar, a fait état de l’existence d’un « gang juif » dirigé par un rabbin du nom d’Itshak Levi Rosenbaum ( pourrait on imaginer meilleur nom pour un coupable!) impliqué dans l’enlèvement d’enfants en Algérie dans le but de prélever leurs organes. Selon l’article, des voyous marocains et algériens kidnappent de jeunes enfants pour le compte de juifs israéliens et américains basés à Oujda, grande ville marocaine frontalière de l’Algérie. Ce trafic était destiné à un vaste réseau implanté en Israël et aux Etats-Unis. L’article se basait sur les déclarations de Mustafa Khayatti, directeur du Comité National Algérien pour le Développement de la Recherche sur la Santé.
    En aout 2009, le quotidien suédois de grand tirage Aftonbladet, publiait sous la plume du journaliste Donald Boström un article qui faisait état de ces rumeurs. Il laissait penser que l’armée israélienne enlevait et tuait de jeunes palestiniens pour récolter leurs organes. Suite à cette publication, le journaliste suédois a été reçu officiellement en Algérie par le secrétaire général du FLN, mr Belkhadem, qui a salué, au nom du parti, le « courage intellectuel et l’objectivité dont mr Boström a fait preuve en abordant un sujet aussi critique, celui du vol des organes des martyrs palestiniens ». Bien évidemment les groupes négationnistes et tout ce qui compte dans la blogosphère antijuive ont applaudi à tout rompre. Le site « entre la plume et l’enclume » animé par Ginette Skandrani, vieille compagne de route du négationnisme, annonce d’autres paroles de vérité et invite dans la rubrique « les amis de la libre parole » à une projection d’un film de Daniel Mermet au théâtre de la Main d’Or, celui de Dieudonné et à un débat sur la « liberté d’expression ». Le tout est accompagné d’une annonce publicitaire du centre culturel iranien « pour mieux comprendre l’Iran ».
    Les liens sont tellement limpides, les complicités tellement établies, le socle idéologique tellement ancien, les récurrences tellement fossiles qu’on en vient à se demander comment cela peut il encore fonctionner ? Quelle est cette pathologie planétaire toujours à l’œuvre, ces « grandes régularités de langage » dont Jean Pierre Faye avait su suivre la trace qui se répètent à l’infini. A quel besoin de l’âme humaine correspondent elles ?
    A la fin des années 80, une rumeur avait enflammé les imaginaires de Haute Egypte : les femmes étaient soudain possédées par des appétits sexuels frénétiques qui inquiétaient les hommes. L’affaire se mit à gonfler tant et si bien qu’une commission parlementaire se mit à enquêter sur ce phénomène. La conclusion ne tarda guère : les femmes étaient sous l’emprise d’un philtre aphrodisiaque puissant dissimulé dans un chewing gum. Ce chewing gum aurait été importé d’Israël. Tout récemment en Cisjordanie, l’affaire du chewing gum aphrodisiaque a refait surface.
    Quel bonheur que de côtoyer le diable ! C’est ce que le juge Goldstone a du éprouver en décrivant les « crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » commis à Gaza par l’armée israélienne durant la guerre de janvier 2009.

    Jacques TARNERO

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