La judaïté de l’Etat juif ne dépend que de lui

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Par Maître Ramas-Muhlbach.

Le 13 décembre 2013, une source palestinienne a confirmé la position du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, exprimée lors de sa rencontre, la veille, avec John Kerry : il refuse de reconnaître Israël comme Etat juif et rejette les propositions du secrétaire d’Etat américain, pour ce qu’il en est de la présence militaire israélienne le long de la vallée du Jourdain.

Cette divergence de vue ne devrait jamais être aplanie : pour Mahmoud Abbas, il s’agit de « lignes rouges » non négociables, alors que du côté israélien, l’intransigeance de l’Autorité Palestinienne constitue la racine du conflit qui interdit toute avancée sur le terrain de la paix (propos du Premier Ministre israélien formulés en novembre 2013).

La question se pose en réalité de savoir si Mahmoud Abbas peut influer sur la question de la judaïté d’Israël. La réponse est négative. La nature juive de la terre d’Israël n’est pas fonction d’une reconnaissance palestinienne ou internationale mais tout d’abord du nombre de Juifs qui s’y trouvent (1). Par ailleurs, cette judaïté dépend de ce que l’Etat juif entreprend pour la figer (2). Enfin, et pour Mahmoud Abbas, le refus de reconnaître le caractère juif d’Israël résulte de l’impossibilité pour lui d’aller à l’encontre de la position contemporaine du monde arabe (3).

▪ Le nombre de juifs implantés dans un endroit géographique conditionne sa judaïté. Il suffit pour s’en convaincre de reprendre le cas du quartier (que l’on appelait) « juif » de Paris ou encore « plezl » situé dans le Marais et dont la rue des Rosiers se situe au cœur. Son caractère juif dépend certes, d’une admission unanime, mais surtout d’une présence juive importante. D’ailleurs, la rue Ferdinand Duval située dans le prolongement de la rue des Rosiers portait elle-même le nom de rue « des Juifs » entre le Moyen Age et l’affaire Dreyfus (avant d’être rebaptisée), puisque c’est à cet endroit que les Juifs se sont établis en masse pour atteindre le nombre de 20 000 à la fin du XIX ème siècle. C’est, tristement, à cet endroit que 25 000 juifs ont été regroupés pendant la seconde guerre mondiale lors de la rafle du Vel d’hiv, avant d’être assassinés. Désormais, le quartier appelé « juif » tend à perdre son identité historique. Les commerces juifs et boucheries cachères ont laissé la place aux boutiques de mode et de luxe dans la rue des Rosiers, à l’instar du restaurant Goldenberg, frappé par un terrible attentat antisémite le 9 août 1982 (qui a fait 6 morts et 22 blessés), transformé en 2007 en commerce de « prêt à porter ». Ce quartier est d’ailleurs devenu un des quartiers (non pas goy mais) « gay » de la capitale. On pourrait également citer l’exemple de la rue « aux Juifs » de Rouen (qui jouxte le Palais de justice) dans laquelle il n’y a plus de juifs et dont l’ancienne synagogue est située dans l’enceinte de la Cour d’Appel. Pour Israël, il en sera de même. Sa nature juive est, tout d’abord, conditionnée par l’importance de la population israélite qui y vit, non d’une déclaration de Mahmoud Abbas.

▪ Par ailleurs, la nature juive de l’Etat d’Israël est fonction des valeurs que le pouvoir politique met en place et du cadre qu’il lui fixe. L’Europe fournit un très bon exemple en cette matière. Le christianisme a été au centre du développement de la civilisation dans le vieux continent mais l’Europe n’est plus, aujourd’hui, chrétienne, faute de volonté politique et de référence à la religion chrétienne dans ses institutions.

Après la seconde guerre mondiale, la question s’est posée de savoir s’il convenait de préciser les fondements chrétiens de la civilisation en Europe.

Le Vatican a défendu la civilisation chrétienne après la guerre, pour contrer la poussée du communisme et, le 11 novembre 1948, le pape Pie XII a exprimé sa crainte d’une décadence morale et spirituelle de l’Europe. Des hommes d’Etat comme Schuman, Adenauer, Gasperi, Bach, Zeland, se sont associés au projet d’une Europe vaticane, en lançant un projet collectif avec des liens forts, qui unissent les peuples autour des valeurs du Christianisme, d’une entente fraternelle, d’une solidarité dans la dimension spirituelle de l’homme. De même, les démocrates-chrétiens ont combattu dans la résistance, animés d’un sentiment de solidarité, nourri par les racines chrétiennes, face à la barbarie nazie, mais n’ont pu constituer une entité politique supranationale européenne après la guerre.

Si le christianisme est resté fort dans les pays de l’Europe du sud comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grèce, l’Europe a décidé de renoncer à son identité historique et à son unité spirituelle qui prévalaient au Moyen Age. La référence aux origines chrétiennes n’était d’ailleurs pas opportune dans la mesure où une partie des catholiques a fait preuve d’une indulgence condamnable à l’égard des régimes fascistes en Italie ou en Espagne. L’Europe a finalement décidé de renoncer à mentionner ses racines chrétiennes pour figer la laïcité dans les institutions. Il en sera de même pour Israël. Ses institutions figent le cadre national juif pour les années à venir mais l’Etat juif peut également décider de renoncer à sa nature, sans que Mahmoud Abbas ne conditionne ce choix.

Notons que cette laïcité en Europe, n’est elle-même qu’éphémère, puisque fonction de la population qui y vit et des valeurs nouvelles qui pourraient y être adoptées. L’Europe pourrait tout à fait devenir musulmane, en cas de décision politique européenne en ce sens. Les conditions tendent d’ailleurs à se réunir. Il y a en Europe une immigration musulmane importante : des grandes villes européenne comme Marseille, Amsterdam ou Malmoe comprennent une population musulmane qui pourrait rapidement devenir majoritaire, et d’autres, comme Bruxelles, où le prénom Mohamed est le plus choisi dans les maternités. Par ailleurs des mosquées se construisent en grand nombre, la nourriture Hallal se répand dans les restaurant et les cantines, et le port du voile se systématise chez les filles. Sur le plan économique le Qatar investit massivement dans les grands groupes et sera bientôt en mesure d’exercer son influence. Certaines législations prennent en compte l’islamisation de la société, comme à Londres où il est fait application de la Charia dans les tribunaux et dans le système législatif anglais. Enfin, l’absence de perspectives économiques encourageantes incite les jeunes diplômés à quitter le vieux continent. Pour Israël il en sera de même, s’il n’impose pas son cadre institutionnel juif dans sa législation.

▪ Enfin, Mahmoud Abbas ne peut, pour rester en vie, prendre le risque de reconnaître la judaïté d’Israël. Le Hamas, le Djihad islamique, le comité populaire de la résistance et toutes les mouvances hostiles à l’Etat juif, se chargeraient rapidement de lui rappeler que ce crime est passible de la peine de mort. Par ailleurs, les fondamentalistes islamistes sont persuadés que le monde doit être gouverné dans la cadre d’un Califat universel et ce n’est certainement pas Mahmud Abbas qui peut modifier cette dynamique.

Reconnaître le caractère juif d’Israël reviendrait avant tout à reconnaître l’Etat d’Israël au rang des nations, ce que n’a fait aucun pays musulman. Si donc Mahmoud Abbas veut rester en bonne santé, il ne doit surtout pas s’aventurer sur ce terrain.

Israël devrait donc rester le seul maître de sa nature juive et de sa durée, sans que personne n’influe, de quelque manière que ce soit, sur son identité spécifique.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

1 COMMENT

  1. Quelle absurdité! alors un quartier dit « Chinois » serait-il vraiment chinois à Paris ? Il ne resterait plus grand chose de Paris à ce compte là. Est-ce un procédé d’annexion rampante ?

    Encore une fois, transposer la société civile en lieu et place de ses représentants officiels et institutionnels, c’est saper ces institutions . Certes, le degré d’implication juive d’une personne dépend d’elle en grande partie, mais un Juif reste Juif même s’il se convertit, même s’il est renégat. Il n’y a pas de procédure d’excommunion ou de radiation du judaïsme. Cela prouve qu’il existe une instance supérieure Consistoire, Rabbinat ou Etat d’Israël qui prime sur ce chacun de la société civile juive pense ou fait..
    Pour le Consistoire et le Rabbinat c’est admis. Pour l’Etat d’Israël, certains de ses voisins ont éludé la question, d’autres pas. Israël est un Etat pas une société civile. un autre Etat ou prétendant à le devenir, doit reconnaitre sa nature intinsèquement Juive.

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