La guerre secrète contre la bombe iranienne

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Un spécialiste du nucléaire a été assassiné mercredi en Iran.

Côté pile, une guerre des mots exacerbée par les menaces iraniennes de bloquer le détroit d’Ormuz, par où transitent 35 % du brut mondial. Côté face, une guerre clandestine qui fait rage contre la bombe nucléaire iranienne.

Des policiers procèdent à l’évacuation de la voiture du scientifique Mostafa Ahmadi Roshan (ci-dessus), tué dans l’explosion du véhicule, mercredi à Téhéran. Crédits photo : Mehdi Marizad/AP

Mostafa Ahmadi Roshan, un spécialiste du nucléaire qui travaillait à Natanz, le principal site iranien d’enrichissement d’uranium, qui abrite 8000 centrifugeuses, a été assassiné mercredi dans l’explosion de sa voiture à Téhéran. Après Massoud Ali Mohammadi, Majid Shahriari et Darioush Rezai, c’est le quatrième scientifique iranien tué depuis janvier 2010. Les autorités iraniennes ont tout de suite accusé Israël et prévenu que les pressions internationales ne détourneront pas Téhéran de sa route vers le nucléaire.

Face aux récents progrès du programme militaire iranien, confirmés en novembre par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’État hébreu, épaulé par ses alliés occidentaux qui prennent de nouvelles sanctions contre Téhéran, a passé la vitesse supérieure et multiplié les opérations clandestines visant à ralentir la marche vers la bombe atomique chiite. Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Benny Gantz, a reconnu il y a peu qu’il se passerait des «événements inhabituels » en 2012 en Iran.

Cyberguerre

«Le but est d’empêcher que l’Iran ne franchisse le seuil nucléaire », explique François Heisbourg, expert à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). «En Israël, on appelle cela tondre le gazon. » Encore hésitantes sur une intervention militaire, les autorités israéliennes tentent de freiner par d’autres moyens le programme nucléaire iranien. «Faire disparaître les scientifiques est l’une des manières de rendre les choses plus difficiles et de gagner du temps. On aurait dû commencer plus tôt », commentait récemment Efraim Inbar, de l’université Bar-Ilan à Jérusalem.

L’assassinat d’experts nucléaires n’est que l’une des facettes de cette guerre de l’ombre qui s’appuie aussi sur des attaques informatiques, des sabotages et des exfiltrations de transfuges. L’an dernier, le virus informatique Stuxnet, en infectant plus de 30.000 ordinateurs, a suffisamment endommagé les centrifugeuses pour retarder le programme iranien pendant six mois. «Depuis, cela s’est compliqué. Les Iraniens ont commencé à supprimer les ports USB de leurs ordinateurs », affirme Shlomo Brom de l’Institut pour les études de sécurité nationale de Tel-Aviv. Mais un autre virus, Duqu, s’est malgré tout faufilé jusqu’aux installations clandestines de la République islamique, en novembre dernier.

Tsahal, l’armée israélienne, reste mutique sur la partie offensive de son programme de cyberguerre. Mais les spécialistes reconnaissent que les moyens déployés sont importants. Quant aux images satellites de la mystérieuse explosion qui a eu lieu le mois dernier dans une base de missiles, elles font davantage penser à une attaque de drone ou à un sabotage de l’intérieur qu’à un accident industriel, comme l’ont prétendu les autorités iraniennes.

Nul ne sait avec certitude quels États participent à cette guerre clandestine. Mais le New Yorkera révélé il y a plusieurs années que le Congrès américain avait alloué des fonds à la Maison-Blanche pour financer des opérations spéciales visant le programme nucléaire iranien. Les spécialistes du dossier reconnaissent par ailleurs une certaine «union sacrée » sur le sujet entre le Mossad israélien et les services de renseignements occidentaux, notamment américains, britanniques et français.

Parallèle avec l’Irak

La méthode a déjà été testée en Irak. «Avant de bombarder le réacteur nucléaire d’Osirak, les Israéliens avaient tondu le gazon. Ils avaient assassiné plusieurs scientifiques, dont certains à l’étranger. Ils avaient aussi, en faisant sauter la cuve du réacteur Osirak à la Seyne-sur-Mer en 1979, retardé pendant deux ans sa construction en France », poursuit François Heisbourg. Ce n’est que plusieurs années plus tard, alors que l’herbe avait repoussé, qu’après un dur débat interne, les autorités israéliennes s’étaient résignées à bombarder Osirak, avant que le combustible ne soit chargé dans le réacteur. Le répit ainsi obtenu avait permis de retarder le programme irakien, qui fut ensuite définitivement enterré par les deux guerres du Golfe…

Pour les experts, le parallèle entre l’Iran et l’Irak est troublant. «La décision d’attaquer Osirak avait été prise avec l’idée d’obtenir un délai d’un à cinq ans et non pas de régler définitivement le problème du nucléaire irakien », rappelle Camille Grand, le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. Si le calcul politique de Tel-Aviv vis-à-vis de Téhéran est le même – gagner du temps – l’éventualité d’une intervention militaire israélienne contre les installations iraniennes prend une dimension nouvelle. D’autant plus que depuis le bombardement d’Osirak, en 1981, les moyens de frappe sont devenus à la fois plus furtifs et plus efficaces…

Par Isabelle Lasserre – Le Figaro.fr

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