« La guerre de 2006 a inclus de multiples cyberattaques », indique un député israélien

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Conférence de Monaco.

La dimension prise par la mondialisation et le développement à un rythme exponentiel des moyens de communication et des avancées technologiques dans tous les domaines imposent une nouvelle approche multidisciplinaire de la « gouvernance mondiale » dans un large éventail de secteurs. Telle a été la trame de fond de la sixième édition de la World Policy Conference (WPC) qui s’est tenue le week-end dernier à Monaco en présence de près de 300 prestigieuses personnalités politiques, diplomatiques, académiques et du monde des affaires et du journalisme (voir L’Orient-Le Jour des vendredi 13, lundi 16 et mardi 17 décembre).

Compte tenu de la multiplicité et de la complexité des défis auxquels le monde d’aujourd’hui est confronté, les débats, les échanges d’informations et les ateliers de travail ont porté durant trois jours sur des thèmes aussi diversifiés que le futur de la diplomatie, la conjoncture politique internationale, la politique et les religions, les problèmes économiques dans les grandes zones de la planète (Asie, Europe, Afrique), la métamorphose de l’ordre juridique international, le modèle social européen, l’énergie et l’environnement, la sécurité alimentaire, la santé et les risques émergents, ainsi que les défis du cyberespace.

Ce dernier thème a plus particulièrement retenu l’attention de nombreux participants en raison de l’impact sans cesse croissant du cyberespace dans la vie quotidienne des populations ainsi qu’au niveau militaro-sécuritaire et au plan géopolitique à l’échelle internationale.

Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a notamment souligné dans ce cadre que l’enjeu de la confidentialité des données personnelles et de l’accès aux réseaux constituera l’un des principaux défis auxquels seront confrontés les gouvernements dans les prochaines années. Le cas Snowden a évidemment été évoqué dans ce contexte. M. Bildt a relevé dans cette perspective que le problème de la connectivité croissante à la toile d’Internet est devenu un nouveau terrain d’action pour la diplomatie et les relations internationales.

Soulignant que d’ici à cinq ans, non moins de 65 % de la population mondiale seront connectés aux réseaux d’Internet, le chef de la diplomatie suédoise a déclaré que « la confidentialité des données personnelles est en train de devenir un enjeu majeur à l’échelle internationale du fait qu’elle est perçue de manière différente par les différentes générations ». Selon M. Bildt, dans les dix prochaines années, le plus grand fossé que le numérique creusera se manifestera entre les générations et non plus entre les différentes régions du monde. M. Bildt soulignera, pour illustrer son propos, que dans le cadre d’une équipe de travail déterminée, si l’on veut désormais comprendre ce qui se passe dans le monde, il faudrait inclure dans l’équipe des jeunes de moins de 18 ans …

Journalisme et avancées technologiques

Prenant à son tour la parole, M. Chang Dae Whan, propriétaire et directeur général du groupe « Maekyung Media Group » de Corée du Sud (qui possède des journaux, des chaînes de radio et des sites d’informations), a souligné d’emblée que face aux avancées technologiques galopantes dans le monde de la presse et des médias, « le grand journalisme de valeur nécessite de miser sur les ressources humaines » (ce qu’il a qualifié de « Human Value »).

Évoquant par ailleurs les défis auxquels la presse est confrontée un peu partout dans le monde, Chang Dae Whan a exposé des courbes statistiques montrant la baisse constante de la diffusion des journaux de la presse écrite et des recettes publicitaires au cours des dernières années aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Il s’est toutefois montré optimiste, malgré tout, concernant le proche avenir de la presse écrite, prenant exemple sur son groupe de médias et sur ses efforts visant à miser sur les ressources humaines.

M. Chang Dae Whan a d’autre part épaté son assistance en projetant deux photos prises à près de cinq années d’intervalle au même endroit de la place Saint-Pierre au Vatican, sous le même angle : la première montre une foule prise de dos, au sein de laquelle deux personnes uniquement brandissent un téléphone portable, muni d’un appareil photo, pour photographier le pape ; cinq ans plus tard, dans le même lieu, sous le même angle, on voit une foule aussi dense que la première, prise également de dos, au sein de laquelle on aperçoit une marée de petits écrans des téléphones portables et des iPad brandis par la quasi-totalité des personnes présentes qui photographiaient le pape …

La cyberguerre

Ces deux photos présentées par Chang Dae Whan illustrent parfaitement les propos que tiendra le député israélien Meir Sheetrit, ancien ministre en charge des Services de renseignements israéliens et ancien membre du cabinet restreint de sécurité, qui a pris la parole en dernier, soulignant dans le cadre de son intervention que dans le domaine des nouvelles technologies et du cyberespace, une génération se mesure désormais en termes de mois et non plus en termes d’années. « Une génération dans ce domaine correspond à environ un an et demi », a souligné Meir Sheetrit dont l’exposé a été axé sur le thème particulièrement sensible de la cyberguerre.

L’ancien ministre israélien des Renseignements a notamment souligné sur ce plan qu’à la lumière des percées technologiques dans ce domaine, la guerre n’est plus uniquement une affaire de blindés, d’artillerie ou d’armement conventionnel, mais elle se traduit de plus en plus par la cyberguerre dont l’objectif est de paralyser les sites de l’adversaire et d’endommager ses infrastructures. « Cela s’est produit ainsi durant la guerre de juillet 2006 avec le Hezbollah, a-t-il indiqué. Durant ce conflit, de multiples cyberattaques ont en effet été lancées. »

Meir Sheetrit a relevé dans ce cadre que ce type de cyberguerre pourrait se traduire par une cyberattaque visant, à titre d’exemple, à paralyser un État en paralysant ses infrastructures d’eau et d’électricité, ou même aussi son réseau routier en torpillant tout le système de feux de signalisation. De telles cyberattaques peuvent surtout viser, à l’évidence, des installations militaires stratégiques. M. Sheetrit a donné comme exemple sur ce plan le virus qui a paralysé en Iran pendant près de deux ans le réseau de centrifugeuses.

Le député israélien a souligné dans ce cadre que de plus en plus de hackers tentent de s’en prendre à des États ou des sites gouvernementaux. Il a indiqué à cet égard qu’Israël est la cible de 1 000 cyberattaques par jour en temps de paix et jusqu’à 100 000 attaques par jour en temps de guerre. D’où les moyens colossaux mis en œuvre par Israël pour se protéger dans ce domaine. Le gouvernement a notamment créé un organisme spécialisé, le INCB (Israel National Cyber Bureau), dont la mission est double :

garantir la protection de tous les sites et les réseaux informatiques du pays ; et assurer la protection des différentes infrastructures. M. Sheetrit a fait état sur ce plan de la teneur du McAfee Threats Report qui indique qu’Israël est le pays le mieux protégé au monde contre les cyberattaques, avec la Suède et la Pologne. « Il reste qu’il est impératif de développer sans répit nos capacités dans ce domaine et d’être en permanence en phase avec les avancées technologiques, car il est inconcevable de bâtir un système moderne dans le domaine du cyberespace et de freiner pendant trois ou quatre ans les efforts déployés car on risquerait rapidement d’être dangereusement dépassés », a conclu M. Sheetrit. De quoi faire bien réfléchir les Libanais sur leur manière de concevoir et de gérer la chose publique…

Michel TOUMA | OLJ/De Monaco
18/12/2013

lorientlejour.com Article original

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