La campagne 2012 de François Hollande est-elle meilleure que celle de Ségolène Royal en 2007 ?

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Premier meeting commun ce mercredi à Rennes entre François Hollande et Ségolène Royal. Le candidat PS réussira-t-il là où son ex-compagne a échoué ?

Le match des ex

Atlantico : L’échéance électorale se rapproche… François Hollande est-il en train de réaliser une meilleure campagne que Ségolène Royal en 2007 ?

Audrey Pulvar : Je trouve que cette campagne est atone.

Il y a encore 36% d’indécis, et je crois qu’ils ont besoin de propositions fortes pour se décider.

Avec Ségolène Royal, il s’est passé des choses jusqu’à la fin de la campagne.

Elle faisait le débat, elle posait des problèmes, il se passait quelque chose autour d’elle.

La campagne de Françoise Hollande me parait plus attentiste, sans panache.

François D’Orcival : Ségolène Royal est réputée pour avoir fait une très bonne campagne en 2007, et pourtant elle a perdu.

De son côté, François Hollande fait une campagne médiocre, puisqu’il ne parvient pas à se renouveler, mais dans le même temps il a des chances d’être élu et reste le favori pour le second tour.

Ségolène Royal en 2007 était une nouvelle candidate, elle apparaissait dans la campagne.

Son ex-compagnon n’en est pas à ses débuts, loin de là…

Il a tenu la direction du Parti socialiste pendant dix ans. Il n’y a donc pas pour lui d’effet de nouveauté.

Maurice Ulrich : La situation n’est pas la même pour François Hollande que pour Ségolène Royal.

En 2007, Nicolas Sarkozy était un candidat « neuf », et l’électorat pouvait adhérer à son programme, notamment sur la question du pouvoir d’achat.

Aujourd’hui, le président-candidat ne suscite plus la dynamique de l’époque et son équipe craint son bilan.

Même si la campagne de François Hollande n’est pas éclatante, il bénéficie de cette volonté d’alternance au sein de l’électorat français.

Pour Ségolène Royal enfin, la pression à droite était très forte, ce qui l’a amenée sur des thématiques de droite quelque peu problématiques pour l’électorat de gauche et centriste (encadrement des jeunes par des militaires, identité française, etc.).

François Hollande n’a pas ce problème, notamment grâce à la campagne du Front de gauche qui a limité la progression de Marine Le Pen, et ce même suite au drame de Toulouse.

Raphaëlle Bacqué : Une chose est sûre, c’est que la campagne de François Hollande est moins originale. Ségolène Royal s’intéressait à des catégories que le PS avait délaissées, comme les jeunes des banlieues.

Elle était plus percutante, plus inattendue, et peut être plus consciente des problèmes réels, d’où ses discours sur l’ordre couplés à ceux sur l’éducation.

Mais François Hollande a l’avantage de fédérer les socialistes.

Il en a été le patron, il connait tous les arcanes, toutes les nuances du parti.

Contrairement à elle qui déteste –et est détestée par- les éléphants, lui les adore.

François Hollande gère-t-il mieux sa relation au Parti socialiste que Ségolène Royal en 2007 ?

Est-ce nécessaire pour l’emporter à la présidentielle ?

Michaël Darmon : Le contexte est différent, avec cette année un double effet générationnel.

Il y a une génération de cadres socialistes pour laquelle c’est la dernière chance de participer au pouvoir et celle pour laquelle il n’y a jamais eu de premier tour de manège.

C’était différent en 2007, où chacun pouvait se dire : « si on perd, je me placerais pour 2007 ».

Cela explique cette union autour de lui, car pour beaucoup, c’est maintenant ou jamais s’ils veulent accéder au pouvoir.

François D’Orcival : Depuis 1988, aucun socialiste n’a été élu à la présidence de la République, et la raison tirée de 2007 était qu’il ne fallait plus que le Parti socialiste marque sa différence avec le candidat.

François Hollande est donc resté collé au Parti, contrairement à Ségolène Royal.

L’envie de prendre le pouvoir se caractérise par le soutien unanime des socialistes à l’égard de François Hollande.

Reste qu’étant obligé de composer avec tout le monde, il est tenu à un immobilisme qui a suscité l’élan et la dynamique de Jean-Luc Mélenchon.

Qui plus est, la campagne des primaires a également pu lui porter préjudice, puisqu’il a épuisé ses idées et propositions depuis l’été dernier, et subit désormais le calendrier de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Maurice Ulrich : Le Parti socialiste est en effet derrière François Hollande, même si on ne peut pas parler d’un enthousiasme extrêmement fort.

Cela tient notamment au fait qu’il fut pendant longtemps le Premier secrétaire du PS, et que l’homme providentiel que devait être DSK a connu un tout autre destin.

Ségolène Royal s’est retrouvée seule et tranchait seule, ce qui apparaître contradictoire avec le fait de promouvoir une démocratie participative.

Raphaëlle Bacqué : Le problème de Hollande, qui peut aussi être un atout, c’est sa recherche permanente du consensus.

Elle permet une vie politique plus apaisée, en fédérant les troupes du PS, mais ce n’est pas du tout galvanisant et ça ouvre la voie à un discours plus excessif, tonique, plus vigoureux.

Celui de Jean-Luc Mélenchon. Le pari de Hollande, c’est que les électeurs peu enthousiasmés viendront de toute façon car leur priorité est de battre Sarkozy. Pour l’instant, son pari stratégique est juste, car le report des voix parait assuré au second tour, de la part des électeurs de Mélenchon et de Bayrou.

Sur le fond, qu’est-ce qui différencie les deux candidats socialistes en
campagne ?

Eric Branca : En 2007, Nicolas Sarkozy imprimait le rythme de la campagne et Ségolène Royal lui courait après, notamment sur les questions relatives à la sécurité.

François Hollande lui colle au président-candidat, comme une sorte de vice-roi. Là encore Nicolas Sarkozy tient l’agenda politique et médiatique, mais François Hollande ne cherche pas à le doubler, à entrer dans la surenchère avec le candidat UMP.

Enfin, contrairement à Ségolène Royal qui avait fait le pari de l’audace, François Hollande est tenu par le contexte économique, qui lui accorde une marge de manœuvre très réduite, et ne peut donc se démarquer que sur des thèmes sociétaux (mariage homosexuel, droit de vote des étrangers, etc.).

François D’Orcival : Ségolène Royal était plus conservatrice sur un certain nombre de valeurs, mais avait un programme davantage axé sur le social que François Hollande.

Depuis son discours du Bourget, et par la suite sa proposition de taxer à 75% la tranche des revenus supérieurs à 1 million d’euros, son discours n’est qu’une perpétuelle répétition.

Contrairement à Ségolène Royal, la dynamique n’est pas là.

Maurice Ulrich : Ce qui les différencie aujourd’hui, c’est que le contexte a changé, notamment avec la crise économique.

Là où Ségolène Royal pouvait avancer des mesures sociales, François Hollande a lui choisi cette ligne d’adaptation à la crise qui lui interdit toute proposition audacieuse sur le terrain social.

C’est la première fois qu’un candidat de gauche ne parle pas d’augmenter le SMIC en cas d’arrivée à l’Elysée.

Christian de Villeneuve : Françoise Hollande a une personnalité plus consensuelle, plus ronde.

Il n’apparait pas comme le candidat anti-Sarkozy, mais comme un candidat du système.

Les électeurs doivent se dire que les deux candidats seront de toute façon condamnés à mener une politique d’austérité.

Ségolène Royal était plus clivante et plus agressive. Elle était aussi force de proposition.

Toute la campagne de Hollande consiste à gérer l’hostilité contre le pouvoir.

Audrey Pulvar : Il y avait une page qui se tournait en 2007, une forme de rupture avec toute l’après-guerre.

Pour la première fois, on avait un face à face entre deux candidats qui n’avaient pas connu la seconde guerre, la reconstruction, la décolonisation.

C’était une nouvelle génération, un nouveau souffle. Il était donc normal qu’il y ait tout un tas de propositions pour changer la société.

Et sur la forme ?

Michaël Darmon : En 2007, il y avait une ferveur quasi religieuse autour d’une candidate qui avait su jouer de cette démarche affective.

Aujourd’hui, puisqu’il se positionne contre le président sortant, François Hollande joue la contre-programmation et décline une sorte de normalité et de sympathie.

Sur la forme, les grands meetings restent des grands meetings.

Le Parti socialiste sait organiser ces grandes fêtes, ils l’ont fait avec Royal même si c’était plus chaotique et moins sincère.

Eric Branca : La grande différence, c’est que les électeurs ne croient plus aux lendemains qui chantent, et que par conséquent l’abstention sera plus importante.

François Hollande ne veut pas faire de promesses inconsidérées, et se limite donc à des sujets marginaux et périphériques qui ne font pas de vagues.

Encore une fois, à l’opposé de Ségolène Royal.

Mais l’inertie de François Hollande est aussi ce qui fait du mal à François Bayrou.

Le candidat centriste aujourd’hui, c’est François Hollande, et le candidat de gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon.

Maurice Ulrich : Ségolène Royal s’était un peu coulée dans les habits de Jeanne d’Arc, ce qui n’était pas une mauvaise idée, car lorsque quelqu’un veut devenir Président, cela suppose un charisme, une aura et la croyance en une certaine destinée comme pour Charles de Gaulle ou François Mitterrand.

François Hollande s’est lui glissé dans la peau d’un Président « normal ».

Ce qui n’a rien d’inconcevable en soit, en particulier quand il s’agit de rompre avec le modèle d’une « hyper présidence » qui promet à tout va, et dont la politique dépend de l’humeur, des crises, des excès…

Raphaëlle Bacqué : Ségolène Royal était beaucoup plus charismatique que Hollande, plus étonnante aussi car elle était une femme. Pour la première fois, une femme était en position d’être élue !

Il y avait une sorte de mystique autour de Ségolène.

Mais en même temps, comme François Hollande l’a déclaré au Monde :

« Je préfère gagner tranquillement que perdre avec ferveur ».

Ségolène Royal a-t-elle souffert en 2007 d’être une candidate féminine face à un candidat masculin, et François Hollande bénéficiera-t-il en ces temps de crise d’être un candidat masculin ?

Raphaëlle Bacqué : Je pense qu’au contraire c’était un atout pour Ségolène Royal. Le fait même d’être une femme incarnait le changement et elle misait là-dessus.

Je pense que si elle avait été préparée, si elle avait fait moins d’erreurs, elle aurait pu gagner.

Eric Branca : Je pense que Ségolène Royal a boosté sa campagne par sa féminité, la fameuse « Dame en blanc ».

De son côté, François Hollande est un bon orateur, en particulier quand il imite François Mitterrand.

Enfin, notons tout de même que François Hollande a beaucoup plus d’humour que Ségolène Royal, et que ce n’est pas nécessairement désagréable…

Audrey Pulvar : Son statut de femme n’a pas dû l’aider auprès des « éléphants », pour la plupart des hommes assez conservateurs dans la répartition des taches dans la société.

Mais la principale différence, c’est que le processus de la primaire de 2007 ne prévoyait pas de rassemblement derrière le candidat élu.

Cette année, les différents camps s’étaient engagés à se réunir après la primaire, et ça marche à peu près.

Maurice Ulrich : Je ne crois pas que cela joue réellement un rôle dans la campagne… et il est peu probable que Ségolène Royal ait perdu parce qu’elle était une femme. Angela Merkel, le prouve tout comme Margaret Thatcher.

Michaël Darmon : En se donnant comme défi d’être la première femme élue présidente de la république, Ségolène Royal a fait face à des obstacles que n’aurait pas eu un homme, car la société n’est pas assez mûre pour se dire sereinement qu’elle mettra des femmes au premier plan.

Mais Ségolène Royal a plus pâti des difficultés à créer l’union autour d’elle que de sa condition de femme.

Propos recueillis par Aymeric Goetschy, Franck Michel et Morgan Bourven/ Atlantico Article original

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1 COMMENT

  1. A ceux qui seraient tentés de voter pour celui qui s’associe à la gauche bobo, aux verts et eux bruns, méfiez-vous! Quand il aura donné le droit de vote aux immigrés, attention aux prises de position habituelles envers Israel!

    Votez Sarko!

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