La Cité du cinéma de Besson dans le collimateur de la justice

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EXCLUSIF. La Cité du cinéma de Besson dans le collimateur de la justice
Une note confidentielle de la Cour des comptes critique le curieux financement public de ce projet privé. La justice a été saisie.

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), septembre 2012. La Cité du cinéma a été rachetée en 2010 à EuropaCorp, la société de Luc Besson, par Nef Lumière, détenu à 75 % par la Caisse des dépôts et consignations. Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), septembre 2012. (LP/Frédéric Dugit.)
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En cette période de disette budgétaire, voilà une nouvelle affaire d’utilisation surprenante des deniers publics qui devrait faire grand bruit. Portée depuis l’origine par le cinéaste et producteur Luc Besson, la jeune Cité du cinéma, qui se voulait « la plus belle usine à rêves du monde », est en passe de virer au cauchemar… judiciaire : selon nos informations, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, a depuis peu sur son bureau un signalement fourni de la Cour des comptes, évoquant rien de moins qu’un possible « délit de détournement de fonds publics et de recel de ce délit ».

Cette note d’alerte, rédigée en vertu de l’article 40 du Code de procédure pénal*, et que « le Parisien » – « Aujourd’hui en France » a pu consulter, est très sévère : « Le financement public de la Cité du cinéma, décidé contre l’avis des services de l’Etat et de la Caisse des dépôts et consignations, principal financeur du projet », a été effectué « pour permettre l’aboutissement du projet qu’une société privée (NDLR : EuropaCorp de Luc Besson) portait pour son seul bénéfice …”>Article original ».

Sans le soutien de l’Elysée, ce projet n’aurait pas vu le jour

L’enjeu financier était pourtant de taille : la construction de cette Cité inaugurée en 2012 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a coûté « 156,7 M€ », précise la note, qui pointe l’insistance répétée de l’Elysée, entre 2009 et 2012, à voir aboutir ce projet, pourtant risqué.

Au-delà du secrétaire général de la présidence de la République, plusieurs fois cité (Claude Guéant), le document remonte plus haut et détaille les liens existant entre l’associé de Luc Besson, le publicitaire Christophe Lambert, et Nicolas et Jean Sarkozy. A la lecture de ces pages fouillées, il apparaît évident que, sans le soutien actif de l’Elysée à chaque stade de l’opération (soutien hors norme de la Caisse, prêts bancaires massifs, choix de l’école publique installée sur place), jamais ce projet XXL n’aurait pu voir le jour.

Au vu de la gravité des faits, la troisième chambre de la Cour des comptes a décidé cet été « de transmettre à l’autorité judiciaire » : elle seule, notamment, peut « contrôler les sociétés ainsi que les personnes physiques bénéficiaires de cette opération ».

Pour clore le tout, les magistrats évoquent, aussi, un possible tacle de Bruxelles : « Le risque pris, tant par l’Etat que par la CDC …”>Article original d’accorder un soutien à la société de M. Besson, pourrait être considéré comme une aide d’Etat par la Commission européenne… »Tous les acteurs clés de ce dossier explosif ont été sollicités, hier. Seul M. de Romanet, qui dirigeait alors la Caisse, nous a répondu.

* « Article 40 : Toute Autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

Odile Plichon | Publié le 16.11.2013, 09h19
Le Parisien Article original

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