LA TRIPLE ERREUR DE NICOLAS SARKOZY Par Jean-Marie Colombani

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NICOLAS SARKOZY PEUT-IL REBONDIR ? Après plusieurs semaines de tirs nourris contre François Hollande et une série de vœux conçus comme autant d’occasions de montrer qu’il gouverne en multipliant les annonces, la polémique sur la perte du triple A a sonné comme un rappel à une dure réalité ! Cet épisode ne change rien au fond, à savoir un rapport de forces durablement et fortement défavorable à Nicolas Sarkozy.

Mais la situation se complique ! Depuis les fêtes en effet, une seule information s’est imposée : la hausse record du chômage. Puis, parmi les annonces présidentielles, a pris place la perspective d’une «TVA sociale». Deux éléments de nature à accroître l’inquiétude, en aucun cas à conforter l’idée d’un vote Sarkozy.

Avant la trêve, la perspective d’une réélection du président sortant était faible. Il n’y a pas de raison objective que cette perspective puisse s’améliorer, compte tenu de ces deux éléments. C’est dans ce contexte qu’est intervenu cette la perte du triple A. Laquelle n’est devenue un événement de la campagne que parce que Nicolas Sarkozy avait décrété le triple A «trésor national» et en avait fait son certificat de bonne gestion.

Il eût été possible et normal de digérer rapidement cette mauvaise nouvelle, s’il n’y avait eu, par le Président lui-même, cette sacralisation. L’idée était aussi d’expliquer que cette note ne pourrait être affectée que par une victoire d’une gauche décrite par avance comme irresponsable (comme c’est le cas à chaque scrutin).

Dès lors, il ne faut pas s’étonner que cette dégradation soit revenue en boomerang à l’auteur de ce schéma. Pire même : elle est de nature à encourager ceux qui, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, font profession de renier la réalité et qui peuvent trouver là un accélérateur de campagne. Nicolas Sarkozy a aussi ajouté lui-même trois autres difficultés.

Erreur de méthode

La première tient à la méthode choisie qui consiste à multiplier les annonces pour occuper le terrain de la réforme et du «courage». Mais celles-ci peuvent donner, au contraire, l’image de «l’agitation» que Nicolas Sarkozy fustige par ailleurs ; accréditer l’idée d’une parole forte suivie d’une action faible ; et surtout s’annuler.

Exemple : la TVA sociale d’un côté, la taxe Tobin de l’autre. Idem pour le «sang froid» dont parle le Président. Les invectives contre l’opposition, les annonces multiples peuvent au contraire accréditer l’idée que le camp Sarkozy ne sait pas vraiment par quel bout prendre la campagne. 

Erreur de Guéant

La deuxième a consisté à encourager Claude Guéant dans sa chasse aux voix lepénistes, au motif que, là, seraient les vraies questions posées par les vrais gens. Or, c’est quasiment une ligne directe d’approvisionnements du vote Le Pen qui a été construite ; et l’offensive de Nadine Morano contre Marine Le Pen vient bien tard.

Tandis que Claude Guéant se replace lui-même dans une posture hier reprochée à la gauche : il se prévaut de statistiques qui, depuis 9 ans (Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, puis Président), montrent que la délinquance est en baisse ! Ce communiqué de victoire ne correspond évidemment pas à la réalité perçue ! 

Enfin, troisième écueil, la posture du président déjà candidat, mais qui ne veut pas le dire : elle est de moins en moins tenable. Parce que, à chaque sortie, le président fait campagne et que cette hypocrisie n’est pas nécessairement du goût des Français.

Erreur de timing

Ensuite, parce qu’elle prive Nicolas Sarkozy de ce qui devrait être son seul argument : poser les termes d’un débat de société, accepter l’idée d’une zone de consensus avec ses compétiteurs de gauche sur le destin et la forme futurs de l’Union européenne.

Or convaincre qu’il peut porter un nouveau projet prendrait bien plus de temps que le candidat Sarkozy ne s’en accorde en se déclarant si près du scrutin. Risque d’erreur de timing donc.

Cela ne veut pas dire que Nicolas Sarkozy ait perdu toute chance d’être réélu, mais simplement qu’à ce stade, il n’a pas pris le chemin de cette réélection.

Il court le risque d’être talonné par Marine Le Pen, à mesure que François Bayrou augmente ses soutiens venus de la droite. Ce même Bayrou qui a toutes chances de tenir entre ses mains le dort du président sortant entre les deux tours. Bayrou, la seule chance de Sarkozy ?

En tous cas, tous les porte-parole sarkozystes s’efforcent de ramener le leader centriste à droite: n’a-t-il pas été ministre d’Edouard Balladur ?

En face bien sûr, les difficultés sont là. Même si la logique voudrait que François Hollande, ayant stoppé son érosion dans les sondages, ressaisisse à son tour l’électorat de la gauche, il devra s’adapter à une donne économique plus dégradée que ne le pensaient les oracles socialistes.

Il devra donc davantage se détacher d’un programme de moins en moins tenable, alors qu’il subit lui-même les attaques conjuguées de la droite et d’un Jean-Luc Mélenchon qui roule pour lui-même.

Mais nous vivons une période qui est faite de tant de rebondissements que l’imprévu peut un jour voler au secours du Président.

Jean-Marie Colombani

Slate.fr

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