L’objectif urgent d’Ennahdha : Comment se transformer en victime après avoir tout raté

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NDLR : il faut quand même se rappeler que Rached Gannouchi, longtemps hébergé au “Londonistan”, a été élu “intellectuel le plus brillant de l’année 2011” par la revue très Obamolâtre Foreign Policy, du fait de sa “révolution islamiste modérée” à la Erdogan. L’avenir des Frères Musulmans rejoint, actuellement, la culture des égoûts qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Plus dure sera la chute.

Depuis l’auto-destitution de l’émir de l’Etat du Qatar et la chute du président égyptien Mohamed Morsi, le parti Ennahdha était convaincu que le vent a tourné et la partie, sur le point de s’achever. Il lui restait trois cartes avant de s’avouer vaincu cependant : tendre la main à toute l’opposition et la convaincre de sa “légitimité” : raté.

Jouer la carte de la rue et manif contre manif : raté.

Utiliser les moyens de l’Etat pour tuer la révolte populaire : raté.

La première carte consistait à proposer des strapontins à l’opposition, à relâcher les détenus de l’ancien régime et à encourager Hamed Karoui à faire imploser le parti de Nidaa Tounes.

La deuxième carte consistait à pousser la police à faire usage de répression violente contre les opposants afin de dissuader les manifestants à descendre dans la rue.

La dernière carte nécessitait la mobilisation de ses 1,5 million d’électeurs, mais ces derniers ont brillé par leur absence. Malgré les gros moyens utilisés et les appels répétés à venir soutenir la “légitimité”, Ennahdha n’a réussi à mobiliser que moins de vingt mille manifestants, lors de la rencontre du 3 août à la Kasbah. Incomparable par rapport aux dizaines de milliers qui descendaient tous les soirs au Bardo pour appeler à la chute du régime et les 150.000 du 6 août.

Pour ne rien arranger, Ennahdha a perdu son allié de taille, Mustapha Ben Jaâfar qui a annoncé le gel des travaux de l’ANC. Une grosse perte qui le prive de son argument principal pour se maintenir au pouvoir qu’est la légitimité.

Moins lourde en conséquences, mais tout aussi significative, la démission (non encore officielle) de Hédi Ben Abbés, conseiller du président de la République, connu pour être l’un des rares laïcs rescapés dans le team présidentiel. D’autres démissions devraient suivre au cours de cette semaine.

Si Ennahdha ne veut pas quitter le pouvoir, ce n’est pas pour sauver l’Etat du chaos, comme le jurent ses dirigeants à ceux qui veulent bien les croire, mais pour en sauver certains des méandres de la justice et leur faire éviter le sort que connaissent actuellement Mohamed Morsi and co.

Plusieurs ministres de la Troïka et députés d’Ennahdha ont des affaires pendantes en justice qui risquent de mal finir si un gouvernement indépendant prend le pouvoir : Rafik Abdessalem, Sihem Badi, Lotfi Zitoun, Habib Ellouze…

D’autres pourraient faire l’objet de plaintes sérieuses vu les graves faits qu’on leur reproche, tels Ali Laârayedh, Noureddine Khadmi, Sahbi Atig, Habib Khedher et quelques gouverneurs.

Enfin, et vu les rumeurs qui courent, d’autres encore pourraient faire l’objet d’instructions judiciaires pour certains dossiers, d’ordre économique, tels Lamine Chakhari ou Abdellatif Mekki.

La pression politique et de la rue a atteint un point tel que le parti islamiste ne peut plus espérer rester plus que quelques jours au pouvoir. N’importe quel gouvernement au monde aurait déjà démissionné après la manifestation du 6 août et les slogans hostiles, d’une extrême violence, qui l’ont accompagnée. N’importe quel gouvernement au monde aurait craqué face aux arguments solides, et non moins violents, de l’opposition. Et n’importe quel gouvernement aurait jeté l’éponge après le désaveu affligeant de l’UGTT, la puissante centrale syndicale, l’UTICA, la puissante centrale patronale, l’Ordre des avocats et des dizaines d’organisations de la société civile.

Mettant leur dignité dans la poche, les ministres de la Troïka continuent à résister, avec des déclarations insensées et on réfléchit déjà à une alternative à Ben Jaâfar. Le tout en espérant que l’armée n’intervienne pas, comme ce fut le cas en Egypte. Pour l’amadouer, on ose même offrir des bonbons à cette armée, et c’est le cas de la cérémonie de décoration de ses généraux à la veille de l’Aïd.

Espoir de courte durée, car l’armée tunisienne a beau vouloir être indépendante, elle est aussi garante de la stabilité des institutions de l’Etat, mises à mal par la Troïka et de la paix civile, sérieusement menacée par les discours du jihad de certains dirigeants. Cette solution extrême risque bientôt d’arriver et Ennahdha s’y prépare depuis plusieurs semaines. Le parti islamiste a le choix de quitter en toute dignité ou de pousser ses adversaires à le mettre dehors en appelant l’armée à intervenir.
La première solution mettra en danger certains de ses dirigeants qui traînent beaucoup de casseroles.

La seconde offrira au parti islamiste la possibilité de devenir victime d’un putsch. Tout ce dont il sera accusé par la suite sera ainsi mis en doute et démenti. On criera au complot et on convaincra les masses populaires et la communauté internationale que les islamistes continuent encore à être de pauvres persécutés.

Cette stratégie de victimisation permet aux dirigeants traînant des casseroles d’obtenir le statut de réfugié politique, plutôt que celle d’un vulgaire évadé. Elle permettra surtout d’entamer la prochaine campagne électorale avec les mêmes arguments qu’en 2011 : nous sommes des victimes, on nous empêche de travailler, car ils veulent atteindre à l’islam et imposer la laïcité.

Cette stratégie est identique à celle observée par le “frère” Morsi qui a refusé de se soumettre au rejet de la rue et au deadline de l’armée. Résultat : le pouvoir qui a pris sa place est fragilisé et sa légitimité fortement discutée.

tunisiesoir.com Article original

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