L’extreme droite religieuse piégée par Les Infiltrés

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Minute attaque les InfiltrésLes Infiltrés suscitent une nouvelle polémique. En cause cette fois, un reportage sur l’extrême-droite religieuse, qui sera diffusé le 27 avril, et des révélations dérangeantes, qui n’ont notamment pas plu à Minute. Le journal, proche du Front national, contre-attaque en dénonçant en Une, photo à l’appui, l’infiltré auteur du reportage. Des suites juridiques sont à prévoir.

La couverture de l’hebdomadaire Minute devrait en choquer plus d’un. Une simple photographie trône en effet en Une du journal d’extrême-droite. Décor de campagne, jeune homme aux cheveux blonds, aux lunettes fines et au visage passe-partout, le cliché est de mauvaise qualité. Sans intérêt. Sauf que… L’individu en question est le journaliste auteur de l’enquête révélation des Infiltrés sur les groupuscules d’extrême-droite. Et qu’au dessus du cliché qui le représente s’étale un bandeau dénonciateur: « C’est la taupe de David Pujadas chez les cathos ».

La contre-attaque est donc particulièrement violente. Il faut dire que les révélations qui devraient venir le 27 avril, lors de la diffusion de l’émission en question, sont dérangeantes. L’équipe des Infiltrés a en effet réussi à infiltrer un groupuscule d’extrême-droite nommé Dies Irae (Jour de colère en latin). Officiellement, un « mouvement politique et social, enraciné, patriote et alter européen ». Il y aurait néanmoins une face cachée.

Après des mois d’infiltration, les journalistes de Capa, l’agence de presse qui a réalisé le reportage, découvrent ainsi un tout autre discours au sein de l’organisation. Celui-ci serait ouvertement antisémite et raciste. Le reportage s’immisce ainsi dans les « activités sportives du groupe ». Dans un camp d’entraînement, généreusement prêté par un sympathisant, les jeunes s’exercent, rapportent Les Inrocks, qui ont pu visionner les images, à la « croisade » et à la « guerre civile » contre les musulmans qu’il faudra « saigner au couteau ».

« Mon voyage de noces, je le ferai à Auschwitz »

Mais le discours serait surtout relayé par une partie de l’Eglise catholique bordelaise et par une école religieuse de la ville. Milieux sur lesquels l’enquête va se tourner grâce au journaliste. Celui-ci parvient à se faire embaucher comme surveillant bénévole dans l’école en question.

Et les élèves de l’établissement Saint-Projet, classé hors-contrat, donc non soumis au contrôle de l’Education nationale, se révèlent pour le moins surprenants. Un enfant de 12 ans, cité dans Les Inrocks, interroge notamment son nouveau surveillant: « Vous êtes facho ? » Puis, désignant ses camarades, il s’explique: « Lui, c’est un facho. Lui, c’est un facho. Nous sommes fachos. Mon voyage de noces, je le ferai à Auschwitz », conclut-il avant d’entonner, avec ses camarades, une comptine vantant les « douches gratuites » des camps de concentration.

Les parents des enfants n’ont pas apprécié les révélations. Tout comme les milieux catholiques mis en cause et le mouvement Dies Irae. Ceux-ci se sont donc ligués pour obtenir l’annulation de la diffusion de l’émission et ont mis en demeure France 2 par le biais de Jérôme Triomphe, l’avocat de l’abbé de Saint Eloi, le père Laguerie. Lequel serait également mis en cause, selon Les Inrocks, pour certains prêches et pour la proximité de son église avec une certaine cave aux murs ornés de drapeaux franquistes et utilisée par Dies Irae.

Face à ces réactions, la réponse de l’avocat des Infiltrés, William Bourdon, est sereine. « Il y a des demandes, avoue-t-il. Des réponses y seront faites mais le reportage qui a été réalisé l’a été dans le respect de la loi. » Pas d’inquiétude donc, du côté de Capa et de France 2, quant à la diffusion de l’émission.

La thèse du complot

En attendant, c’est une véritable campagne de dénigrement qui a débuté. Le site de Dies Irae évoque, pour sa défense, des manipulations sur le reportage, via des « images de synthèse montées en studio ». « Ils se servent de nous pour attaquer la Tradition et le Pape aujourd’hui », continue le mouvement, dans un communiqué. Des hypothèses « au-delà de l’absurde », raille William Bourdon.

Minute tente d’enfoncer le clou et s’attaque pour sa part au journaliste lui-même, soupçonné d’être un ancien membre du Front National de la jeunesse (FNJ) et dénonce une obsession de la « passionnante question juive ». Tout aussi absurde selon l’avocat de l’agence Capa. « La stratégie de l’extrême-droite est toujours de jeter des torrents de boue », analyse William Bourdon. « C’est dans la carte ADN de l’extrême droite de discréditer les gens qui révèlent que la bête immonde est encore à l’œuvre ici ou là. »

L’agitation qui précède la diffusion risque de n’être qu’un avant-goût du débat qui suivra l’émission. « Les gens qui verront le reportage seront accablés. Dans ce pays, il y a des enfants otages de cette propagande nauséabonde. Le film qui va passer mardi en apporte la preuve cardinale », promet encore William Bourdon.

Doit-on s’attendre à des suites juridiques? C’est probable. Concernant la campagne de discréditation du journaliste de Capa par Minute, l’agence avoue être « dans une réflexion juridique ». Quant aux institutions dénoncées, il semble que le reportage ait d’ores et déjà porté sur elles quelques coups durs. « Il y déjà une enquête de l’inspection d’académie sur l’école. Notamment sur ses cours d’histoires dans lesquels étaient diffusées des visions contemporaines pour le moins particulières. » Du révisionnisme? « Pour le moins particulières », se contente de répéter William Bourdon, prudent.

1 COMMENT

  1. Ces reportages sur les groupes extrémistes peuvent etre très intéressants , ainsi j’en ai vu un sur le bétar : édifiant .

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