L’embargo sur le pétrole arabe : 40 ans après

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Les 16 et 17 octobre 1973, en pleine guerre du Kippour, les pays arabes membres de l’OPEP réunis au Koweït annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les États qui soutiennent Israël ainsi qu’une réduction de la production de 25%. Le prix du pétrole produit dans le Golfe Persique est multiplié par quatre en quelques semaines. 40 ans plus tard, deux chercheurs du Center for Strategic & International Studies (CSIS), Frank A. Verrastro et Guy Caruso, reviennent sur ce fait marquant des relations internationales et sur son impact encore aujourd’hui.

Tout d’abord, les chercheurs tendent à rappeler les causes qui ont contribué à cette décision des pays arabes afin de procéder à une mise en perspective de l’évènement. Ainsi, et outre la prise de position des Etats-Unis en faveur d’Israël (livraison d’armes) durant la guerre du Kippour de 1973, laquelle faisait suite à une attaque surprise de l’Egypte et de la Syrie, il convient de prendre en considération certains faits antérieures qui auraient permis cet embargo.

En effet, dès 1968, plusieurs pays arabes membres de l’OPEP ont formé l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) qui a finalement constitué l’entité en charge de l’exécution de la rupture d’approvisionnement de 1973. Toutefois, Frank A. Verrastro et Guy Caruso rappellent que cette décision était également le fruit de circonstances économiques – consommation de pétrole en constante augmentation, inflation, dépréciation du baril due à la cotation du pétrole en dollars après le retrait des Etats-Unis des accords de Bretton Woods en 1971 – et de mesures politiques prises notamment par les Etats-Unis – soutien affiché à Israël. De ce fait, le 19 octobre 1973, l’OPAEP décidait un embargo total sur les livraisons de pétrole vers les États-Unis et freinait de manière sélective les exportations vers les autres consommateurs en Europe occidentale et au Japon. Et ce n’est que suite à la résolution du conflit avec Israël, en mars 1974, que l’embargo est levé.

Certes, les répercussions économiques de cet embargo furent dramatiques : le prix du pétrole a alors augmenté de 12 dollars par baril. Toutefois, les chercheurs du CSIS soulèvent également que l’embargo a eu un impact géopolitique non-négligeable. Les rapports de forces mondiaux ont été modifiés de manière durable et ce, dans la mesure où cet évènement a provoqué un transfert de richesse vers un groupe émergent de pays producteurs de pétrole. Cela a eu pour conséquences de créer un défi à l’hégémonie américaine de l’époque. Qui plus est, l’embargo a donné naissance à des tensions au sein de l’alliance occidentale, certains Etats reconsidérant alors leur soutien à Israël, au vu notamment de leur dépendance en matière énergétique.

Enfin, Frank A. Verrastro et Guy Caruso mettent en exergue l’impact de cet embargo sur l’élaboration de nouvelles politiques gouvernementales, au niveau économique, mais également énergétique puisqu’il a stimulé, surtout aux Etats-Unis, la recherche sur les carburants alternatifs.

Force est donc de constater que la décision prise par les pays de l’OPAEP a redessiné, en 1973, les équilibres mondiaux, faisant ainsi prendre conscience de l’enjeu géopolitique des ressources énergétiques. Les chercheurs constatent que l’embargo a conduit à la création d’un nouveau cadre de la politique énergétique aux Etats-Unis, ce dernier se construisant autour des notions d’indépendance énergétique, de rareté des ressources et de demande croissante en la matière.

Toutefois, ils recommandent aux autorités américaines de reconsidérer cette stratégie au regard des nouvelles dynamiques globales, et notamment avec l’émergence de nouveaux acteurs internationaux, de la redéfinition des alliances et de l’apparition de nouvelles questions supranationales comme celle du changement climatique.

Sources : CSIS, ATLANTICO Article original

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