L’accord russo-américain à la lumière de la Nehilah

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Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

Le 14 septembre 2013, le peuple juif marquait le jour du grand pardon et finissait le recueillement et la journée de prières par l’office de la Nehilah (contraction de Neilat Chéarim soit encore « la fermeture des portes du Ciel »).

Dans cet office, qui est l’aboutissement de la propitiation et de l’humiliation (Lev 16,29-31 ; 23,27-32 ; N 29,7), il n’est plus demandé d’être inscrit dans le Livre de la Vie mais bien d’y être scellé. Or, la Nehilah, a précisément été donnée à Israël pour que « cesse la violence ».

Hasard du calendrier, c’est au même moment, que les Etats-Unis et la Russie marquaient leur accord sur le principe d’une élimination des armes chimiques syriennes, avec un délai accordé à la Syrie pour présenter la liste des armes illicites. Les autorités syriennes ont, concomitamment, confirmé à l’Onu leur intention d’adhérer à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et ainsi évité, au moins provisoirement, un nouveau déchaînement de violences en cas d’intervention militaire dans le pays.

Bien évidemment, le recours à la force n’est pas définitivement abandonné : la résolution de l’Onu sur ce point (conformément au chapitre VII de la Charte Onu) ne devrait valoir qu’en cas de non respect par la Syrie à ses engagements au regard de l’interdiction des armes chimiques, en cas de refus de démanteler les 45 sites d’armes chimiques, de refus de détruire ses 1000 tonnes d’armes chimiques voire, leur utilisation au mépris des principes posés dans l’accord. Toujours est il que pour l’heure, c’est bien la voix pacifique et négociée qui est adoptée, ce qui contrarie d’ailleurs les représentants de l’Armée Syrienne Libre qui auraient préféré une action musclée de la communauté internationale pour renverser le régime (ils ont d’ailleurs fait choix de poursuivre la voie armée jusqu’à ce que tombe le système en place).

L’ensemble des problèmes n’est pas pour autant réglé. Lorsqu’ils auront été identifiés, les auteurs de l’attaque chimique du 21 août 2013 devront répondre judiciairement de ce crime contre l’humanité (qui a causé la mort de plusieurs centaines de personnes), réparer les dommages qui en ont résulté et purger les peines qui seront prononcées par l’instance pénale internationale.

Il n’en demeure pas moins vrai que les critères retenus pour avancer sur le terrain de la voie diplomatique ne sont pas entièrement satisfaisants : ce n’est pas l’agression du peuple syrien par ses dirigeants qui est à l’origine du consensus international, mais le recours aux armes chimiques pour l’anéantir. Autrement dit, le fait pour un gouvernement de s’en prendre à son peuple n’est pas en soit de nature à justifier l’action internationale pour faire cesser l’hécatombe, sauf dans l’hypothèse où il est utilisé des armes chimiques interdites par les Conventions de Genève de 1925 et 1949 ou la Convention des Nations Unies du 10 octobre 1980, dite « Convention des armes inhumaines. En réalité, c’est le principe de l’agression d’une population civile proscrite par les Conventions de La Hague de 1899 et 1907, ou encore la Charte de Nuremberg de 1945, qui aurait du déclancher l’opération internationale quelle que soit l’arme utilisée, mais comme la Russie est un des fournisseurs d’armes de la Syrie, elle s’est systématiquement opposée aux résolutions contraignantes imposées à son allié historique. Soit.

Notons qu’en tout état de cause, la violence susceptible d’être exercée contre la Syrie n’aurait que peu d’efficacité sur la situation géopolitique, pas plus que ne l’ont été les présentes opérations internationales menées dans les pays où il était, soit disant, nécessaire d’intervenir.

Pour attaquer l’Irak en 2003, Colin Powell a soutenu au monde que ce pays détenait des armes de destruction massive et qu’il fallait y instaurer une démocratie. Le pays a donc eu la « punition » qu’il était sensé mérité avant d’être laissé à l’abandon entre chiites et sunnites, avec les guerres intestines de pouvoir qui les déchirent quotidiennement, causant des centaines de morts.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont été exploités pour tenter de défaire les talibans en Afghanistan avec un but annoncé, promouvoir la stabilité du pays. L’entreprise guerrière en Afghanistan n’a toutefois pas fait tomber les talibans toujours au pouvoir, avec un gouvernement d’Hamid Karzai obligé de composer avec eux (Les bombardements contre les talibans se poursuivent désormais au Pakistan).

La guerre en Libye avait pour vocation de libérer le pays d’un despote sanguinaire mais depuis son départ, le pays est livré aux combattant et aux guerres tribales…

En cas d’attaque de la Syrie, c’est le même scénario qui se produirait. L’intervention militaire ne ferait pas cesser la guerre civile qui fait rage depuis de nombreux mois (la communauté internationale n’ose même plus annoncer le nombre de morts : le compteur s’est arrêté à 100 000 depuis près de 7 mois). Poutine livrerait ses fusées sol mer chinoises Silkworm et russes P800 Yakhont (dont la portée se calcule en centaine de kilomètres) ou encore de type steak 5 (dont la portée est encore plus importante) qui feraient énormément de dégâts. Enfin, le pays ne serait pas repris par les rebelles mais tomberait aux mains des milices jihadistes extrémistes, sanguinaires, parfaitement incontrôlables.

C’est d’ailleurs le même résultat qui se produirait en cas d’attaque de l’Iran. La communauté internationale a pourtant de bonnes raisons d’intervenir pour faire tomber le régime des mollahs : l’Iran a développé un processus d’enrichissement d’uranium et la fabrication de la bombe atomique est sur le point d’être finalisé. Téhéran craint d’autant moins les menaces internationales qu’il entend solutionner définitivement le conflit de pouvoir entre le sunnisme et le chiisme en affirmant sa capacité à se débarrasser de l’entité sioniste et ainsi, de l’emprise des Etats-Unis sur le monde (à l’origine des malheurs dans le monde de l’Islam). Enfin l’Iran est une source de déstabilisation du monde avec son soutien au Hezbollah (bras armé chiite et instrument visant à éradiquer l’entité sioniste), au Hamas (avant que des divergences de vues ne surviennent concernant le traitement de la question syrienne), aux chiites irakiens, et bien évidemment à la Syrie qu’il utilise comme base opérationnelle pour son projet de gouvernance du monde arabo-musulman.

Pour autant, il faut tout mettre en oeuvre pour éviter le recours à la force internationale qui engendrerait de nouvelles violences faites aux populations civiles. La menace d’intervention doit juste conduire l’Iran à plier et à négocier, en attendant une admission, par l’ensemble des nations, des valeurs communes d’humanité.

Peut-on risquer un rapprochement, même lointain, avec le message de la Nehilah? Lorsque les portes spirituelles se ferment, elles créent un espace intérieur où toutes les barrières disparaissent, ce qui permet la réunion de toutes les communautés d’Israël. Chacun prend alors conscience de ce point d’intériorité (‘hiout), centre vital du temps ou de l’année, qui se contracte et renouvelle la vie. La Nehila rapproche les membres de la communauté, les place au diapason de l’éternité et procure une impression de joie et d’invulnérabilité temporaires, fonction de ce qui a été vécu au cours de l’année passée et de la journée qui se termine. Peut-on croire que, de la même manière, lorsque les nations décident de négocier et qu’elles renoncent à la violence, elles soient capables de créer une forme d’harmonie universelle, spirituelle et se retrouvent, au moins temporairement, dans une forme de concorde universelle?

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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