Ki tissa Panim el panim – le face à face

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Le mot ‘’panim’’ figure sous différentes formes dans cette paracha (près de vingt-deux fois au chapitre XXXIII – 11 à 23). Il se présente tel un mot clé qui permet la compréhension de ce texte.

‘’L’Eternel parla à Moïse face à face, à la manière dont un homme parle à son compagnon…’’ Cette parole de la Thora souligne le caractère intime de la rencontre entre l’Eternel et Moïse, et nous indique par là même l’aspect particulier réservé exclusivement à celle-ci, comme en témoigne le texte : ‘’Ecoutez Je vous prie mes paroles, dit l’Eternel à Aaron et Myriam ; quand il y aura parmi vous des prophètes, Moi, Eternel, Je me manifesterai à eux par une vision ; c’est en songe que Je m’entretiendrai avec lui. Mais il n’en est pas de même de Moïse mon serviteur ; de toute ma maison, c’est le plus fidèle.

Je lui parle de bouche à bouche, dans une claire apparition et sans énigme ; l’image de D…, il la contemple ’’(Nbres XII – 6 à 8). La Thora dit par ailleurs : ‘’Il ne s’est plus levé en Israël de prophète tel que Moïse, que le Seigneur a connu face à face’’ (Deut. XXXIV – 10). La distinction établie entre les visions prophétiques de Moché Rabbenou et celles de tous les autres prophètes, présente deux aspects fondamentaux, disent les Sages :

1) La disponibilité de l’Eternel d’être à l’écoute des sollicitations de Moïse.

2) Le caractère de la relation directe qui s’établit entre D… et Moïse sans nul intermédiaire.

Maïmonide, dans ‘’Le guide des égarés’’, cite quatre différences qui distinguaient la prophétie de Moïse de celle des autres prophètes :

1) La parole n’était adressée en général que par un intermédiaire, alors qu’elle s’effectuait en face à face à l’égard de Moïse.

2) Tous les prophètes n’avaient de révélation divine que dans des visions nocturnes, des songes, ou dans un état d’assoupissement, alors que Moïse pouvait avoir ses inspirations dans l’état de veille et en pleine possession de toutes ses facultés.

3) Les autres prophètes éprouvaient pendant leurs visions un tremblement convulsif et un trouble extrême. Moïse par contre, était toujours dans un calme parfait.

4) Bien que parfaitement préparés pour l’inspiration divine, les prophètes n’étaient inspirés qu’à certaines époques, de par la grâce et la volonté divine. Moché Rabbenou avait le privilège de pouvoir spontanément et à tout instant, appeler l’inspiration divine.

Cependant, à la demande de Moïse ‘’laisse-moi donc contempler Ta majesté’’, l’Eternel répond : ‘’Je vais faire passer toute ma bonté devant ta face, Je vais proclamer D… par son Nom devant toi… Tu ne peux voir ma face, car il est impossible que l’homme me voie et vive…. Tu me verras par derrière ; ma face ne sera pas vue’’.

Il ressort de cette description que D… ne s’est pas révélé à Moïse face à face. Ce qui va à l’encontre de ce qu’atteste le texte précédemment. Pour rétablir cette contradiction apparente, nous devons reconnaître que le terme ‘’panim’’ renferme différentes significations. Ainsi nos Sages attribuent au mot ‘’panim’’ le sens de la révélation de la providence divine qui gouverne l’univers, et interprètent la demande de Moïse comme ayant pour objet de connaître les voies de l’Eternel qui régissent notamment les rétributions qui résultent de l’accomplissement des mitzvoth pour les hommes justes, en opposition flagrante avec la quiétude et le bien-être dont jouissent les malfaiteurs dans ce monde. C’est cette question préoccupante de la récompense et de la punition dans le jugement divin dont Moïse voulait percer le mystère.

A cela, D… lui répond qu’il n’appartient pas à l’homme de connaître cette énigme. Comme si ce mystère s’impose à nous, pour mettre à l’épreuve notre foi en Sa providence. Ainsi le mot ‘’panim’’ prend le sens de la vision et la compréhension de la justice divine que l’homme ne peut déceler.

Nahmanide note dans son interprétation de ce passage de la Thora, que le mot ‘’panim’’ présente l’intériorité de la Thora, ses secrets et ses mystères ; alors que le mot ‘’ahor – arrière’’, indique la compréhension à posteriori de la distinction divine du monde et la possibilité qui nous est donnée d’y porter notre attention après que l’événement se soit passé.

Le Midrach traduit le mot ‘’panim’’ par la manifestation de D… à ses créatures, par opposition au ‘’hester panim’ – l’attitude du visage caché, dissimulé derrière les événements. ‘’Panim’’ peut désigner également les traits d’un visage qui révèle la colère, ou au contraire, l’amitié.etc…

Enfin, le Or Ha hayim Ha Kaddoch traduit l’expression ‘’panim el panim – face à face’’, par ‘’la mesure équivalente’’. C’est-à-dire que l’accueil de la présence divine, sa proximité, est en rapport avec la prédisposition et la préparation effectuées par l’homme, pour atteindre cet objectif élevé. C’est à la mesure de l’effort consenti, de la volonté exprimée, de l’entreprise développée, que la personne reçoit en retour le flux divin de sainteté. Et l’image que la Thora donne du face à face, ‘’à la manière dont un homme parle à son compagnon’’, nous renvoie à cette parole du livre des Proverbes : ‘’Comme dans l’eau, le visage répond au visage ; ainsi chez les hommes, les cœurs se répondent’’ (Prov. XXVII – 19). Le cœur parle au cœur, dit-on. C’est dans le secret, dans l’intimité du cœur, que l’on nourrit la haine ou l’amour d’autrui. L’expression ‘’panim el panim – face à face’’, nous convie à sonder notre cœur pour évaluer le degré de notre lien au créateur, à travers la réalisation des mitzvoth. C’est dans la qualité et l’intensité de cette relation que nous pouvons découvrir celle que D… témoigne à sa créature.

Ecrit parle Grand Rabbin séfarade de Bruxelles, Chalom Benizri – I.S.E Article original

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