Jerusalem: ces trois synagogues qu’Obama n’a pas voulu voir

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Jérusalem/ Trois synagogues à côté du Mur

La visite qu’Obama n’a pas voulu faire
A l’été 2008, quand il n’était encore que sénateur et candidat à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama avait tenu à se rendre à Jérusalem. Et à se recueillir devant le Mur Occidental (Kotel Maaravi) – appelé également Mur des Lamentations. Ce vestige du Temple est, on le sait, le Lieu le plus saint du judaïsme.

La semaine dernière, alors qu’il effectuait à nouveau une visite à Jérusalem, le même Obama, élu président à l’automne 2008 et réélu à ces fonctions à l’automne 2012, n’est pas retourné au Mur. Parce que celui-ci se situe dans le Quartier Juif (Rova Yehudi) de la Vieille Ville : un secteur de Jérusalem qui, de 1948 à 1967, avait été occupé par la Jordanie. Et qui, de ce fait, ne pourrait être actuellement israélienne.

Le sénateur, me semble-t-il, avait des idées plus claires que le président.

Si Obama, retrouvant l’élan de 2008, était retourné dans le Quartier Juif, il aurait pu y visiter deux synagogues. Et les vestiges d’une troisième. Cela aurait nourri sa réflexion.


Hurvah

La première synagogue, toute neuve, s’appelle la Ruine : Hurvah en hébreu. Selon certaines sources, elle aurait été fondée vers l’an 100 de l’ère chrétienne : à une époque où le Second Temple avait déjà détruit, mais où Jérusalem était encore une ville presque exclusivement juive. Seize siècles plus tard, en 1700, un rabbin polonais, Yehudah le Pieux, entreprend d’édifier un lieu de prière et d’étude sur le même emplacement, afin de permettre à la communauté ashkénaze, de plus en plus nombreuse dans la Cité sainte, de prier selon ses traditions.

Il acquiert une parcelle de terrain non loin du Mont du Temple, fait bâtir , dépose quarante rouleaux de la Loi. Mais il a financé cette opération en s’endettant auprès de notables musulmans. Après sa mort, ses héritiers ne parviennent ni à poursuivre les travaux, ni à rembourser les emprunts. Un pogrome éclate en 1721, à l’instigation des créanciers : la synagogue est profanée, puis incendiée. Ce que l’on appelle désormais la Ruine fait office de dépotoir, entre deux ruelles. Sur le pourtour, des familles arabes construisent des habitations.

En 1816, Rabbi Menahem Mendel de Shklov, un rabbin lithuanien installé à Jérusalem, propose aux autorités ottomanes de payer les dettes de Yehudah le Pieux et ainsi de reprendre possession de la Ruine au nom de la communauté ashkénaze.

On lui oppose une fin de non recevoir. Mais dans les années 1830, Jérusalem est occupée par les forces du vice-roi d’Egypte, Mehemet-Ali : en 1832, un autre rabbin, Avraham Shlomo Zalman Tzoref, obtient l’assentiment des nouveaux maîtres.

La première pierre est posée en 1856. Les travaux, confiés à Nickolas Balian, architecte du Sultan ottoman, durent huit ans.


Alphonse de Rothschild

Le baron Alphonse de Rothschild offre les premiers fonds, la riche famille Sassoon, originaire de Bagdad mais installée à Londres et en Inde, prend la suite, et un souverain chrétien, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, apporte lui aussi une aide financière substantielle.

L’édifice – volumes classiques, décoration baroque – est inauguré en 1864. Il surplombe les toits plats de la Ville sainte et rivalise ainsi avec le Saint-Sépulcre d’une part, les Mosquées d’Omar et Al-Aqsa d’autre part. La yéshivah Etz-Haïm s’installe dans ses murs. Mais il conserve le nom de Ruine . Habitude – ou funeste prescience ? Quatre-vingts ans plus tard, en 1948, les Jordaniens, s’emparent de la Vieille Ville de Jérusalem et font sauter le quartier juif à la dynamite. La Ruine n’est pas épargnée.

La synagogue Splendeur d’Israël ( Tifereth Israel) connaît presque le même destin. En 1839, Israël de Sadigora, un des maîtres du mouvement hassidique, apprend que le tsar Nicolas Ier envisage de faire bâtir une cathédrale grecque-orthodoxe au cœur du quartier juif de Jérusalem. Il ordonne à l’un de ses disciples, Nissan Bek, de préempter le terrain et d’y faire construire « la plus belle synagogue du monde ». En 1843, la parcelle est acquise. Reste à trouver de nouveaux fonds pour les travaux, à engager un architecte à dresser les plans, à procéder à de premiers terrassements, à obtenir tel puis tel autre permis des autorités. Ce qui prend quinze ans. Puis, en 1858, un nouveau gouverneur turc menace de retirer les autorisations accordées par ses prédécesseurs. Sujet autrichien, Bek fait appel à son souverain, François-Joseph, qui intervient auprès du Sultan : les autorisations sont maintenues et la construction peut enfin commencer.

Dix ans plus tard, quand François-Joseph se rend pour la première fois en Terre sainte, la coupole manque encore : l’Empereur-Roi s’en étonne. « C’est qu’elle tenait à se découvrir devant Votre Majesté », lui dit Nissan Bek, avant de lui avouer que ses fonds sont épuisés. Allant jusqu’au bout de sa bienveillance, François-Joseph offre mille francs-or : la maçonnerie reprend, et la Splendeur est enfin inaugurée en 1872. Presque aussi imposante que la Ruine, elle sera également détruite en 1948.

En 1967, quand les Israéliens reprennent le contrôle de la Vieille Ville et décident de reconstruire le Quartier Juif, le Rova Yehudi , il est question de rebâtir la Ruine, dans un style plus moderne. L’architecte américain Louis Kahn est pressenti. Mais son projet – splendide – n’aboutit pas. Les urbanistes qui réédifient le Quartier Juif se contentent d’une arche, qui rappelle l’ancien sanctuaire. Finalement, Nathan Sharansky, alors ministre du Tourisme, décide en 2002 de reconstruire la Ruine à l’identique.

Coïncidence : les travaux durent, à nouveau, huit ans. Cette fois, c’est un architecte israélien, Nahum Meltzer, qui dirige le chantier, avec le concours d’un expert religieux, le rabbin Yishai Levy. En creusant les fondations, on découvre d’innombrables vestiges archéologiques, remontant à l’époque du Second Temple ou à l’occupation romaine : notamment des bains rituels et un prolongement du Cardo, la grande galerie marchande du IIIe siècle.

La nouvelle Ruine a été inaugurée le 16 mars 2010 : le 1er nissan selon le calendrier juif, anniversaire de la consécration du Premier Temple de Jérusalem. Sur le parokheth, le rideau de l’Arche sainte, le plus célèbre verset biblique concernant Sion est brodé : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ».

Tiféreth Israël, elle, a failli être oubliée. En 1960, les communautés hassidiques en avaient édifié une réplique à Jérusalem-Ouest. Personne, cependant, n’envisagea après 1967 de rebâtir le bâtiment original. Mais en 2010, les donateurs qui avaient financé la restauration de la Ruine envisagent de consacrer les mêmes efforts à la Splendeur. En fin de compte, un seul donateur – qui tient à rester anonyme – offre 10 millions d’euros en 2012 : ce qui permet à la mairie de Jérusalem d’avaliser le projet. Comme pour la Ruine, on reconstruira à l’identique. Et après des fouilles archéologiques minutieuses.

Bâtie en 1862 à quatre-vingt mètres seulement du Mur, la synagogue Tente d’Isaac (Ohel Yitzhak) n’a pas été détruite en 1948 : elle a été abandonnée dès 1938 par ses fidèles juifs, à la suite d’un pogrome. Et transformée en habitation arabe.

En 1967, Ohel Yitzhak est confiée à un libraire juif, Ben Arza. Après sa mort, dans les années 1990, sa veuve cède l’édifice à une ONG américaine, les Amis de l’Everest, qui en assurent la restauration. Les fouilles permettent de dégager de multiples vestiges, sur plus de mille cinq cents ans : de l’époque du Second Temple à celle des Mamelouks.

Magnifiquement remise en valeur, la synagogue a été rendue elle aussi au culte et à l’étude.

© Michel Gurfinkiel, Article original 2013

TAGS: états-unis, hurvah, israël, jérusalem, kotel, mur, obama, ohel yitzhak, pogrome, ruine, splendeur, tiferet

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