Israël, s’il vous plait, disparaissez !

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C’est une idée qui fait son chemin. Elle s’exprime désormais sans honte protégée par l’innocence apparente de son questionnement : « et si la création de l’Etat d’Israël en 1948, par l’ONU, avait été une erreur ? » « Si au lieu de réparer un crime, l’ONU avait contribué à en favoriser un autre ? »

Depuis soixante ans, avec des succès inégaux, le projet de retirer cet Etat de la carte prend soudain une autre tournure. « S’il vous plait disparaissez pour notre plaisir ! Disparaissez pour apaiser la planète! Disparaissez pour que la terre retrouve son harmonie ! »

Tel est le message explicite ou murmuré ou bien encore subliminal qui se dit se chuchote, s’écrit ou se pense dans différents lieux.

Tel est le message qui est adressé à Israël de manière de plus en plus insistante tandis qu’une autre voix beaucoup plus vociférante annonce qu’elle va bientôt passer à l’acte pour débarrasser la terre de cette désagréable pustule. Ainsi le boulot serait en passe d’être accompli par un clone islamique d’Hitler, grâce à la bombe atomique qu’il s’efforce de fabriquer.

Pendant ce temps, en occident on s’apprête à sortir ses mouchoirs dès que la bombe explosera sur Tel Aviv, la ville sioniste par excellence, celle qui n’a pas le droit d’être.

Si tout le monde occidental ou presque s’accorde pour estimer qu’Ahmadinedjad ne répond pas aux canons de la bienséance, personne n’ose y regarder de trop près, comme on n’ose pas regarder de trop près cet autre fantasque de Kadhafi avec sa tente, ses amazones, ses dromadaires et ses propos déraisonnables.

Le folklore oriental possède cet avantage : il inspire au fond une indulgence méprisante, post coloniale, aux bons esprits progressistes alors qu’il devrait aussi leur inspirer de l’effroi. Ça n’est pas Hitler que l’Occident reconnaît dans le président iranien mais un despote à la sauce orientale qui en ferait trop. « Comment peut on être persan » est une question amusante alors que « comment peut on encore être israélien » est une question sérieuse.

Voilà un pays grand comme trois départements français qui exaspère la terre entière pour son mauvais esprit, sa raideur bornée et dès lors tous ceux et celles qui adorent disserter sur la shoah s’enivrent de leurs larmes pour accabler cet Etat qui construit un mur (quelle horreur, un mur !) pour s’emprisonner.

Que les juifs sont émouvants quand ils sont battus ! Comme ils font de beaux livres sur leurs pérégrinations ! Comme ils savent être drôles sous la menace ! Qu’ils sont intelligents, subtils, délicieusement névrosés lorsqu’ils sont en diaspora ! Comme ils savent si bien composer, inventer, philosopher quand leur dispersion est source de pensée et comme cet Etat est grossier, fruste et antipathique.

« Comment être juif après Gaza ? » questionne Esther Benbassa, sans que jamais une question parallèle ne soit énoncée: « comment partager le monde avec Ahmadinedjad ? » Le projet du président iranien n’est il pas l’anéantissement d’Israël ? N’est il pas négationniste ? Comment peut on faire crédit à un individu pareil ? Comment peut on négocier avec lui ? Ne s’est on pas, ici, gargarisé de « plus jamais ça » alors que certains proposent que « ça » recommence?

Oui,mais disent certains… Si le racisme antisémite est condamnable, le « philosémitisme » n’est il pas « réactionnaire » nous dit Ivan Segre, philosophe israélien qui voit dans la dénonciation de l’antisémitisme contemporain la dissimulation de positions néo coloniales, « islamophobes ». N’y aurait il pas un usage abusif du « nom juif », une appropriation dévoyée d’un substantif qui n’aurait droit, pour être considéré qu’à une position d’attribut dans une économie intellectuelle de gauche telle que la propose Alain Badiou?

Cet éternel « retour sur la question juive », qu’Elisabeth Roudinesco remet sur l’ouvrage, ressassé, malaxé, trituré, prépare autre chose qu’un questionnement de la question juive adressée à la condition humaine. Incapables de penser cette question dans les catégories qui sont les siennes, fussent elles « déconstruites » au fil de l’histoire, les clercs cherchent à effacer la question plutôt que de l’affronter.

Le « signe juif » n’est accepté, considéré, qu’à la condition de rester dans les catégories qui furent traditionnellement les siennes et on n’honore les victimes de la shoah que pour mieux en accabler les survivants ayant eu le tort d’émigrer en Israël.

La shoahlâtrie se conjugue aisément avec l’israélophobie la plus extrême et il n’est plus nécessaire aujourd’hui de contester la réalité du projet nazi et sa mise en œuvre pour mettre en cause la légitimité d’Israël, si tant est qu’Israël devrait son droit à exister qu’en tant que réparation de la shoah.

Il ne reste plus que ce ringard de président iranien à inviter des négationnistes. Désormais le dernier chic progressiste consiste à ajouter ses larmes aux torrents anti fascistes déjà dégoulinants pour affirmer que les nouveaux nazis sont les israéliens et qu’en tant que tels, le « régime sioniste » dont ils sont issus doit être anéanti.

Tel est le sens de la mise en équivalence de l’étoile de David avec la croix gammée telle qu’elle est désormais affichée dans toutes les manifestations « anti impérialistes ».

Quel bonheur pour l’ONU et son grotesque Conseil des droits de l’homme, de trouver un juge juif pour accuser Israël de crimes contre l’humanité ! Après Durban 1 et 2, nazifier Israël est bien l’argumentaire suprême de sa délégitimation.

La question n’est donc plus la « question juive », mais bien sa mutation en « question Israël». Ce qui ferait problème serait cette étrange enclave du bout de la Méditerranée, étrangère à son environnement, refusant de se dissoudre.

Depuis quand demande-t-on au présent de corriger l’histoire qui a engendré ce présent ? Demande-t-on au président du Brésil, le sympathique Lula, de rendre l’Amazonie aux Nambikwara ? Demande–t-on à Obama de rendre le Far West aux Sioux et aux Cheyennes ? Demande-t-on aux arabes de rendre le Maghreb aux berbères ? Les polonais réclament ils leur retour à l’Ouest de l’Oder ? Et les allemands à l’Est ?

Des millions de personnes ont été déplacées dans le monde au gré de l’histoire, en Europe, en Inde, au Pakistan. Combien de centaines de milliers de juifs ont ils fui les pays arabes pour trouver refuge en Israël ?

Or le peuple d’Israël est le seul au monde dont le droit à une existence nationale est remis en cause parce qu’une mauvaise foi planétaire ne veut pas comprendre qu’être juif signifie simultanément deux choses correspondant à la fois à un destin individuel autant qu’à une communauté de destin partagée.

N’y aurait-il pas de lien historique entre cette terre et ce peuple ? Qu’est ce qui construit un peuple sinon l’idée partagée de lui appartenir ? Et on contesterait aux seuls juifs ce droit né de la réalité de leur histoire, que cette prière vient rappeler, « l’an prochain à Jérusalem ! »

Quelle aubaine pour les obsessionnels de l’anti-israélisme que ce soit un historien israélien, Shlomo Sand, qui explique « comment le peuple juif fut inventé » !

Ah ! Bien sûr la politique suivie par l’actuel gouvernement israélien ne plaît ni à la rive gauche ni à la banlieue Est, mais ça n’est pas pour cela qu’elle devrait s’amender mais bien au nom de l’avenir.

Cet Etat, Israël, fut bâti pour être celui du peuple juif. Pourra t-il l’être encore dans cinquante ans ? Ce sont des raisons démographiques qui font douter de la pertinence de la politique actuelle.

L’Etat des juifs pourra t il encore se nommer Israël quand, dans quelques années, ces territoires gardés, la population arabe sera numériquement supérieure à celle des juifs ? Comment Israël pourrait il rester un Etat démocratique si une minorité juive devait assumer un pouvoir sur une majorité arabe ?

En ne développant aucune illusion sur les charmes de l’Orient, il y a urgence, pour Israël, à se libérer de ces territoires. L’autisme ne saurait fonder une politique.

Que tous ceux qu’Israël dérange se rassurent : cette intranquilité du nom d’Israël, les protège, malgré eux, car ce qui menace aujourd’hui Israël, les menace aussi et si nos libertés tiennent encore à peu près debout, c’est bien parce qu’Israël en est le premier rempart. Croyez vous vraiment que sans Israël la terre tournerait mieux ?

Non ! Ô vous frères humains ! Demain il sera trop tard pour ne pas l’avoir compris !

Jacques Tarnero © Primo, 2 décembre 2009

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