Iran : Ahmadinejad au tapis

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Les partisans du Président ont essuyé une débâcle aux législatives face au camp du Guide suprême.Son charisme populiste a enthousiasmé les foules, ses menaces contre Israël ont enflammé le monde arabe, son négationnisme a scandalisé l’Occident et ses visions millénaristes ont stupéfait l’assemblée des Nations unies. Mahmoud Ahmadinejad a cru qu’il pouvait tout se permettre. Mais il y avait une ligne rouge à ne pas franchir, en particulier quand on est fils de forgeron : défier le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Pour avoir bafoué cette règle, le président iranien vient d’encaisser un coup sévère, il vient de perdre les élections législatives, et, dès lors, il risque fort de ne pas pouvoir faire élire son poulain lors de la prochaine présidentielle.


Ali Larijani

Méli-mélo. D’ores et déjà, les résultats du premier tour semblent indiquer une écrasante victoire des partisans du Guide. Réunis dans la coalition du Front uni, dirigée par le président du Parlement sortant, Ali Larijani, cette faction pourrait même obtenir les trois quarts des 290 sièges du Majlis au détriment du Front de la persistance, qui rassemble le camp du Président. «M. Ahmadinejad ne doit pas être content des résultats», commentait dernièrement un diplomate iranien. Pour le moment, une comptabilité plus précise n’est guère possible, le scrutin législatif ressemblant à un méli-mélo assez impénétrable du fait que les candidats peuvent se présenter sur les deux listes concurrentes. Ainsi, sur les 222 élus du premier tour, 54 candidats présents simultanément sur les listes de ces deux coalitions ont été choisis, sans qu’il soit possible de savoir quel parti ils choisiront d’appuyer. Même inconnue pour 89 députés «indépendants», aux allégeances incertaines, qui sont parvenus à se faire élire contre les candidats des principaux mouvements.

Gholam Ali Hadad Adel

Le scrutin a permis de voir l’émergence dans la politique iranienne d’un poids lourd, l’ancien président du Parlement Gholam Ali Hadad Adel, un proche du Guide suprême et beau-père de son fils Mojtaba, présent sur les deux listes. Ayant rassemblé plus d’un million de votes sur son nom, selon les chiffres officiels qui n’ont pu être vérifiés, il pourrait faire figure de favori à l’élection présidentielle de l’an prochain. A l’inverse, l’opposition réformatrice ne pèsera plus d’aucun poids dans le prochain Majlis, puisqu’elle n’a remporté que 19 sièges – contre 60 dans le précédent Parlement. Le camp réformateur n’avait d’ailleurs pas présenté de liste unifiée, estimant que les conditions d’une «élection libre et honnête» n’étaient pas réunies. Non content d’apparaître encore plus affaiblie, la faction réformatrice s’est encore divisée.

Ali Khamenei – Le guide suprême iranien

Alors que plusieurs personnalités avaient appelé au boycott du scrutin, l’ancien président Mohammad Khatami a décidé, lui, d’aller voter. Il a fait valoir que le fait de ne pas présenter de liste ne signifiait pas pour autant un boycott, et que le camp réformateur devait se libérer du passé et «commencer un nouvel avenir». Une déclaration d’autant plus critiquée que les deux chefs de file réformateurs, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi sont en résidence surveillée depuis plus d’un an, ne pouvant même plus communiquer. Mais ces propos pourraient indiquer qu’une partie de cette mouvance cherche à se rapprocher du camp conservateur, à présent qu’Ahmadinejad a mordu la poussière.

Mahmoud Ahmadinejad

Cette défaite du Président était le principal enjeu du scrutin. Mahmoud Ahmadinejad paye sa mauvaise gestion de la crise économique et une série de décisions pour le moins hasardeuses. Lui, qui s’affirmait le champion des mostazafin (déshérités), a coupé les subventions aux produits alimentaires et à l’essence, les remplaçant par des dons d’argent d’une trentaine d’euros par mois et par famille. D’où une inflation des plus sévères – officiellement de 21%, en réalité beaucoup plus – qui saigne les plus démunis alors que les sanctions internationales se font de plus en plus sentir.

Mais le recul d’Ahmadinejad s’explique aussi par la volonté du Guide. Celui-ci n’a guère apprécié d’être défié par un homme qu’il avait fait émerger et qu’il avait particulièrement soutenu après l’élection truquée de 2009, au moment où des centaines de milliers d’Iraniens étaient dans la rue, alors qu’il est supposé être au-dessus des factions. Principal reproche : la volonté de mettre sur la touche la caste des hauts religieux hostiles à toute modernité, notamment en exaltant la culture persane préislamique et en défendant l’existence d’une «école iranienne de l’islam», ce qui fait hurler les ayatollahs.

Encombrant. Leur principale cible est Esfandiar Rahim Machaï, le dauphin du Président, dont le fils a épousé la fille et qui jouait le rôle de boutefeu par des déclarations fracassantes. C’est à lui qu’Ahmadinejad songeait pour lui succéder, un troisième mandat lui étant interdit. S’il avait voulu terminer paisiblement le sien, Ahmadinejad aurait dû se débarrasser de son encombrant ami. Sa mauvaise gestion de la crise pourrait même l’amener à être convoqué au Parlement. Seule consolation : un très grand nombre des 79 députés sortants qui avaient réclamé en février sa convocation ont été battus, ainsi que la liste «Voix de la nation», qui réunissait à Téhéran quelques-uns de ses plus virulents détracteurs

Par JEAN-PIERRE PERRIN – Libération

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1 COMMENT

  1. “Tant va la cruche (Ahmadinejad) à l’eau, qu’à la fin elle se casse”… C’est un scénario bien connu, divisés, les iraniens vont en voir de “toutes les couleurs”, et forcément leurs préoccupations vont changer, M. M. Ahmadinejad ne va pas s’incliner sans tenter les stratagèmes les plus tordus, qui peuvent bien aller jusqu’à l’usage de la force… et là, nous connaissons tous l’issue d’une telle situation, si l’on veut faire bref, les iraniens en ont plein le dos… des gesticulades de leur président…
    Il est quelque chose d’infiniment puissant qui veille, pour punir, il élève au plus haut rang pour précipiter ensuite dans les ténèbres les plus obscures…

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