Guerre de proximité entre Israël et Iran à Nairobi

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L’horrible attentat perpétué par le groupe terroriste Shebab à Nairobi est un rappel tragique de la menace islamiste en Afrique. C’est également l’occasion pour Israël de mettre son expertise anti-terroriste au service des pays africains ciblés par le terrorisme islamiste.Shebab (ou Al- Shabaab – qui signifie « jeunesse » en arabe) est une organisation islamiste fondée en 2005 en Somalie. Depuis la chute du régime militaire de Siad Barre en 1991, la Somalie est restée sans gouvernement officiel et sans autorité centrale. Elle a sombré dans le chaos avec des gangs et des milices se disputant le contrôle du pays. En 2009 , al-Shabaab avait environ 5000 combattants et contrôlait la moitié sud du pays (y compris la capitale Mogadiscio). Le groupe devint ainsi le premier allié d’Al-Qaïda à diriger partiellement un pays musulman. En 2011, Al- Shabaab a perdu Mogadiscio en faveur des troupes du Gouvernement fédéral de transition (GFT). Depuis, Al-Shabaab a perdu près des deux tiers du territoire qu’il contrôlait dans le sud de la Somalie, mais il reste dangereusement actif en Afrique, comme l’a montré l’attaque terroriste de Nairobi.


Defilé pro-Iranien au Nigéria (2008)

Al- Shabaab collabore avec AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au Sahel ainsi qu’avec Boko Haram au Nigeria. AQMI opère depuis le Mali et vise à renverser le gouvernement algérien pour le remplacer par un État islamique. Boko Haram (qui signifie “l’éducation occidentale est un péché”) vise à établir la charia au Nigeria , ainsi qu’au Cameroun et au Niger. L’ancien chef du commandement américain pour l’Afrique, le général Carter F. Ham, a averti à plusieurs reprises qu’al-Shabaab, AQMI et Boko Haram collaborent dans toute l’Afrique, en coordination avec Al-Qaïda.

Géographiquement, donc, les trois organisations terroristes s’étendent de l’Afrique de l’Est à l’Afrique de l’Ouest via le Maghreb. Cet « Arc islamiste» passe par trois pays qui sont d’une importance stratégique pour l’Afrique et pour l’économie mondiale : le Mali est le troisième producteur d’or d’Afrique (après l’Afrique du Sud et le Ghana) ; le Nigeria est le premier producteur de pétrole en Afrique et possède les plus grandes réserves prouvées de gaz naturel du continent ; la Somalie borde un passage maritime majeur pour le commerce international.

Or cet “Arc islamique” en Afrique implique l’Iran. En effet, en février 2013, des observateurs des Nations Unies pour l’embargo sur les armes en Somalie ont révélé qu’al-Shabaab recevait des armes en provenance d’Iran et du Yémen. l’Iran est également très actif auprès de son allié le Hezbollah en Afrique. Le gouvernement nigérian, en coopération avec Israël, a récemment découvert une cellule du Hezbollah et un cache d’armes dans la ville de Kano au nord du Nigeria. La coopération entre Israël et le Nigeria fait partie d’une activité israélienne plus large visant à contrer la présence du Hezbollah en Afrique de l’Ouest. Israël a offert son expertise en formation et de l’équipement de sécurité aux gouvernements ouest-africains qui s’opposent aux activités du Hezbollah sur leur territoire.

Le «Problème islamique » du Nigeria n’est pas limité au Hezbollah et à Boko Haram. Il comprend aussi le mouvement islamique au Nigéria (MIN), une organisation fondée dans les années 1980 avec le soutien financier et logistique de l’Iran. Le MIN a été fondé par des étudiants nigérians de la Société des étudiants musulmans qui ont été formés par la République islamique d’Iran après 1979 afin de créer une révolution islamique sur le modèle iranien au Nigeria. Le chef fondateur du MIN était Ibrahim Zakzaky, qui s’est converti de l’islam sunnite à l’Islam chiite.

Aujourd’hui, Zakzaky est le leader incontesté des chiites au Nigeria. Il donne ses sermons sous un portrait d’Ayatollah Khomeini. Ses discours sont violemment antisémites. Selon Abel Assadina, un ancien diplomate iranien a qui a fait défection en 2003, l’Iran établit des bases de pouvoir local en Afrique avec pour but d’influencer les gouvernements locaux et de les inciter à agir contre les intérêts occidentaux. En novembre 2010, le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré ouvertement que la « politique africaine de l’Iran » était une priorité pour son pays.

Les conséquences de l’infiltration islamique en Afrique ont été délétères, à commencer par l’attaque terroriste d’al-Qaïda en 1997 contre l’ambassade américaine à Nairobi. Puis vint l’attentat de 2002 contre des touristes israéliens à Mombasa. Plus récemment, en mai 2013, un tribunal kenyan a condamné deux Iraniens pour avoir planifié des attaques terroristes contre des cibles occidentales au Kenya. Israël était impliqué dans les activités anti-terroristes au Kenya bien avant la dernière attaque à Nairobi. Les Iraniens condamnés en mai 2013 avaient été interrogés dans une prison au Kenya par des enquêteurs israéliens.

Israël a activement aidé le gouvernement kenyan contre les terroristes d’Al-Shabaab au cours du récent attentat de Nairobi. Cette aide va se renforcer, et pas seulement au Kenya. D’une certaine manière, il y a une guerre à distance entre l’Iran et Israël en Afrique. Dans tout le continent africain, de plus en plus de pays sont victimes du terrorisme islamique, mais ils ne sont pas tous prêts à renoncer aux avantages économiques que leur procure la coopération économique avec l’Iran. Les États-Unis doivent compenser les Etats africains prêts à abandonner leurs liens économiques avec l’Iran, et Israël doit tout faire pour aider les gouvernements africains menacés par le terrorisme islamique.

Israël et les gouvernements africains pro-occidentaux ont un intérêt commun dans la défaite de la « politique africaine » de l’Iran, et la tragédie de Nairobi est là pour nous rappeler qu’il y a urgence.

Emmanuel Navon dirige le Département de science politique et de communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem, et enseigne les Relations Internationales à l’Université de Tel- Aviv et au Centre interdisciplinaire de Herzliya. Il est également membre du Forum Kohelet de politique publique.


Emmanuel Navon, aux côtés de Philippe Karsenty.

Par Emmanuel Navon sur : i24news.tv Article original

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