GENETIQUEMENT JUIF ? « L’Héritage de Jacob. L’histoire des juifs à travers le prisme de la génétique », de David B. Goldstein : une histoire de gènes

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    Ecrit par le généticien David B. Goldstein, directeur du Centre for Genome Science de l’université Duke (Etats-Unis), ce livre est paru la même année – 2008 – que le livre de l’historien israélien Shlomo Sand Comment le peuple juif fut inventé.

    C’est peu dire que les deux ouvrages sont opposés. Sand remet en question la notion fondatrice d’un exil des juifs vivant en Judée en 70 après J.-C., après la destruction de leur Temple par les Romains, et explique principalement par des conversions la présence importante de juifs en Afrique du Nord et en Europe. Scientifique réputé, Goldstein entend « faire parler l’ADN » comme l’on dit, pour valider une tradition orale.

    Il passe en revue les différences que la génétique pourrait mettre en évidence entre les populations juives et les « populations d’accueil « . En analysant les variations de l’ADN du chromosome Y, porté par les hommes, des chercheurs, dont Goldstein, ont montré qu’il permettait de localiser une origine géographique.

    Pas question de chercher un « chromosome juif ». En bon scientifique, Goldstein sait que cela relèverait du fantasme. Mais des études ont mis en évidence le fait que « le chromosome Y des juifs est plus caractéristique des populations sémites que celui des populations germaniques ou scandinaves », commente-t-il.

    En se concentrant sur le chromosome Y des Cohen, une lignée que la Bible identifie comme des prêtres descendant d’Aaron, frère de Moïse, le généticien a identifié un type chromosomique caractéristique, l’haplotype modal Cohen (HMC), qui semble les faire remonter à l’époque où le roi Salomon aurait fait bâtir le premier Temple. L’HMC « n’est certes pas l’exclusivité des juifs. Il n’est pas rare qu’on le rencontre chez 1 % ou 2 % des individus parmi des populations non juives », souligne Goldstein.

    Appliqués aux Lemba, un peuple de langue bantoue vivant en Afrique australe et se considérant comme originaire de Judée, et aux Lévites ashkénazes, descendants de la tribu fondée par Aaron, les outils génétiques sont moins univoques. Chez les Lemba, le HMC a une fréquence importante, mais on ignore par quel biais. Dans le cas des Lévites ashkénazes, Goldstein n’est pas loin de rejoindre la thèse défendue en 1976 par Arthur Koestler dans La Treizième Tribu, et donne crédit au scénario d’une caractéristique portée par le chromosome Y héritée des Khazars, dont l’empire se situait entre le Dniepr et la Volga du VIIe au début du XIe siècle.

    Goldstein reconnaît les limites des études s’appuyant sur le seul chromosome Y : « De mon point de vue – celui de l’historien généticien -, le chromosome Y n’est pas pertinent parce qu’il ne dit rien des schémas migratoires des femmes », qui déterminent l’identité juive.

    Reste que la mise en évidence d’éléments génétiques reliant des individus se considérant comme juifs à la population de Judée peut mettre au jour des mélanges avec d’autres populations, contredisant l’idée d’une pureté de la lignée, voire conduisant à servir de base à une hiérarchisation, selon le degré de « métissage », au sein même de ceux qui s’identifient comme juifs. « Nos gènes ne sont pas forcément notre destin, et d’ailleurs mieux vaut qu’ils ne le soient pas », écrit sagement David Goldstein.

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