Force de frappe israélienne : la vie de l’équipage d’un sous-marin Dolphin

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Torpilles et sandales : un sous-marin d’une valeur d’un demi-milliard de $ transporte des soldats de Tsahal pour des opérations sous couverture à des milliers de miles marins de chez eux. Qu’est-ce que le secret total apporte aux missiles de précision ? Que font-ils, quand un marin doit subir une opération chirurgicale ? Et qui est le type chanceux qui a droit à une douche quotidienne ? Ynet a pu bénéficier d’un rare passage au sein de l’unité la plus secrète d’Israël.
La discipline du silence le plus total.

Rares sont les soldats de Tsahal, qui reçoivent les remerciements personnels d’un Général-Major, dès qu’ils reviennent à leur base après une opération. Aussi, l’importance de l’unité sous-marine, l’une des unités les plus secrètes de l’armée d’Israël, peut devenir évidente, sur les jetées du port militaire d’Haïfa, où le Commandant de la Marine, le Général-Major Ram Rothberg, fréquemment, accueille en personne, le retour des sous-mariniers pour les féliciter de l’accomplissement réussi d’une nouvelle mission.

Mais, en dehors de la Marine, aussi rares sont ceux, au courant des activités de l’unité. Alors que le public est encore informé, par voie de presse, de certaines des missions des Sayeret Matkal ou du Shayevet 13, les aventures de l’unité sous-marine sont, et demeureront, entourées du sceau du secret.

“C’est vraiment la poisse de passer du bon temps avec des amis d’autres unités, de les entendre raconter les récits de leurs exploits, mais de devoir garder le silence, lorsqu’ils demandent à quoi ça ressemble d’opérer au-delà des frontières », admet Victor, un jeune sous-marinier.


INS Tekuma (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


Le Commandant du Tekuma, le Lieut. Col. Gal. s’entraînant pour la prochaine guerre (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)

Cette semaine, Ynet a eu le privilège de suivre les manœuvres d’un sous-marin, à une profondeur d’environ 400 m, et d’accompagner les soldats qui ont reçu l’ordre d’attaquer une cible en eaux profondes, tout en devant résoudre des problèmes apparemment bénins, pour ceux qui restent sur la terre ferme : comment fumer une cigarette, rationner l’eau, rester en forme et que faire, lorsqu’un soldat doit recevoir des soins médicaux.

De toute façon, qui a encore besoin d’un sous-marin?

A l’origine, ces véhicules monstrueux qui ont joué un rôle crucial dans les guerres mondiales du passé n’étaient vraiment pas la tasse de thé qui pouvait faire l’unanimité parmi les « huiles » de l’armée israélienne, et le premier sous-marin n’a rejoint la flotte israélienne qu’en 1959.

Y compris de nos jours, alors que le prix d’un unique sous-marin (environ un demi-milliard de $) peut permettre d’acheter plusieurs bataillons de tanks, ou une poignée d’avions de combat, le débat houleux autour de la taille idéale que devrait atteindre l’unité sous-marinière, se poursuit.

Observer les sous-marins en action (Video: IDF Spokesperson Unit)

Cependant, dans les mois à venir, la Marine va recevoir, d’Allemagne, un quatrième sous-marin, qui sera ensuite rejoint par deux autres supplémentaires, en 2017.

Jusqu’à ce jour, le Commandant du sous-marin l’INS Tekuma, que nous avons pu approcher, n’a qu’une réponse cinglante à retourner aux détracteurs de ces engins, chargée d’une lourde allusion à leurs capacités stratégiques inégalées.

“Je les invite à prendre connaissance de nos réalisations opérationnelles, de ce que nous transportons et de ce que nous avons fait », réplique le Lieutenant-Colonel Gal. « On ne doit pas se laisser leurrer par l’apparence tranquille que peut prendre ce « tube ».


Le jouet le plus cher de Tsahal (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


(Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


(Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)

Alors que les régiments d’infanterie et les blindés pratiquent fièrement leurs exercices, en se préparant aux prochaines hostilités sur le front Nord, Gal reste délibérément vague : « Oui, nous prendrons une part significative, dans la prochaine guerre, nous nous préparons et nous exerçons précisément pour cela. Les secrets de la réussite, comme toujours – seront le fruit de la discrétion et de la surprise les plus totales ».

La torpille silencieuse.

La partie la plus sensible de l’exercice- plonger vers les profondeurs après avoir quitté le port- s’accompagne d’un flux infini d’ordres, retransmis entre chaque soldat et officier qui en a l’autorisation, selon le rôle qui lui est imparti.

Même le ton qu’on doit adopter est réglementé et prescrit : le rapport d’un bouton actionné ou défectueux, d’une valve mise en marche ou d’une roue qui tourne, s’il est exprimé dans une tonalité qui n’est pas claire, va provoquer l’exigence du Commandant que le rapport soit répété. A une profondeur de plusieurs centaines de mètres, le sous-marin étant sous une forte pression de la mer, le lourd silence qui l’entoure peut être source de confusion.

Après que les réservoirs géants se soient vidés de leur air et sont remplis de centaines de tonnes d’eau, permettant au sous-marin de plonger comme un hydre géant, les éclairages du centre de renseignements et de combat du vaisseau se déclenchent et la mission commence. L’objectif : rechercher et détruire deux navires ennemis, simulés par deux bateaux patrouilleurs de classe Dabur, appartenant à la Marine.

Toutes les minutes et quelques, un soldat transmet des indications en diffusant un faisceau lumineux vers le plafond, vérifie les valves et vacuomètres pleins à craquer, pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite. La tension à bord, n’est rythmée que par le compas du navigateur, dont les yeux restent collés à la carte sur son bureau.

Sans radar, la seule et unique donnée sensorielle du sous-marin dépend de l’oreille fine des opérateurs du sonar, les « sonaristes », capables de décoder le son des vagues, qui fait écho au moindre objet flottant en mer, selon la distance, la gamme et la qualité du reflux émis. Tout se passe comme si un homme pouvait identifier chaque genre et chaque modèle de véhicule, les yeux fermés, en se fondant uniquement sur le bruit d’un moteur.


La table de navigation, le compas, la carte (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


Les dernières nouvelles quotidiennes (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


Dormir sous la mer (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)

Aussi, de façon à ne pas déranger le travail des sonaristes, le sous-marin est stabilisé et l’équipage ne parle que lorsque c’est absolument nécessaire. Même le centre de lancement des torpilles reste silencieux. Dès que la cible est acquise, le capitaine l’identifie comme l’ennemie, et l’officier chargé des systèmes de lancement de l’engin armé est le seul à déclencher les moyens de destruction : Silence, torpilles meurtrières.

Gal, le Commandant, teste ses subordonnés et simule un dysfonctionnement sur une torpille de croisière. Comme seule alternative, une arme moins secrète est lancée. Après un court instant qui dure une éternité, la seule décharge du missile sur l’écran plasma frappe très précisément la cible et la détruit.

Les seuls Soldats en shorts?

Cette action qui fait partie de l’exercice, ou de la mission, ne couvre seulement que la pointe de l’Iceberg du travail des sous-mariniers. Le chemin qui mène à la cible est long, ardu, bourré d’obstacles survenant de dilemmes inattendus et complexes, parfois, qui représentent des dangers d’où découleront la vie ou la mort.

“Nous sommes très indépendants, parfois, nous restons une longue période sans le moindre contact avec la base, totalement autonomes pour prendre nos propres décisions”, dit le capitaine-adjoint, le Major Ben.

“Il est arrivé qu’un officier perde un doigt, lorsqu’une porte lui avait claqué dessus, au cours d’une mission prolongée, ou qu’un marin tombe malade, ou même, nous avons dû notifier à un soldat, la mort de son père, au cours d’une opération en eaux profondes. Nous lui avons expliqué la signification que prendrait, pour lui, qu’on le transfère sur une plage, et il a choisi de poursuivre la mission jusqu’au bout et n’a pu assister aux funérailles.

“Il y a aussi eu des incidents liés à des dysfonctionnement mécaniques graves, comme des fuites d’origine complexe, et le capitaine a décidé de poursuivre. Pour de longues missions, nous emmenons un médecin. Il dispose d’une petite salle d’opérations chirurgicales à l’intérieur du bâtiment, et de l’autorité pour déterminer si un soldat blessé doit bénéficier d’une évacuation. Il nous est arrivé qu’un marin souffre d’appendicite en mission et que nous devions faire demi-tour ».

Pour s’assurer qu les hommes resteront sains, avant de partir en mission, l’équipage est examiné par un médecin, y compris au cours d’un examen dentaire poussé, pour éviter autant de problèmes que possible.

“Réellement, à l’intérieur du sous-marin, il existe une autre sous-marin. Chaque élément est muni d’une sauvegarde, de systèmes auxiliaires en double et en triple », fait remarquer le Major Ben.


Le cuisinier prépare du pain à l’ail (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


Un seul soldat peut prendre une douche quotidienne (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)

Economiser l’énergie et éviter le moindre risque est un souci qui se ressent partout à tous les niveaux : le cuisinier est le seul membre de l’équipage qui a droit à une douche quotidienne –pour des raisons sanitaires – et la cuisson se fait sur une cuisinière électrique pour empêcher l’émission de C02 d’envahir l’espace confiné.

“Les douches sont très courtes, pas plus de 2-3 minutes, et avec l’approbation du commandant, uniquement”, affirme le capitaine-adjoint. « C’est pourquoi, en mission opérationnelle, nous portons toujours des vêtements civils –des shorts, tee-shirts et sandales – afin de réduire les problèmes de sudation et limiter le besoin de prendre des douches et de laver les vêtements. Nous ne portons nos uniformes que lors des manœuvres. Pour économiser l’eau, nous lavons les assiettes à l’eau de mer ».

Ces prédispositions inhabituelles – des soldats de Tsahal en territoire ennemi, à des milliers de kms d’Israël, portant des shorts – sont également imposées par la discipline du silence. Chaque pas en rangers ou bottes militaires sur le sol du sous-marin se répercuterait et perturberait le sonariste.

Des restrictions pour fumer.

Le tempo de l’exercice pose des difficultés supplémentaires à l’équipage. Durant ce temps, ils ne dorment que 3 à 4 heures par jour et au cours d’une opération réelle, on pourrait exiger d’eux qu’ils restent éveillés et en alerte, au moins 48 heures durant.


Trois cabinets de toilettes (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)


La cantine (Photo: Omer Sela, IDF Spokesperson’s Unit)

Le Lieutenant-Colonel Gal remarque que la vie quotidienne en quartiers étroits et fermés et que les missions prolongées sont empreintes d’une atmosphère très particulière, à bord du vaisseau, alors que l’équipage se lance dans de longues conversations, privé de distractions sur Facebook et de smartphones.

Les fumeurs disposent d’une petite chambre confinée, mais ils ne peuvent fumer qu’avec l’approbation du commandant et en des circonstances rares.

“Il y a aussi un écran plasma pour la TV et le passage des DVD, et les gars emportent des bouquins » ajoute Gal.

Excepté les activités de loisirs, durant ses temps libres, l’équipage s’entraîne sur les systèmes sous-marins. « Les officiers présents connaissent par cœur la fonction de chaque valve qui fait partie des 3000 à bord de ce bâtiment », explique le Major Ezra, l’officier technicien.

A la convenance des soldats, il y a trois cabinets de toilettes, mais un seul qui puisse être utilisé pour tous « les besoins ».

Aussi, en dépit des exigences de technologie moderne, à bord du bâtiment, la table de navigation comporte toujours une carte marine, un compas, une règle et un crayon à papier.

Le sous-marin abrite encore une cantine et une petite salle de gym, équipée d’un bar pliable, une bicyclette d’intérieur et des poids, et chaque jour, la base de contrôle de la Marine envoie les télégrammes à l’officier de communication, pour lui donner les dernières nouvelles, dont les résultats des matches sportifs et les dernières parutions des reality-shows.

“Il est arrivé, auparavant, que l’officier de communication fasse circuler de fausses nouvelles comme l’histoire d’un essaim de criquets recouvrant toute la superficie d’Israël, histoire de faire marcher les gars », raconte Victor…

Yoav Zitun

Publié le : 26.09. 13, 09:15 / Israel News

ynetnews.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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