Fatah contre Hamas: Israël gagne!

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Jean-François Legrain a été, entre autres, rédacteur de la Chronologie palestinienne dans la Revue d’Études palestiniennes de 1982 à 1987. Il a aussi travaillé au sein de l’Institut Français d’études arabes de Damas en tant que chercheur. Ses travaux portent principalement sur les mobilisations politiques palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Quelles sont les raisons du blocage du processus de réconciliation entre le Hamas et le Fatah ?

Il faut comprendre que l’accord de réconciliation signé entre le Fatah et le Hamas en avril dernier n’est pas vraiment le fruit d’une pression populaire de la part des Palestiniens. Cet accord est la conséquence de la pression diplomatique exercée par les autorités égyptiennes sur les deux parties en vue de prouver qu’elles avaient toujours de l’influence dans la région, malgré la chute du régime de Hosni Moubarak. La réconciliation est encore au point mort parce que la décision n’est pas venue des protagonistes. Le Hamas et le Fatah ne semblent pas encore prêts pour se remettre ensemble. Il y a encore beaucoup d’efforts à fournir au delà de la signature de cet accord qui n’est pas le fruit de la réalité politique sur le terrain entre le Fatah à Ramallah, en Cisjordanie, et le Hamas, à Gaza. Je pense que si cette réconciliation émanait vraiment d’une volonté populaire, c’est sûr que le peuple palestinien aurait déjà fait pression sur ses gouvernants, à travers plusieurs manifestations en vue de les amener à respecter l’accord signé au Caire.

À qui profite cette situation ?

C’est la population qui perd dans ce contexte. Les militants du Fatah ne sont pas libres de circuler à Gaza sans risquer une arrestation, et c’est encore plus dur pour ceux du Hamas en Cisjordanie. Je pense que les deux parties veulent évoluer sur leur position respective. Cette division représente une occasion pour le gouvernement israélien qui n’entend pas négocier la paix avec la Palestine. Même si les deux parties arrivent à s’entendre, Israël dira que le Fatah s’est associé avec des terroristes parce que le Hamas est son ennemi juré. Réconciliation ou pas, la situation profite à l’État hébreu au détriment du peuple palestinien.

Un rapport interne de diplomates européens, daté de juillet 2011 et récemment publié par l’AFP, accuse Israël de tout faire pour «saper les chances d’un futur État palestinien». Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai, mais Israël n’est pas la raison première de ce statu quo. Même le Quartette, en charge de la relance du processus de paix, ne veut pas de cette réconciliation. Il y a aussi des influences américaines et européennes qui jouent dans la balance. Le Hamas est vu comme une organisation terroriste par la communauté internationale qui, par conséquent, n’est pas prête à voir une entente entre les deux parties.

Pour Jean-François Legrain, la réforme de l’OLP permettrait une réconciliation du Fatah avec le Hamas.

Le Hamas revendique la légitimité de son gouvernement issu des dernières élections législatives, le Fatah également. Alors qui doit baisser sa garde pour favoriser la réconciliation ?

Normalement, c’est le Fatah qui doit baisser sa garde pour favoriser cette union parce qu’il a perdu les dernières législatives. C’est le Hamas qui a, si on considère les faits, remporté ces élections. Mais il y a eu un coup d’Etat orchestré par la communauté internationale dans la mesure où elle avait refusé de reconnaître cette victoire malgré le nombre important d’observateurs qu’elle avait déployé pour superviser la bonne tenue de ce scrutin, légitimant ainsi le perdant au détriment du vainqueur. Je pense donc que pour créer un climat propice à la réconciliation, la communauté internationale doit reconnaître ce coup d’état. Le Hamas a deux branches, il y a la branche politique et celle armée. Il faut faire la distinction entre les deux avant de prendre des mesures radicales. Si on doit considérer les faits, c’est le Hamas qui a la légitimité en Palestine. Selon l’accord de réconciliation signé au Caire, des élections législatives devraient avoir lieu en mai à Gaza et en Cisjordanie en vue d’aboutir à la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Cela veut-il dire que le Hamas aussi devra désormais prendre part aux négociations avec Israël ?

Non, je ne pense pas. Théoriquement, c’est l’OLP qui est en charge de ces négociations selon la législation internationale. Ces pourparlers ne sont donc pas du ressort du gouvernement palestinien, mais plutôt de l’autorité palestinienne incarnée actuellement par Mahmoud Abbas. Et le Hamas aussi l’avait déjà reconnu entre-temps et décidé de laisser ce dossier à l’OLP. Cependant, il y a une confusion entre l’OLP et le Fatah. Seule la réforme de cette instance pourra éclaircir la situation et si, lors de cette réforme, le Hamas obtient la majorité, alors il sera habilité à conduire les négociations au nom de la Palestine toute entière.

Mahmoud Abbas a annoncé la poursuite de la procédure d’adhésion à l’ONU si l’État hébreu n’assouplit pas sa position d’ici le 26 janvier. Quelle sera l’issue de cette démarche à votre avis ?

Actuellement, il y a une absence de majorité au Conseil de sécurité à ce sujet. Et Israël aussi sait très bien que même si Mahmoud Abbas réussit malgré tout à avoir la majorité, qu’il ne pourra pas échapper au veto américain. C’est donc une situation qui, dans tous les cas, conforte la position israélienne. Cette démarche coûte également très cher aux institutions onusiennes qui sont favorables à la Palestine. L’UNESCO a été contrainte de suspendre bon nombre de ses programmes parce que les États-Unis et d’autres pays alliés lui ont tourné le dos après la reconnaissance de la Palestine. De même, les accords signés à Madrid en 1991, au lendemain de la guerre du Golfe, ont institué un dialogue bilatéral entre Palestiniens et Israéliens sans résolution de l’ONU et sans aucune influence étrangère. Cela m’amène à dire que c’est un rapport de dominant à dominé cautionné par la communauté internationale, parce que l’État hébreu n’a pas la volonté de faire des concessions en vue de trouver une solution au conflit. Et je pense aussi que si solution il doit y avoir un jour, cela ne pourra émaner que d’un accord international. Mais là également, il faut le dire, il y a une carence totale de volonté.◆

Somani Roland AMOUSSOU Le Soir Article original

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