Fatah-Hamas : l’impossible réconciliation

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La « Déclaration de réconciliation palestinienne » signée le 6 février, à Doha, entre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, mettra-t-elle un terme à cinq ans d’un confit dévastateur entre les deux principales formations politiques de la société palestinienne, le Hamas et le Fatah ? Les Palestiniens l’espèrent sans nourrir trop d’illusions, comme le montrait un sondage publié au début de janvier.

Ils étaient même descendus dans les rues de Ramallah et de Gaza par dizaines de milliers, il y a un an, pour réclamer « la fin de la division ».

Le contentieux est historique.

Et il a été alourdi en janvier 2006 par la victoire du mouvement islamiste aux élections législatives, puis par l’expulsion manu militari, l’année suivante, du Fatah de la bande de Gaza, aux mains des combattants du Hamas.

Depuis cette époque, la formation islamiste exerce une autorité absolue sur l’enclave, soumise au blocus de l’armée israélienne.

Et l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah, partage le pouvoir avec Israël en Cisjordanie, où elle a créé l’embryon d’un Etat.

Jusqu’à présent, aucune des tentatives de réconciliation n’a réussi.

Un premier accord, signé en mai 2011 au Caire, prévoyait la formation d’un gouvernement transitoire d’indépendants pour préparer les élections.

Il a buté sur le rejet par le Hamas du Premier ministre désigné par Mahmoud Abbas.

Pour contourner cet obstacle, le président palestinien a proposé, à Doha, de prendre aussi la tête du gouvernement.

Offre acceptée par Khaled Mechaal. Pourtant, une fois encore, la négociation piétine.

Pourquoi ?

Parce qu’une partie des dirigeants islamistes « de l’intérieur » sont en désaccord avec la stratégie de Khaled Mechaal, dirigeant « de l’extérieur », en exil jusqu’à ces derniers mois à Damas.

Ils lui reprochent en particulier de s’être prononcé pour un Etat palestinien à côté – et non à la place – d’Israël et de préférer désormais la « résistance populaire pacifique » à la lutte armée.

Sur ces deux points, Mechaal a été désavoué samedi dernier par le « Premier ministre » du Hamas.

Accueilli avec les honneurs à Téhéran, Ismaïl Haniyeh a affirmé que son mouvement « ne reconnaîtra jamais Israël ».

De plus en plus impopulaires à Gaza, les dirigeants locaux du Hamas savent qu’ils ont beaucoup à perdre à la tenue d’élections régulières.

Isolés mais adossés à l’Iran, ils semblent prêts à saborder la réconciliation pour préserver leur pouvoir et leurs intérêts. Au risque du chaos.

Article publié dans le « Nouvel Observateur » du 16 février 2012

VERBATIM – EXCLUSIF

Texte de la Déclaration de réconciliation palestinienne de Doha.

6 fevrier 2012-02-15

« Sous le patronage de Son Altesse l’Emir de l’Etat de Qatar et sur la base de l’Accord de réconciliation conclu au Caire sous les auspices de la République arabe sœur d’Egypte, entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le chef du bureau politique de la résistance islamique palestinienne, (Hamas), Khaled Mechaal, une réunion de ces deux dirigeants a eu lieu à Doha le 5 février 2012 au cours de laquelle ont été passés en revue les mesures prises à ce jour pour mettre en œuvre l’accord de réconciliation, les mécanismes utilisés, les obstacles qui ont entravé son application et les moyens de les surmonter.

Dans un esprit de responsabilité, franchise, transparence et en insistant sur une application honnête et scrupuleuse de tous les articles de l’accord de réconciliation, l’accord a été conclu sur les décisions suivantes :

Premièrement : Poursuivre les mesures destinées à revitaliser et développer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), à travers une réforme du Conseil national palestinien (CNP) compatible avec les élections législatives et présidentielle.

Il a été également convenu de tenir la deuxième réunion du comité ad-hoc sur la revitalisation et le développement de l’OLP au Caire le 18 février 2012.

Deuxièmement : Former un gouvernement de Réconciliation nationale palestinienne, composé de technocrates, sous l’autorité du président Mahmoud Abbas, qui aura la mission de mettre en œuvre les élections présidentielle et législative et d’entreprendre la reconstruction de Gaza.

Troisièmement : Insister sur la nécessité de poursuivre le travail des comités qui ont été formés – notamment le Comité sur les liberté publiques (chargé de traiter les dossiers des détenus, des institutions, de la liberté de circulation, du retour des cadres nationaux dans la Bande de Gaza, des passeports, de la liberté d’action) et le Comité de réconciliation des communautés.

Dans ce contexte, le président Mahmoud Abbas a informé les participants à la réunion que 64 détenus étaient libérés dans la cadre de l’accord sur la libération des détenus.

Quatrièmement : Réaffirmer la nécessité de mettre en œuvre ce qui a été arrêté au Caire pour mettre au travail le Comité électoral central en Cisjordanie et à Jérusalem.

Le président Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal expriment leurs profonds remerciements et leur appréciation des efforts entrepris par Son Altesse le prince héritier Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani pour poursuivre le processus de réconciliation et mettre fin à la partition et à la division de la scène palestinienne, contribuer à renforcer l’unité nationale palestinienne pour mettre un terme à l’occupation, entretenir la résolution du peuple palestinien et lui permettre d’exercer ses droits légitimes, notamment l’instauration d’un Etat palestinien indépendant avec Jerusalem pour capitale. »

René Backmann

20-02-2012

http://tempsreel.nouvelobs.com/l-oeil-de-l-observateur/20120220.OBS1798/fatah-hamas-l-impossible-reconciliation.html

1 COMMENT

  1.  » Fatah-Hamas : l’impossible réconciliation  » .

    Eh oui , comment fait on pour les millions ? Avec qui partager tout cet argent ? Voilà les véritables soucis de cette maffia criminelle nazie .

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