Egypte : Efforts de dernière minute pour éviter le clash

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L’armée égyptienne et le camp des partisans du président déchu Mohammad Morsi tentaient hier en dernière minute de faire baisser les tensions, à la veille de manifestations rivales qui provoquent de vives inquiétudes en Égypte et à l’étranger.CRISE Manifestations rivales à haut risque aujourd’hui.

L’appel du chef de l’armée à descendre dans la rue aujourd’hui pour lui donner un « mandat » afin d’en « finir avec le terrorisme et la violence » ne vise pas les Frères musulmans, la formation de M. Morsi, a assuré un porte-parole militaire. « L’appel du général Abdel Fattah al-Sissi ne constituait pas une menace envers un groupe politique en particulier », a-t-il réaffirmé. Les Frères musulmans avaient dénoncé dans les propos du général un « appel à la guerre civile ». Leur guide suprême, Mohammad Badie, a toutefois déclaré hier que les manifestations de la confrérie prévues aujourd’hui « contre le coup d’État sanglant » qui a renversé M. Morsi devaient être « pacifiques ». « Le dernier discours du chef du coup d’État montre qu’il est le dirigeant de fait du pays », a dit M. Badie, actuellement dans la clandestinité, au sujet du général Sissi, également ministre de la Défense et vice-Premier ministre. L’ancien Premier ministre de M. Morsi, Hicham Qandil, qui n’était pas apparu en public depuis le renversement du président par l’armée le 3 juillet, a quant à lui présenté des mesures de compromis visant à « faire cesser l’effusion de sang » et ouvrir la voie à une solution politique à la crise. M. Qandil a notamment proposé, dans un message vidéo, de libérer toutes les personnes arrêtées depuis la déposition de M. Morsi et de lever l’isolement du président déchu, détenu par l’armée.

Un week-end décisif

La police a annoncé le déploiement de nombreux renforts aujourd’hui pour assurer la sécurité des cortèges rivaux. « Le général Sissi joue un jeu dangereux parce que les Frères musulmans ont eux aussi mobilisé leurs sympathisants. Les manifestations peuvent potentiellement devenir très dangereuses. Ce week-end sera extrêmement décisif pour la suite », estimait Michaël Luders, spécialiste allemand du monde arabe. Au Qatar, l’Association des ulémas présidée par l’influent prédicateur d’origine égyptienne Youssef al-Qaradaoui, qui soutient le président déchu, a émis une fatwa appelant les Égyptiens à « ne répondre à aucun appel conduisant à la guerre civile ou couvrant la violence contre quelque partie que ce soit ou incitant à la sédition ». À l’inverse, le groupe Tamarrod, initiateur de la mobilisation contre M. Morsi, a relayé la position du nouveau pouvoir, invitant à manifester massivement « pour réclamer officiellement le jugement de Mohammad Morsi et soutenir les forces armées égyptiennes dans leur guerre à venir contre le terrorisme ». Les Frères musulmans, eux, réclament le retour au pouvoir de M. Morsi, arguant qu’il est le premier président démocratiquement élu du pays.

Les États-Unis se sont déclarés « inquiets » mercredi après l’appel du général Sissi, redoutant qu’il n’attise les violences politiques, et ont annoncé la suspension de la livraison de quatre chasseurs F-16 à l’Égypte. Des ONG égyptiennes ont aussi exprimé leur « inquiétude » face à la demande du général d’avoir un « mandat » populaire pour combattre le terrorisme, estimant dans un communiqué conjoint que cela « violerait fondamentalement les principes d’un État fondé sur le droit ». Le Conseil de défense nationale, présidé par le chef de l’État par intérim Adly Mansour, et où siège le chef de l’armée, a néanmoins maintenu un langage ferme, annonçant qu’il ne « permettrait à personne de terroriser les citoyens, porter les armes contre l’État et la société ou propager le terrorisme, par les paroles ou les actes ».
Par ailleurs, deux militaires égyptiens ont été tués hier par des hommes armés dans la péninsule du Sinaï, selon des sources de sécurité. Les violences ont fait en un mois plus de 200 morts, dont une quarantaine dans des attaques dans le Sinaï, selon un décompte établi à partir de sources médicales et des services de sécurité.

Commentaire
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lorientlejour.com Article original

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